‹ Contes du cheykh êl-MohdyChapitre 33 sur 42 · CD LE GOERRIER ARABE · texte numérisé non relu

CD LE GOERRIER ARABE

« Mon fidèle coursier hérisse sa crinière , » Son oreille est dressée et ses naseaux ouverts ; » Son pied creuse inquiet la terre , » Et de ses yeux jaillissent les éclairs....

» N'ai-je pas vu briller les armes meurtrières.^ » N'ai-je pas eutendu le clairon retentir?.... » Et sous les pas pressés de hordes mercenaires, » Mon pied ne sent-il pas la plaine au loin frémir ?

« Oui , mon oreille avec plaisir » A recueilli le son des Uompettes guerrières.... » Des maîtres insolens de Damas et de Tyr - Mon œil a reconnu les hostiles bannières.

» Ils viennent, franchissant de nos rocs la barrière, » Ils viennent défier notre trop long loisir ; » Us viennent réveiller notre vertu première; " A nos coups ils viennent s'offrir.

4l'>- NOTES SI PPLÉMENTAIRliS. — XXVII.

" Aux armes, compagnons! que de ces téméraires » L'audace, de nouveau ci^dant a nos exploits,

» Atteste encor, comme autrefois,

» Que nous sommes fils de nos pères !

• Aux armes!.... Ponnez-moi, femmes, mon cimeterre, » Mon arc, mes flèches, mon carquois, •> Ma lance, dont le fer naguère » Deux fois s'est teint dans le sang de'^eurs rois. »

AsSAD s'est élancé.... mais les flots de poussière, Qu'il croyait i^-ler la haine et les combats, S'entr'ouvrent.... Sa tribu, ses amis et son frère, Vainqueurs des Tyriens, le serrent dans leurs bras.

Sans vouloir ici m'étendre en de trop lougs détails sur le mécanisme de la poésie des Arabes, je dirai seulement qu'aux pieds mesurés par longues et brèves , comme dans les vers grecs et latins, elle joint encore la rime comme dans les nôtres; mais cette rime est identique, et continue dans toute une pièce de vers. J'ai essayé de faire comprendre l'espèce d'harmonie qui en résulte , par la continuation de la même rime féminine dans la pièce de vers précédente; j'ai même placé exprès , dans la première strophe , deux rimes masculines analogues, pour me rapprocher de la marche de la poésie arabe, qui fait ainsi rimer entre eux les hémistiches des premiers vers.

J'ajouterai que la tribu des Assadites , eu arabe Bcny- Assad (1rs enfans d'Assad ou du Lion) , a été l'une de celles dont la réputation a été plus éclatante avant l'époque de l'islamisme.

J'ai rapporté du Kaire un très-beau manuscrit du Hamassah. Schultens a publié en 174'^ et i74^> d'après les manuscrits n°* 1207, 1?. 18, I2.5i et I255 de la bibliothèque de Lcydc, quelques fragnicns de ce Recueil , qui ont

WOTtS SUPPLÉMENTAIRES. — XXVUI. ^l3

élé réimprimés, soit par Hirlius^ dans V Àntologie arabe qu'il a donnée à Jéna en 1774 5 soit par Carlyle en 1796 : enfin , le Recueil complet vient d'être imprimé en entier, avec les commentaires de Tebrizy^ à Bonn en 1826 , par les soins de M. G. W. Freytag.

Au reste, dans ce Recueil, les vers cités par l'auteur des Contes sont un peu difFéreus de ceux qu'il rapporte, et font partie d'une longue pièce héroïque.

La montagne que les Arabes nomment Kaf est la même que le Caucase des Grecs; les livres pehlviques lui donnent le nom à^Al-Bordj , et plusieurs de nos cartes géographiques la désignent par la dénomination à.^ Albourz, Les Orientaux croient que cette chaîne de montagnes environne la terre entièrement , comme une ceinture autour du corps, ou comme un anneau autour du doigt. Suivant eux , le soleil se lève d'une de ces éminences , comme les poètes latins le disaient du mont OEtha , et se couche sur l'éminence opposée ; c'est pourquoi l'expression d'un Kaf à Fautre Kaf signifie , en arabe , d'une des exfrémilés du monde à Vautre.

