XIV
Le mot IMogrebin [Mo^hrcbr] signifie proprement , en arabe , occidental ; ]\Ioghreb désigne particulièrement Voccident , et, sous cette dénomination, les Arabes ont coutume de renfermer toute la partie occidentale de leurs conquêtes en Afrique , en n'y comprenant pas l'Egypte.
Les géographes arabes divisent le Moghreli qu'ils nomment aussi cl- Gharb en trois parties.
La première, qui est la plus orientale , porte aussi le nom ^ Afriqyah (Afrique proprement dite) : elle comprend le désert et la contrée de Barqah , qui confine à l'Egypte , les anciennes Cyrénaïque et Tripolitaine , et la province dont Cartbage était la capitale , que les Romains désignaient sous le nom à.\4frica propric dicta. Elle renferme Bugie, Bizerle, Sous , Tonnes (Tunis), bâtie près des ruines de l'ancienne Cartbage, Tarabolous (Tripoli d'Afrique), Mahadych et Qajrouân qui est l'ancienne Cyrèue.
La seconde partie , à laquelle ils ont donné le nom de Maghreb ouasett (région moyenne de l'occident), s'étend dans sa longueur depuis X Afriqyah^ dont je viens de parler, jusqu'au territoire de Tclmesân (Tremecen), qui formait l'ancienne Mauritania Cœsaris. Elle est bornée dans sa largeur par la mer Méditerranée au nord , et au sud par le grand désert , dit le Sahrd.
La troisième partie, qui est la jilus occidentale, s'étend dans sa longueur depuis Telmcsdn jusqu'à l'Océan atlantique. Elle comprend dans sa largeur le pays de Tangûi (Tanger), Sebtah (Ceuta), connu des Romains sous le nom de Sept a mons , Fds ( Fez ) , et Mérakcch ( Maroc ).
L'Espagne ayant fait partie des contrées occidentales conquises par les princes arabes, leurs historiens l'ont aussi comprise sous le nom général de Maghreb; mais le plus
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ordinairement , ils l'ont désignée par celui àiAndahus.
J'ajouterai que la province la plus occidentale de la Péninsule a conservé jusqu'à nos jours le nom à' Algarves ^ et que le vent d'ouest s'appelle , dans la Méditerranée , il-garbino.
Ces deux dénominations , comme le mot moghreb , viennent de la racine arabe gharaba , qui signifie s'en aller, être absent , disparaître , se cacher , et qui est plus particulièrement employé pour désigner la disparition du soleil à l'occident, chaque soir; aussi le mot mo^Are^ signifie-t-il également le soir, F époque du coucher du soleil.
Nabka , ou nabk, est le nom d'un grand arbre épineux, portant des fruits sauvages de la forme d'une petite pomme, et de la grosseur d'une petite noisette , mais dont le noyau , très-gros proportionnellement, u'est recouvert que d'une pellicule mince presque saus pulpe. La couleur de ces fruits est rougeâtre , et leur goût, à la fois douceâtre et acidulé , plaît beaucoup aux enfans du peuple auKaire ; cependant, les oiseaux n« paraissent pas avoir pour ce fruit la même avidité, car j'ai remarqué que les fruits se desséchaient sans être enlevés par eux, sur les branches d'un très-grand arbre de cette espèce, que j'avais dans mon jardin au Raire. Quelques traducteurs ont confondu cet arbre avec le néflier {mespilus), auquel il ne ressemble cependant ni par son port et la grandeur qu'il est susceptible d'atteindre, ni par la forme et le goût des fruits qu'il produit.
Bauhin nomme cet arbre cenoplia spinosa , et Hasselquist, d'après Prosper-Alpin , lui donne la dénomination de pa~ liurus Athenai; suivant ce dernier, il porte deux fois dans Tannée, c'est-à-dire au printemps et à l'automne, des fleurs
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et des fruits dont il vante la saveur, mais qui, la plupart, pourrissent avant leur maturité. Au reste , les fruits du nahka ont une odeur agréable, approchant de celle de nos pommes-reinettes , et ils s'emploient dans la pharmacie , comme astringens , avant leur maturité, soit en extrait , soit en infusion. L'infusion des fruits mûrs et desséchés s'emploie, dans les ûèvres, comme corroborativc et antiputride. Le suc des fruits mûrs est aussi regardé comme purgatif et antibilieux.
Suivant le même Prosper-Alpin , outre l'espèce sauvage , qui est la plus connue et que j'ai vue , il en existe encore une autre espèce cultivée , dont les fruits ont pu être améliorés par la culture , et mériter davantage les éloges qu'il leur donne.
