LE VENT QUI RÔDE I
On les a traités de fous téméraires...
Où sont-ils allés? Nul ne le saura...
... Ils sont au pays, pays chimérique, Plus lointain que l'Inde et que l'Amérique Qu'on a baptisé du mot : Inconnu !
Au pays d'oubli, d'extases divines, Pays des coraux et des perles fines...
... Et voilà pourquoi nul n'est revenu I. .. *
Savez-vous pourquoi, désertant hs flots Couleur d'émeraude, Le Vent rôde, rôde Autour des lits-clos ?
« Hou ! hou !
Et voilà pourquoi, lorsque viendra l'heure, Tous, vous quitterez la mère qui pleure Pour Celle de qui nous parlons tout bas...
Mais, en attendant, reprenez vos sommes; Demain, vous serez de beaux petits hommes:
La Fée aux yeux verts aime les beaux gâs !
Hou ! hou ! »
Et le Vent rôdeur retourne à la grève... ' Et les moussaillons font un joli rêve Dans le creux douillet de leur oreiller :
Ils font leurs adieux à la maisonnée, Ils rêvent que l'heure est déjà sonnée Où leurs bâtiments vont appareiller!...
Et voilà comment, pourvoyeur des flots Couleur d'émeraude, Le grand Vent qui rôde Fait les Matelots !
(Cette poésie est éditée séparément. — G. Ondet, éditeur.)
QUAND NOUS SERONS VIEUXl
En fermant un peu les yeux Je nous vois, moi déjà vieux Et toi déjà presque vieille ; Ils seront loin nos beaux jours, Mais je te dirai toujours Des mots très doux à l'oreille !
Ah ! certes, l'on changera Quand la vieillesse viendra Avec son triste cortège :
Le temps ridera ton front Et tes cheveux noirs seront Comme saupoudrés de neige,
Ta taille s'alourdira. . .
Mais mon vieux cœur t'aimera Plus que je ne puis le dire, Car, malgré tes cheveux gris, Ta bouche et tes yeux flétris Auront le même sourire !
Puis, si Dieu daigne bénir Les époux qu'il vient d'unir, Il nous enverra ses anges ; Et nous verrons, triomphants Les enfants de nos enfants Bégayer parmi leurs langes !
l54 CHANSONS A DIRE
Mais, en attendant Demain, Cueillons les fleurs du Chemin, Oublieux des immortelles. . .
Car, lorsque nous partirons, Là-haut nous rajeunirons Pour des Amours éternelles!
(Musique de Paul Delmet. — Enoch et ç««, éditeur*.)
PAUVRE PTIT GAS!
Nul ne connut jamais son âge !
Son nom ? Ma foi, pas davantage !
Sa famille ? Il n'en avait pas :
On l'avait trouvé sur la plage . . .
Pauvre p'tit gâs !
Sans jamais aller à l'école, Sans baiser ni bonne parole, Vêtu de trous du haut en bas, Il poussa comme une herbe folle. . .
Pauvre p'tit gâs !
Lorsque la mer était mauvaise Il chantait, le cœur plus à Taise, Gîté, malgré vents et frimas, Dans un abri de la falaise. . .
Pauvre p'tit gâs!
Dédaignant faucille et charrue, De bonne heure il fut la recrue D'un capitaine Terneuvas Et s'en fut pêcher la morue ! . . .
Pauvre p'tit gâs !
Or, un soir, la vague en furie Fait au vieux brick une avarie Suffisante à le couler bas :
L'eau monte dans la « batterie » î . . .
Pauvre p'tit gâs 1
l5b CHANSONS A DIRE
Et l'enfant s'offre en volontaire Pour porter un « fil » à la terre Que Ton aperçoit tout là-bas...
Le « va-et-vient » va-t-il se faire?.., Pauvre p'tit gâs !
Malgré les brisants et l'orage Il attînt la côte à la nage, Puis mourut... tant il était las !...
Mais il sauva tout l'équipage !...
Pauvre p'tit gâs !
Plus que tous nos héros célèbres Il fut pleuré dans les ténèbres Par les marins, disant tout bas, En guise d'oraisons funèbres :
« Pauvre p'tit gâs !
« Pauvre p'tit gâs ! ! ! »
(Musique dt Théodore Botrel. — G. Ondct, éditeur).
GOELANDS ET GOELETTES
Allons voir les goélettes Dans le bassin de Paimpol :
Les goélands, les mouettes Les caressent dans leur vol ; Puis, quand les Vagues s'élancent A l'assaut du quai noirci, Les goélands s'y balancent :
Les goélettes aussi !
Les grands oiseaux d'aventures Vont se perdre dans les cieux ; Les bateaux et leurs mâtures Tendent leurs longs bras vers eux ; Les jours et les mois s'envolent, L'Hiver passe sans souci!...
Les goélands se désolent :
Les goélettes aussi !
Lorsque Février arrive Les goélands sont joyeux ; Des voix pleurent sur la Rive La Complainte des Adieux !
— a Vos Paimpolaises sont belles, Islandais! restez ici!... »
Les goélands ont des ailes :
Les goélettes aussi !...
{Musique de Théodore Botrel. — G. Ondet, éditeur)