‹ Contes du lit-clos: Récits et légendes bretonnes en versChapitre 55 sur 86 · CIV.N3CN3 A DI · texte numérisé non relu

CIV.N3CN3 A DI

Et que les grandes fleurs et les petits brins d'herbe Que frôlait le Seigneur radieux et superbe En oubliaient, du coup, de saluer leur Dieu.

La Clairière s'ouvrit et, soudain, en un lieu

Lugubre, plein de rocs, de lianes, d'épines,

Propice à l'embuscade et propice aiux rapines,

Un lieu dont l'Apreté, la Désolation

Semblaient faites pour l'antre horrible d'un lion,

Ils virent un Voleur au sinistre visage,

A la bouche tordue, à l'œil torve et sauvage,

Souple comme un chacal, velu comme les loups,

Qui tenait un passant dans ses épais genoux,

Et menaçait déjà sa victime abattue

De son poing lourd, armé d'une lame pointue.

Jésus tendit la main en disant : « Sois sauvé l »

Et le bras que levait l'homme... resta levé !

— On eût dit la statue, en granit roux, du Crime —

Jacque et Jean, de sous lui, tirèrent sa victime.

C'était, dit l'Evangile, un marchand de Kérioth; Il venait du marché d'Ebron, el son chariot, Demi-vide déjà de ses pièces de laine, Etait là, renversé ; — mais sa poche était pleine (Le Voleur le savait) de beaux deniers d'argent. « Adore ton Sauveur, lui dirent Jacque et Jean, « Et suis-nous sur les pas du Christ à barbe blonde, « Car il est le Messie et le Sauveur du Monde ! »

Et l'homme répondit : « Certes, je le suivrai ;

« Mais... plus tard... dans un mois... aussitôt que j'aurai

LA RENCONTRE l85

« Bien placé mes deniers, bien cédé mon Commerce. »

Puis, redressant son char gisant à la renverse,

Pressé de rattrapper ces longs instants perdus,

Il salua Jésus r Jacque et Jean confondu^

Et s'en fut à grands pas, vers le Sud, vite, vite...

...Comme si le Voleur était à sa poursuite.

Jean, montrant celui-là qui volait et tuait,

Toujours au même endroit, paralysé, muet,

Cria : « Que ferons-nous de ce brigand, O Maître ?

« Il mérite la Mort, ce voleur et ce traître !

« Si vous le permettiez, Jacque et moi nous irions

« A la Ville chercher quelques centurions. »

Et Jésus répondit : « Non, cet homme doit vivre : « Après avoir jeté son long couteau de cuivre, « Qu'il aille vers le Nord et marche jour et nuit « Jusqu'à l'heure où mon Père aura besoin de lui. »

Et le bandit sinistre et roux comme une bête Baissa, baissa plus bas encor sa lourde tête, Se traîna jusqu'au Christ et, d'un geste câlin, Baisa, les yeux en pleurs, sa tunique de lin... Puis il s'en fut plus triste en la forêt plus sombre, Suivi par son Remords comme on l'est par son Ombre.

Jacque et Jean, stupéfaits, regardaient Jésus-Christ.

Et Jésus murmura : « Vraiment, c'était écrit :

a L'un et l'autre il fallait qu'aujourd'hui je les sauve, k

Et Jean dit : « Quels sont donc cet Ingrat et ce Fauve ? »

Et Jésus répondit en soupirant tout bas :

« L'un se nomme Judas et l'autre Bar-Abbas ! »

(Cette poésie est éditée séparément — G. Ondet, éditeur.)

La Réponse

de la Grand'Mère

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