Forskal attribue au nahha la désignation de rhamnus , et le nombre parmi les bois qui ne sont bons qu'au chauftage; il le place dans la classe pentandrie , et il en compte deux genres :
1°. Rhamnus Nabeca, cdulis , Kahirœ horlensis, nommé aussi par les Arabes Sidr. — 2". Rhamnus Zizyphusy Kahirœ horlensis ^ nommé aussi Onnab, en arabe.
Forskal ajoute que le rhamniis nabeca varie dans les deux espèces suivantes , dont voici les caractères botaniques :
A. Rhamnds divaricatus, foliis semi-pollicaribus; caulibus ad sinpila folia dii'aricnfis ; spinis validis sape gcminis. — B. Rhamnus rectos, ramis redis ^ spinis aiU nu/lis oui solitariis ad latus petioli , redis palenlibus; foliis poUicarihiis. — Ulritisqne caudex arborais; fructus driipa, niicc biloculari; foha crcnulata , trinen>ia , glabra , ot'Ola oblusa , alterna , disticha , peliolata ; stipula; scfarerr. — ylrab. priorSiDR, vel GuAsr, , attt 7Ef.n ; aller Aroj, vel Orhedi.
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L'espèce de sycomore dont il est question ici est un arbre qui est particulier aux contrées orientales : il porte en Egypte le nom de guemmez , et plusieurs voyageurs l'ont appelé figuier de Pharaon. Hasselquits le nomme Jicus sycomorus ^ Prosper- Alpin sycomoms djemmez etjicus cegyptia.
Cet arbre , l'un des plus grands que produise l'Egypte, est celui dont la végétation est la plus vigoureuse. Il n'est aucun de ceux qui ont été en Egypte qui n'ait admire l'étonnante grosseur de ceux qui forment une longue allée dans l'ile de Roudah, près le Kaire. Ce végétal sen.ble avoir été placé par la Providence dans les climats brûlans pour présenter aux voyageurs un asile presque impénétrable aux rayons du soleil , sous son magnifique ombrage , qu'étendent au loin ses branches énormes, presque toujours dirigées parallèlement au sol.
Les feuilles du guemmez ressemblent à celles du mûrier, et ses fruits, qu'il produit trois ou quatre fois par an en abondance, naissent, non comme ceux de notre figuier, des petites branches, mais immédiatement de l'écorce des grosses et du tronc même de l'arbre. Ce fruit est d'une douceur fade, et ne mûrit qu'à mesure qu'il est piqué par deux insectes qui lui sont particuliers, et dont Forskal nomme l'un cynips sycomori, en arabe namous guemmez. Celui-ci est ailé ; l'autre, sans ailes, se trouve dans l'intérieur du fruit. Forskal lui donne le nom de dj'umcz et de djummeiz, et le range parmi les arbres dont le bois n'est bon qu'au chauffage. Cependant les anciens Egyptiens l'ont employé dans leurs constructions, à cause de sa propriété d'être incorruptible et iattaquable aux vers. Dans la plus grande partie des anciens monumens, les masses énormes de grès ou de granit dont ils sont composés sont liées entre elles par des tenons , T. ni. 32
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OU queues d'aronde faites en bois de sycomore , et dont les joints sent recouverts en mortier ou en bitume.
Les cercueils des momies sont, pour la plupart , composés de deux pièces creusées dans une masse de bois de sycomore, et recouvertes d'une pâte calcaire sur laquelle sont tracés les ornemeus et les peintures.
Je possède, dans mon cabinet, plusieurs masques de momies en bois de sycomore parfaitement conserves, malgré les siècles nombreux qui se sont écoulés depuis leur fabrication. J'ai fait graver deux de ces masques , Description de tÉgypte, pi. 70, nos 12, i3, 14 et i5 {antiquités, t. V).
Les Arabes ont aussi fréquemment employé dans leurs constructions le bois de sycomore ; toutes les frises de la mosquée de Touloun sont faites de ce bois. J'en possède plusieurs fragmens, et j'ai publié les inscriptions de cette frise, Description de l'Egypte, pi. c, d et e (Etal moderne, t. II ).
Voici la description du guemmcz , d'après Forskal.
Ficus SYCOMORCs vKRA : folUs latc o^'atis , répandis vel snbangulatis , obtusiiisculis , glabris , basi cordatis.
L'ouvrage qui porte le titre de Hamassah est un recueil de poésies qui jouissent, dans tout l'Orient, de la plus haute réputation. Il a été composé ou plutôt recueilli par le célèbre poêle nommé Abou-Temmâin clThây : ce poète naquit l'an 190 de l'hégire (8o5 de l'ère chrétienne), près de Damas, et mourut l'an 23 1 (845), à Moussoul.
Ce Recueil renferme la collection des plus anciens morceaux de la poésie arabe antérieure à Mahomet. Le mot hamassah signifie vertu giirrrière , héroïsme, et est plus particulièrement le titre du premier livre qui n'onVe que