Ebn él-Ouerdy , auteur du curieux Traité de Géographie universelle, intitulé Kherydet él-Àgiayb (la perle des merveilles) , dont je possède trois beaux manuscrits, représente la montagne Kaf dans la carte planisphérique dont il a accompagné son ouvrage. Sa position et son étendue sont entièrement couformes aux fables que je viens d'exposer ; il les rapporte avec complaisance, et ajoute que cette montagne a pour base une pierre mei'veilleuse nommée sakrat , "dont un seul grain, dit-il, donnerait à son possesseur

4l4 NOTES SLPPLÉiMENTAlRKS. — \\1\.

)« le jKjuvoir de faire les prodiges les plus surnaturels, n

D'autres représentent, suivant lui , cette pierre comme le pivot du f^lobe terrestre , et comme un vaste saphir dont les rayons réfléchis donnent aux cieux leur couleur azurée.

« Lorsque Dieu, ajoute-t-il, veut exciter un tremblement Il de terre, il commande à cette pierre miraculeuse d'émou- » voir une de ses fibres , et alors le pays auquel cette espèce M de nerf communique immédiatement tremble, s'agite, et I) quelquefois s'écroule.

» La montagne KaJ~, dit-il encore, est elle-même de cou- » leur d'éraeraude , et toutes les autres montagnes n'en sont » que des branches ; nul homme ne peut y arriver, s'il n'est » conduit par une intelligence surnaturelle ; car le mont » Kaf est séparé de la terre habitable par des pays téné- » brcux où la lumière du soleil ne pénètre jamais. C'est » dans celte montagne qu'ont été relégués les Dires et les » Afrit£S (les mauvais Génies), après qu'ils curent été dé- )> faits et subjugués par les premiers héros de la postérité » d'Adam , auxquels Dieu en avait accordé le pouvoir.

>> C'est aussi dans ces montagnes de A'ay^ qu'est placé le )i Ginnistân (pays des Génies) , et la ville merveilleuse » à.^ Aliermân , qui est leur principale résidence. »

Ce nom à^Ahermân paraît être l'origine du nom Ôl' Arimanes ^ donné par Zoroastre et ses sectateurs au mauvais principe , en opposition avec Oromaze , principe du bien.

Houry^ ou hour est, comme on sait, le nom que donnent les musulmans aux beautés toujours vierges promises par l'islamisme aux voluptés des fidèles musulmans dans le pa- I adis. (jc mot signifie proprement, suivant les lexiques arabes :

NOTES SUPPLÉMENTAIRES. — XXX. j\l5

« \ierge9 aux beaux yeux, aux yeux noirs comme ceux de » la gazelle. » Il en est fait mention en plus d'un endroit du Koran , je me bornerai à citer" les versets suivans , tirés du chap. LV, intitulé : le Miséricordieux :

« V. j4- ij^quel des bienfaits de Dieu renierez-vous? — » 55. Dans les jardins du paradis , seront de jeunes vierges, » au regard modesle , que jamais homme ni génie n'a prô- » nées. — j8 . Semblables au rubis et au corail. — ■jo. Belles , » ravissantes. — 72. \ ierges aux yeux noirs, gardées sous » la tente. — 74. Loin des regards des hommes et des Gé^ n nies , etc. »

Fattimahf suivant la lecture littérale, et Fattoumahj suivant la prononciation vulgaire de l'Egypte , est le nom que portait la fille du Prophète; elle était née à^ ylychah , à la Mekke, cinq ans avant que Mahomet , son père , eût commencé ses prédications , et elle mourut six mois après lui , âgée de 28 ans ; elle avait épousé ^ly, cousin-germain du Prophète, et fut mère de Hassan et de Housseyn.

C'est d'elle qu'ont pris leur nom les Faltimites , c'est-àdire , les princes qui ont prétendu descendre par elle et par Aly en ligne directe du Prophète.

Cette dynastie commença à régner en Afrique l'an de l'hégire 296 (908 de l'ère chrétienne), et chassa de ces contrées les dynasties des Aglabites et des Edryssites qui y régnaient, les premiers dans l'Afrique proprement dite, et les seconds dans l'ancienne Mauritanie» Ils prirent alors le titre de khalyfes, et un schisme s'établit entre les Musulmans, qui virent deux khalyfes s'analhématiser réciproquement et se déclarer mutuellement hérétiques. Ce schisme existe encore de nos jours entre les Sunnites et les Chiites,

]li) NOTKS SUPPLÉMENTAIRES. X\XI.

