LA RÉPONSE DE LA GRAND'MÈRE
J'ai bien reçu, mon petit fieu, La lettre où tu me dis adieu Ayant de partir en campagne, Et je dicte la lettre-là Que tu liras, bien loin déjà De la Bretagne !
Je suis fille d'un matelot :
J'ai mon homme et trois gâs dans l'eau — La vie est quelquefois bien rude ! — J'en ai tant dit des : « Au revoir î »
Que je devrais bien en avoir Pris l'habitude
Pourtant, j'ai le cœur plein d'émoi :
C'est qu'aussi je n'ai plus que toi, Plus que toi, tout seul, en ce monde, Las ! que ferais-je, désormais, Si je ne voyais plus jamais Ta tête blonde ?
Mais je console mes chagrins En me disant que les marins Ne meurent pas tous à la guerre :
Vas-y gaîment, mon petit gâs, Et reviens vite dans les bras De ta grand'mère !
(i) Voir la Lettre du Gabier, page 167.
Pense à moi souvent, très souvent...
Et, chaque fois que le grand vent Viendra de la côte bretonne, Laisse-le te bien caresser :
Il t'apportera le baiser Que je lui donne.
Je prîrai la Vierge d'Arvor, Bien que j'invoque — et mieux encor — Sainte Anne... lorsque je suis seule :
C'est Elle qui doit, dans les cieux, Protéger tous les petits-fieux, La bonne Aïeule !
Retiens bien ce que je te dis :
Celle à qui tu donnas jadis L'anneau d'argent des accprdailles Sera fidèle à votre amour Et t'espérera jusqu'au jour Des épousailles 1
Sans adieu, mon petit Yvon :
Je dicte ces mots, qui s'en vont Sonner bien doux à ton oreille, A ta cousine Lénaïk, Et je signe :
Veuve Rouzik, Ta pauvre vieille!
(Musique de Théodore Botrel. — G. Ondet, éditeur).