LE VIEUX JALOUX
Que te voilà bien attiffée, Vieille coquette à cheveux blancs î On dirait d'une belle Fée Qui s'en va quérir des galants !
T'as mis ta jupe la plus belle Et ton Justin le plus mignon, Ta grande coiffe de dentelle Qui, de loin, semble un papillon...
Ton cou, ton bras et ton oreille Sont parés d'affiquets d'argent!...
Mais ton Vieux auprès de sa Vieille Aura Pair d'un pauvre Saint-Jean !
Bah ! tant pis ! Donne-moi ma canne, Prends par la main le petit-fieu ; Et partons visiter Sainte Anne La Mère-Grand de l'Enfant-Dieu !
— Las ! ne faudrait point de la sorte Bonjourer tous les beaux passants * C'est que t'es encor bien accorte Malgré tes soixante et deux ans !
iG6
Ne ris point : ne souris point même :
Si je suis jaloux c'est tant mieux !
On n'est jaloux que tant qu'on aime, Et Ton peut aimer. . . quoique vieux !
Or, malgré l'âge, ton bonhomme T'estime encor par-dessus tout :
Dam ! quoique ridée une pomme N'en garde pas moins son bon goût !
{Musique de Théodore Botrel. — G Ondet, éditeur.;