LA SONNEUSE DE GLAS
Notre Port-Blanc possède une Chapelle ancienne Qui date, pour le moins, de cinq à six cents ans ; La vieille Anna Le Gwen en était la gardienne : Elle y sonnait le glas pour les agonisants !
Nul n'était mort, chez nous, depuis mil-huit-cent-onze, Dans les champs, sur la mer, ou dans les vieux lits-clos Sans que les longs sanglots de la Cloche de bronze Ne se fussent mêlés à nos propres sanglots !
Oh ! comme la Sonneuse aimait sa bonne Cloche ! Quand les autres clochers, là-bas, dans les lointains, Laissaient leurs Angélus voler de proche en proche Elle avait grand'pitié de tous les Sacristains,
Car elle n'aimait pas les carillons alertes
Des bourgs de Penvenan et de Saint-Nicolas :
« Vous chantez, disait-elle, oh ! vous chantez bien, certes...
« Mais pas un seul de vous ne sait pleurer le glas 1 »
... Et voici qu'un matin la bonne Anna s'éveille, Tremblant la fièvre froide à ne pouvoir marcher... Et voici que, là-haut, soudain, la pauvre Vieille Entend sonner sa Cloche en son petit clocher!
« Hé, mon gâs ! va-t-en voir, dit à son fils l'aïeule, « Qui donc sonne le glas que Ton entend d'ici!... » Et le gâs s'en revint en disant : « Toute seule, « Toute seule, vraiment, la Cloche sonne ainsi ! ! ! »
Et la Vieille comprit que sa cloche fidèle En vain ne devait pas ainsi carillonner :
Elle sonnait le glas... et le sonnait pour Elle Puisque nulle autre main ne le pouvait sonner !
La Cloche pleura seule ainsi, jusqu'au Dimanche, Jour et nuit, sans repos, son lamento si las ... Jusqu'à l'heure où l'Ankou, dans sa charrette blanche, Emporta, pour toujours, la Sonneuse de glas !...
Péri en mer!...