Ces doniiLTS sont les seclatenrs d'Âlj- et de sa famille , et on a aussi donné aux Fattimites le nom d'yilidcs ou Aliachs , en arabe âl~Aloiiyat , ccsi-k-d'ice Jn/niHe il'Aly. Cejiendant celte descendance a trouvé des antogonistes qui en ont prétendu prouver la fausseté, et qui ont reproché aux Fattimitcs ou .^/à/<'.f d'usurper un titre auquel ils n'avaient aucun droit, 'riiahalhaba ayant osé témoigner quelques doutes à ce sujet devant M&ïz-le-dyn-Illah, khalyfe faltimite, et lui avant demandé ironiquement quelle était la brauche des enfans ai Aly dont il tirait sa descendance , ce khalyfe tira son épée hors du fourreau, et lui dit: « Voici ma généalogie ; » puis répandant l'or à pleines mains sur ses soldats, il ajouta : « f^oilà ma race et ma famille. »

Mansourah. Cette ville qui est assez grande est située sur le INil dans le lieu nommé Ifriruq ën-Neyléyn, c'est-à-dire séparation des deux Nils , et que l'on a ainsi appelé, parce que le INil s'y sépare en deux branches considérables, dont l'une se rend à Damyât (Damiette) et l'autre à Achmoun.

A l'époque de l'invasion des Croisés, leur armée ayant pris Damyât pour la première fois (3i ans avant l'expédition de saint Louis), le sultan él-Melch cl-Kdmel^ fils à!ël-Melck cl-Adel et neveu de Saladin , construisit Mansourah et la garnit de fortifications. Il la nomma Mansourah , c'est-àdire victorieuse, pour signaler la victoire célèbre qu'il remporta sur les Francs lorsrju'il les chassa de Damyât donl ils avaient été maîtres pendant deux ans. Cette victoire arriva l'an 6i8 de l'hégire (i?..>. i de notre ère).

NOTES SL'PPLEMKM AIKES. — WXlf. | I 7

XXXH.

Les Orientaux racontent de Salomon les fables les plus merveilleuses. Suivant |e Tarykh Montckheh, il était contemporain de Kay-Kâous , et n'avait que douze ans lorsqu'il succéda à son père Dâoud (David). Suivant le même ouvrage, Dieu soumit à son empire non-seulement les hommes, mais encore tous les esprits bons ou mauvais, les oiseaux, les vents, et l'universalité des créatures sublunaires; Salomon fit usage de celte puissance surnaturelle pour employer les Génies à la construction de son palais et du temple de Jérusalem , dont la construction dura sept années.

Il serait long et ennuyeux de rapporter toutes les traditions fabuleuses sur Salomon. Je me bornerai aux suivantes :

'< Salomon avait un anneau mystérieux, nommé Vanneau » (le la sagesse, par le moyen duquel il exerçait sa puisu sance. Un jour qu'd était au bain, cet anneau lui fut dé- » robe par an des Génies malfaisans, qui jeta cet anneau au » fond de la mer. Privé de son anneau , Salomon s'abstint » pendant quarante jours de monter sur son trône, crai- » gnant de manquer des lumières nécessaires pour bien gou- " \erner; mais le quarantième jour il retrouva son anneau ■> dans le corps d'un poisson qu'on servit à sa table. »

Dans le chapitre II du Koran, qui porte le titre Xêl-Baqarak, on trouve, v. 96, ce passage: » Les juifs ont suivi ce » que les démons ont enseigné sous le règne de Salomon. »

Houssayn Waëz explique ces paroles du texte par le commentaire suivant : <i Les démons , ennemis de Salomon , » avaient publié des livres pleins de superstitions impies, » et ils persuadèrent aux ignorans que ces livres étaient >! ceux dans lesquels Salomon avait puisse ses vastes connais- >> sances et acquis sa puissance surnaturelle. Salomon fit n faire la recherche de ces livres imposteurs , (ît se les fit tous r. m. :j3

i I (^ Norrs SUPPLKMRKTAIKES. — XWIir.

