‹ Contes du lit-clos: Récits et légendes bretonnes en versChapitre 25 sur 86 · LA LÉGENDE DU ROUET · texte numérisé non relu

LA LÉGENDE DU ROUET

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Au moment de la veillée,

Une vieille de cent ans

Qui filait sa que no ui liée

Nous a dit : « Mes chers enfants,

<» Tout grands garçons que vous êtes,

« J'ai fait vos premiers habits:

« J'ai filé les chemisettes

« De tous les gâs du pays.

« Ma joue, autrefois rosée,

« Sous la chandelle a pâli

« Pour que la jeune Épousée

« Ait des draps fins dans son lit;

« Sans aller dans les églises,

o Chez moi je priais tout bas

a Tout en filant des chemises

€ Pour ceux qui n'en avaient pas.

« Si je filai les dimanches,

« Dieu n'en sera pas fâché,

jt Car j'ai fait des nappes blanches

« Pour la Cure et l'Evêché...

« ...Mais, comme à la Mort je glisse,

« Que bientôt l'Ankou viendra,

« Pour que l'on m'ensevelisse

« Je m'en vas filer mon drap !... »

Or, voilà que, la nuit même, Le fil de lin se cassa, Que, lorsque vint le jour blême, La fileuse trépassa...

Celle qui, sa vie entière, Pour les gueux allait, filant, Fut couchée au cimetière Sans un bout de linge blanc !

Le gâs, dont la main calleuse

Dans sa boîte la clouait,

Sur le cœur de la fileuse

Posa le pauvre rouet...

Et, depuis, quand la nuit tombe,

Un rouet tourne tout seul :

C'est la Vieille dans sa tombe

— Ingrats! — qui fait son linceul!.,

Musique de Théodore Botrel. — G. Ondet, éditeur.

La Noël du Mousse

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