‹ Contes du lit-clos: Récits et légendes bretonnes en versChapitre 14 sur 86 · LE CLOCHER DE TRÉGUIER 2J · texte numérisé non relu

LE CLOCHER DE TRÉGUIER 2J

Et puis Ton s'écriait encore : « Que Dieu soit à jamais béni « Qui, dans une nuit, fit éclore « Cette grande fleur de granit ! »

Hélas ! l'Abbé calma bien vite Cet enthousiasme, en contant Et la diabolique Visite Et le Pacte fait par Satan !...

Mais la flèche était si jolie

Que, bien qu'un Diable en fût Pauteur,

Nul Trécorrois n'eut la folie

De faire un reproche au Recteur;

Les malades, seuls, demandèrent A vivre... au moins... jusqu'au Lundi, Mais les médecins préférèrent En finir dès le Samedi !...

Et voici le premier Dimanche!...

Et le Peuple accourt à Tréguier :

Jamais, la grande flèche blanche Ne vit tant de monde à son pied.

Et chacun disait : « Tout à l'heure « Vite Missa est sera dit :

« Seigneur, faites que nul ne meure « Que trois heures après midi ! »

Le même cri vers Dieu s'élance Depuis Rennes jusques à Brest...

... Et voilà que le Recteur lai*ce Le terrible Ite Missa est!...

Mais vite — O le cher homme ! — à peine En a-t-il dit le dernier mot Qu'il entonne, tout d'une haleine, Les Saintes Vêpres aussitôt.

Les gros chantres et la maîtrise, Muets, contemplent leur Curé ; Puis, revenus de leur surprise, Répondent au texte sacré.

Et la Foule exultait de joie, Comprenant que, dès aujourd'hui, Le Diable allait lâcher sa proie, Ayant trouvé plus fin que lui !

Et voilà pourquoi, vite, vite, On entonnait dans le Trécor Vêpres sitôt Grand'Messe dite Voilà très peu de temps encor...

... Et voilà de quelle manière.

Bretons ! fut élevé jadis Votre Clocher, ce doigt de pierre Qui vous montre le Paradis !

Cette poésie est éditée séparément. — G- Ondet, éditeur

Histoire

d'un Mousse

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