)' apporlcr : il h-s rcnrciina alors dans un coflVo fcMiiié lUr >< pliisieius clefs , et le lit enterrer -sous son trône même , '> afin de les soustraire pour toujonts à la connaissance des » hommes. Cependant, après la mort de Salomon , les dé- » nions et les magiciens tirèrent ces livres du lien où ils » étaient enfouis, et les répandirent en prétendant qu'ils >> avaient été composés par Salomon lui-même; et plusieurs • crurent en effet que ce sage prince en était l'auteur; mais » le Koran lui-même repousse cette calomnie dans ce pas- ■> sage : Certes, Salomon n'a pas été un impie, mais les » démons sont les auteurs des impiétés , et ils ont enseigné » aux hommes l'art magique. »

Rien n'approchait , disent encore les Orientaux , de la magnificence du trône de Salomon. Lorsqu'il y était assis, les oiseaux venaient voltiger au-tlessus de sa tête pour lui servir de dais et de tente : à sa droite étaient 1200 sièges d'or , sur lesquels étaient placés les patriarches et les prophètes; à sa gauche, r.ioo sièges d'argent pour les docteurs et les sages qui assistaient à ses jugemens , etc.

Sady, l'un des plus célèbres poëte.s et philosophes persans , et dont le nom est si connu par ses deux ouvrages princip.-iux : le Gulistdn (parterre de roses), et le Boston (jardin de fruits), a été surnommé Chj'râzj, parce que sa patrie était la ville de Chyrdz, où il naquit l'an 5^1 de l'hégire (1 i7() de notre ère). Cette ville, capitale de la province de Perse proprement dite, est l'ancienne Cyropohs ; elle est située à '^1 parasanges d'Ispahdn , à ijS degrés i5 minutes de longitude , et sxj degrés 35 minutes de latitude. .Sadj fait dans ses ouvrages le plus grand éloge de sa patrie

NOTES SUPPLÉMBM'AIRKS. XXXllI. 'j I C)

dont il vante l'heureuse position et l'agréable température.

Cependant il paraît qu'il n'y séjourna pas long-temps ; chassé par les incursions des Turks et des Tartares , qui la désolaient , il passa presque toute sa vie en parcourant les diverses contrées do l'Orient, qu'il quittait successisemcnt, à njesure que la guene y étendait ses ravages.

Ce fut dans le cours de ses voyages qu'il fut fait prisonnier en Syrie par les Croisés, qui ne parurent se douter nullement qu'ils retenaient dans les chaînes et dans les travaux les plas vils un des génies les plus brillans dont s'enorgueillissait la littérature orientale.

Sady raconte, dans son Gu/istdn, qu'il eut pour niiûtre le cheykh Chcms-è'd-dyn Aboii-l-Faradj ël-Giouzy, dont il est question dans la neuvième Soirée de la première partie de ces Contes, ainsi que le savant Clichah-ad-dyn de Baghdad. Il vécut d'ailleurs dans la familiarité des principaux docteurs et des personnages les plus puissans de cette époque.

Un de ses amis les plus intimes fut- élevé inopinément à de très-hautes fonctions; chacun s'empressa d'aller présenter au nouveau favori ses hommages; Sady seul ne se présenta point chez son ancien ami ; on lui en témoignait de l'étonnement : « La foule, répondit le philosophe, se presse au- » tour de lui à cause des faveurs dont le comble la fortune; » quand elle les lui aura retirées, j'ii'ai le voir, et alors je » serai probablement le seul qui pensera à lui rendre visite. >>

Outre les deux ouvrages cités ci-dessus, Sady en a laissé plusieurs autres également dignes du nom qu'il s'est acquis.

Sa première production fut le Gulislân ., qu'il publia vers l'an 656 de l'hégire (1268), année si fatale à l'ishimisme, qui vit les hordes innombrables des Tartares Mongols se répandre dans les contrées méridionales de l'Asie, et IIouldgnu-Khdn, leur prince, se rendre maître de Baghdad et de l'infortuné Mostassctn h-ilUih-, le dciiiier des khalyfcs

juo «oTK> srpJ>LÉMK^TAIR^.^. — w.viii.

Abbassides de cette ville. Cet ouvrage, partie en prose, jiarlie en vers, renferme des anecdotes intéressantes et des leçons d'une morale à la fois sévère et philanthropique.

Quelque temps après, il publia son Boston , qui est écrit ••n vei-s, ainsi qu'un troisième ouvrage auquel il donna le nom de Molanidt^ qui signifie des rayons, dis étincelles.

