‹ Contes du lit-clos: Récits et légendes bretonnes en versChapitre 47 sur 86 · LA LETTRE DU GABIER · texte numérisé non relu

LA LETTRE DU GABIER

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« Hier matin, notre commandant Nous a dit que le bâtiment S'en allait partir à la guerre :

Par la présente, votre fieu S'en vient vous dire son adieu, Bonne grand'mère !

J'aurais bien voulu, core un coup, Mettre mes bras à votre cou Tout comme au temps de mon enfance; Mais, l'un et l'autre, oublions pas Qu'à présent votre petit gâs Est à la France !

Les camarades du pays A leurs parents, à leurs amis, Font aussi leurs adieux bien vite, Espérant que la lettre-ci Vous trouvera vaillants, ainsi Qu'elle nous quitte.

Paraît qu'on va voir les Chinois ; J'espère bien qu'avant un mois Ils seront battus par les nôtres !

Si l'on débarque... faudra voir :

Je saurai faire mon Devoir Comme les autres !

Je veux être le mieux noté Pour m'en revenir Breveté, Peut-être même quartier-maître :

Avec mes galons frais cousus Je rirais si vous n'alliez plus Me reconnaître !

Si je meurs — dam ! faut tout prévoir ï Vous prierez pour moi chaque soir Madame la Vierge Marie :

Dites-vous, dans votre chagrin, Que je suis mort, en bon marin, Pour la Patrie !

Voici qu'on sonne le départ:

Embrassez tout doux, de ma part, Celle... à qui chaque jour je pense ; Qu'elle me conserve son cœur :

Il sera, si je suis vainqueur, Ma récompense !

Adieu ! pour de bon, cette fois, D'autant que, vraiment, je ne vois Plus rien autre chose à vous mettre ;

Votre Yvon,

Élève gabier, Qui, sans finir de vous aimer, Finit sa lettre. »

[Musique de Théodore Botrel — G. Ondct, éditeur.)

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