‹ Contes du lit-clos: Récits et légendes bretonnes en versChapitre 35 sur 86 · LES MOULINS A VENT · texte numérisé non relu

LES MOULINS A VENT

Et le Christ, la nuit entière, Resta dans l'humble chaumière, Veillant le feu qui mourait...

Et, lorsque parut l'Aurore, Le Meunier dormait encore Près de Jésus qui pleurait 1

Sans interrompre son somme, Dieu baisa le front de l'homme, Prit sa Croix blanche et sortit !...

... Mais, voilà qu'à la même heure, Faisant trembler la demeure, Un grondement retentit;

L'homme, réveillé, se lève...

Mais, s'imaginant qu'il rêve, Il se frotte les deux yeux, Car il voit sa grande Meule Qui tourne, qui tourne seule En faisant un bruit joyeux;

Il voit, plus blanche et plus fine, Tomber, tomber la farine Sur le vieux bluteau de lin, Et ce prodige l'enchante :

Il rit, il gambade, il chante...

Puis il sort de son moulin :

Miracle ! au toit solitaire Il voit la Croix du Calvaire Debout, dans l'immensité ; Un bel ange, aux ailes grises Grandes ouvertes aux brises, Est à chaque extrémité !

Et la Tempête bretonne Dont la rude Voix chantonne Dans des binious éclatants, Avec des souffles étranges Fait tourner la Croix, les Anges...

... Et la Meule -en même temps!...

Voile au vent comme un navire, Depuis lors, le moulin vire Au sommet du Menez-Bré, Et les gens des basses plaines Apportent toutes leurs graines A moudre au Moulin Sacré ;

Et le brave Jean-Farine Devint riche, on l'imagine, De gueux qu'il était avant, Ayant été, sur la terre, Le premier propriétaire Du premier Moulin à Vent !

Et c'est depuis qu'en Bretagne, Par la Ville et la Campagne, Par les Champs et par les Bois, Nul — chez le pauvre ou le riche N'entamerait une miche Sans faire un signe de Croix!

(Cette poésie est éditée séparément. — G. Ondet, éditeur.)

La Sonneuse de Glas

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