Sady était alors plus qu'octogénaire , et il prolongea , dit-on , sa carrière jusqu'à l'âge exti-aordinaire de cent vingt ans. Il mourut l'an 691 de l'hégire (129? de notre ère).

Voltaire a hasardé sur Sady une opinion qui est peu favorable; mais son ignorance des langues orientales n'a pu lui permettre que d'en porter un jugement hasardé et nullement fondé sur une appreciation réelle. Cependant il n'a )»ii s'empêcher de reconnaître dans le poète persan une rare énergie et une grande élévation lorsqu'il parle de la Divinité, surtout dans les vers suivans, qu'i) cite, et dont jn joindrai ici une traduction plus exacte.

IDifM.

i< Il n'est qu'un Diku! l'arluiit, du eouchaiil à l'aurore, » Sous des noms différens chaque peuple l'adore i ; » Mais quel que ioil Iç nom qu'on lui donne en tout lieu, " Partout il es! le même : il n'est pas d'autre Drac.

- Roi de l'immensité, des temps et de l'espace,

■ Roi des destins, son fvil d'un seul regard embrasse

" Ce qui fut, est, sera, ce qui ne lut jamais;

» Des sons qun nul n'entend son oreille est frappée;

•> De sa prévision la trace anticipée

» Dans le sein ninlcrnel a dessiné nos Irails.

' Ce vers rappelle celui «le ÎMartianus-Capella : " Sic vario cunctui te nomme convocal orhis. •■

NOTl'S SUPPLÉMENTAIRES. — XXXllI. 4^^

• DaiK les mules des rieux, l'astre de la lumière

Par son ordre accomplit sa marche régulière ; > Par son ordre la rorhe entante les rubis,

De fertiles moissons nos champs sont enrichis ;

Il prend deux gouttes d'eau : de l'une il fait un monde,

De l'autre il arrondit la perle au fond de l'onde.

Par l'espérance il est au cœur de l'inuocent; Au pervers , 1.e remords l'atteste encor présent. ■ Par lui seul tout se meut, sur lui seul tout se fonde, Tout est en lui , par lui , ponr lui seul existant ;

Qu'il parle, et l'univers va soudain disparaître Dans l'informe chaos du vide et du néant : Qu'il parle, et l'univers repasse en un instant De l'abime du rien dans les plaines de Vétre. ■>

André du Ryer est le premier qui nous ait fait connaître le Ciilistân, par sa traduction française publiée en i6'î4 » iii-8, à Paris, sous le titre de P Empire des Roses. Vingt ans après, en i65"4 , Gentius a donné à Amsterdam une édition in-folio du texte persan , accompagné d'une version latine, sous le titre de Rosarium politiriim , swe nmcnium sortis hiimancr (heatnim.

Depuis un grand nombre d'éditions ont été publiées, soit à Calcutta, soit à Londres, soit à Paris; il serait trop long d'en donner une notice détaillée.

Le Boston n'avait pas encore été publié , lorsc|u'il en parut une édition avec un commentaire marginal, à Calcutta, en 1826. Le comité de traduction , récemment institué dans le sein de la Société royale asiatique de Londres, vient d'annoncer l'intention d'en faire paraître une version anglaise.

J'ai réuni les différentes fables que Sady a composées, et qui sont éparses dans ses dis ers ouvrages, dont je possède

42a NOTKS 8UPPLÉMENTAIKES. XXXIV.

plusieui-s manuscrits. La traduction de ce Recueil tornicra un des volumes du Fablier oriental^ dont j'ai commence la publication par les Fables de Loqmàn.

Les clierifs, ou nobles, sont les descendans de Mahomet, par v#/x, son gendre, et Fattitnah, sa fille; leur noblesse est la seule qui soit reconnue dans les pays musulmans : au reste, cette noblesse ne les exempte ni d'impôt, ni de punitions quand ils se rendent coupables de quelque délit , et ne leur donne aucun titre pour les places ou fonctions éminentes. Beaucoup de chérifs se rencontrent au Kaire dans les classes les plus basses, et moi-même j'avais un sâjs (palefrenier) , nommé Aly , qui était cbérif. Leur seule distinction est la couleur verte qui leur est particulièrement affectée, et ils portent un turban de cette couleur: c'est à ce turban que s'adressent les égards et le respect, non à l'homme qui en est décoré.

