‹ Contes du lit-clos: Récits et légendes bretonnes en versChapitre 34 sur 86 · LES MOULINS A VENT · texte numérisé non relu

LES MOULINS A VENT

Au temps jadis, en Bretagne, Tout en haut d'une montagne — Sans doute le Menez-Bré — Il était un pauvre hère Qui, pour un maigre salaire, Broyait le froment doré.

Nul ne connaissant les Ailes Qui virent au vent, si belles, Sous le grand souffle de Dieu, Tel le Samson de la Bible Tout seul il tournait le Crible Et la Meule en granit bleu ;

Tels, par les glèbes bourrues, Les bœufs mènent les charrues Sous l'aiguillon mugissant, Tel, voûté, cagneux, difforme Il tournait sa Meule énorme, Pleurant des larmes de sang ;

Il tournait, tournait sur place Malgré les Hivers de glace Et les Étés étouffants ; Il tournait sa lourde Meule...

Pour nourrir sa vieille aïeule Et sa femme et ses enfants !

Or, voilà qu'un soir d'Automne,

— Déjà le Vent monotone Sentait le grand Vent d'Hiver — Portant sa Croix sur l'épaule, Le Christ se rendant en Gaule, Franchit le vieux seuil ouvert.

L'homme était là, dans sa hutte :

Comme abandonnant la lutte,

Il dormait sur le blé d'or ;

Ses membres tremblaient sans trêve

Et l'on devinait qu'en rêve

Il tournait sa Meule encor !

Au bruit frappant son oreille,

Le pauvre meunier s'éveille...

Et Jésus lui dit : « J'ai froid,

« J'ai faim... je suis seul au Monde ! »

— « Entre ! Homme à la barbe blonde :

« Je suis moins pauvre que toi ! »

Il mit un fagot dans l'âtre :

Devant la flamme rougeâtre Jésus répéta : « J'ai faim ! »

— « Que cela ne te chagrine :

« Espère un peu ! Jean-Farine « Va te moudre du blé fin ! »

Et puis le voilà qui tourne, Qui fait la pâte et l'enfourne Et donne une miche à Dieu...

Puis, brisé, mûr pour la tombe, Pour la deuxième fois tombe...

Et s'endort au coin du feu !

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