\Jn chérif, coupable d'un délit , peut recevoir la bastonnade tout comme un autre simple Musulman ; le seul privilège qui lui est accordé , c'est qu'avant de la lui faire infliger, l'officier public, qui l'y condamne, fait enlever respectueusement le turl^an vert, qui reste déposé avec honneur sur un coussin pendant que les bourreaux exécutent leurs ordres sur le noble patient. L'exécution terminée, le magistrat baise dévotement le turban respectable , et le fait remettre avec cérémonie sur la tête du bâtonné. Tel est le s<;ul et uniciue privilège de la noblesse du Kaire.

Les chérifs ont long-temps été en possession du khalyfat , «l leur rôle politicpu; n'a «essé en Kgvpl<^ qu'à l'èjjoquc de la doiniiialiou de baladin <iui leur substitua les Abbas&idc&

NOTES SUPPLEMENTAIRES. XXXV. ^2Ô

de Baghdad , mais seulement avec le titre aomiual de l'autorité spirituelle.

Maintenant le corps des chérifs jouit encore d'une grande influence et surtout de la considération publique. Leur chef prend le titre de Naqib êl-âchraf. Sa place n'est pas héréditaire, mais elle dépend du choix que fait le gouvernement parmi les plus recommandables de ce corps. Ses fonctions sont d'autant plus importantes, qu'elles donnent une grande prépondérance quand elles sont entre des mains habiles , et qu'elles lui attribuent des privilèges et une juridiction particulière sur toutes les affaires, autres que les flagrans délits, où un chérif se trouve impliqué.

La charge de Naqib êl-âchraf appartenait , lorsque nous sommes arrivés au Kaire, à Oinar-Effendy . Il se retira en Syrie avec Ibrahym-Bey , et sa place fut donnée , par le Général en chef, le i^"^ fructidor an VI (i8aoùt 1798), au cheykh el-Bekry^ qui l'a conservée pendant notre séjoup.

On sait que , dans l'Orient, les dots des femmes ne sont pas données par les parens de l'épousée à l'épouseur, comme parmi nous ; mais par l'épouseur aux parens de l'épousée. Le Korau défend expressément aux Musulmans d'épouser une femme sans l'avoir convenablement dotée. Ce paiement, de la part de l'homme qui veut se marier, est une espèce d'achat, dont le prix est en partie consacre à dédommager les parens des dépenses qu'ils ont faites pour élever la fille qui va cesser de leur appartenir. Une autre partie est réservée pour appartenir à la femme, en cas d'événemens qui dissolvent le mariage. Cette dot n'est jamais rendue au mari en cas de répudiation , lors même que cette répudiation a lieu avant

4a4 i\(>TIS SLPPLÉMF.ATAiKK.S. — XXWJ.

la consonmiatioD du niariago ; ainsi cette dot n'est pas, coniiiif noire cloiiairc, pretiuDi virginitatis.

On sait aussi que, d'après les moeurs de l'Orient, un lutur ne peut voir sa future, non-seulemeul avant la demande , mais même avant le moment où , la noce leiminee , l'épousée est remise à sa disposition dans la chambre nuptiale : si le mari trouve alors les charmes de sa femme inférieurs à l'idée qu'il s'en était faite , et si elle lui déplaît entièrement lorsqu'il a levé le voile qui lui cachait son visage^ il peut la renvoyer, à l'instant même, à ses parens : le mariage ««!t nul; mais, dans ce cas, le mari perd la dot qu'il avait payée et qui toujours est soldée d'avance.

On dit en plaisantant, au Raire : «Qu'une fille laide » est une mine d'or pour ses parens ; » parce 'qu'aucnn des maris, qui l'épousent successivement sans la connaître , ne voulant la garder quand ils l'ont vue, elle assure, par sa laideur, à ses parens la possession du grand nombre des dots que chacun de ses rcfnseurs est obligé d'abandonner pour se délivrer d'elle.

J'ajouterai que ce genre de spéculation peut être favorisé par la vie retirée que mènent les Orientaux au fond de leurs appartemens intérieurs , dont les fenêtres ne sont jamais du côté de la rue , et par l'habilnde de leurs mœurs qui leur interdit scrupuleusement de parler des femmes dans les conversations, même de prononcer leui-s noms. Ce serait une grande incivilité au Kaire de s'informer auprès d'un père de la santé de sa fdlc , auprès d'un mari de celle de sa femme : les plus susceptibles prendraient même cet acte de politesM' française pour une insulte sanglante.

7'n/'<.// (l'Orient , ou Tripoli de Syrie

NOTES SUPPLKMENTAIKES. — WXVIl. 4^5

Celte ville a été prise par les Francs, suivant Abou-l-Farage, dans le mois de Dou-l-hagéh de l'an 5o3 de l'hégire ( 1 I lo de l'ère chrétienne). Suivant Aboa-l-Fedd , elle fut reprise sur ces mêmes Francs par le sultan d'Egypte, Qalâoun , le mardi 4 du mois de Raby-él-âkher de l'an G88 de l'hégire (128g) ; et il ajoute que cette ville était si bien fortifiée, que Saladin ni aucun autre prince n'avaient osé l'attaquer avant Qaldoun. Celui-ci fit démolir la ville, et il en fit construire une autre , qui subsiste encore aujourd'hui peu éloignée de la mer , au pied du mont Liban.

Hennéh est le nom d'une fleur et de l'arbrisseau qui la porte; c'est le cypcrus des anciens (Lawsonia inermis de Forskal), et il est communément cultivé dans les jardins du Kaire. Il donne une fleur blanche, dont les grappes portent en Egypte le nom de thamr-liennéh : leur odeur, assez pénétrante, malgré l'espèce de fadeur qui se mêle à leurs émanations, comme à celles du marronnier d'Inde , semble désagréable aux Européens; mais elle est aimée avec une véritable passion par les femmes égyptiennes , elles se plaisent à en jjarer leur turban et à les placer dans leur sein. Cette fleur a , diton des vertus hystériques et aphrodisiaques. Les feuilles vertes de l'arbrisseau , desséchées et réduites en poudre impalpable, forment une poussière colorante d'une grande activité, et dont on fait au Kaire un grand usage. Les femmes de toutes les classes s'en servent pour se teindre les ongles et les paumes des mains en rouge orangé très-vif ; cette teinture dure très-long-temps, et résiste à tous les détersifs ordinaires. Elles emploient ce genre singulier de parure principalement aux jours de fêtes et de réjouissances, et surtoiii T. m. 34

J2(î NOTES SUPI'I.KMEM'AIKKS. XXWrfr.

dans les colébratioiis de noces. Cet usage n'est pas nioin? commun aux femmes cluvlicnncs qu'aux musulmanes.

Bien plus , les chevaux et les ânes eux-mêmes , au Kairc, ne sont pas étrangère à ce genre de fard et de coquetterie. Le cheval favori du maître a son poil ainsi orné de bandes oi-angées. Parmi les âneii rpi'on trouve , à chaque coin de rue, prêts à être loués pour les courses dans la ville ou dans les environs, et qui attendent leur cavalier temporaire, comme nos fiacres sur la voie publique, celui sur lequel son conducteur veut attirer la préférence des pratiques est largement décoré d'ornemens de cette couleur dont le hcnnch fait les frais.

Les courtisanes se teignent aussi en couleur de hcnnéh la planle et les ongles de leurs pieds ainsi que 1rs malléoles des chevilles.

Les Musulmans donnent à Jérusalem les noms iW'l-Qouds et de Bcyt-cl-mnqa(I(hs , dont le premier signifie la snintclc et le second la maison sainte. Us ont en eflet la plus grande vénération pour cette ville, vers laquelle ils se tournaient en faisant leurs prières, avant que Mahomet, par une nouvelle détermination, eût désigné, pour ce but sacré, le temple de la Mekke , voulant par-là établir une ligne de drmarcAtion plus tranchante entre ses nouveaux sectaires et les Juifs, c|ui se dirigeaient aussi du côté de .Térusalem dans leurs exercices religieux.

Les auteurs arabes donnent encore à Jérusalem les surnoms de Qoufls c't-mnbarck (sainteté bénie), de Qoitds clr/icn/ ( sainteté noble), et de Beyl fl-qouds (maison de sainteté). Ceux qui en sont natifs prennent le surnom d'd7- Mfiqdcssy, d'f7-Ço«f/.y' cl A'c'l-Moqaddcssy.

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