‹ Contes du lit-clos: Récits et légendes bretonnes en versChapitre 62 sur 86 · LE COUTEAU · texte numérisé non relu

LE COUTEAU

— « Pardon, Monsieur le Métayer,

Si, de nuit, je dérange, Mais je voudrais bien sommeiller Au fond de votre grange...

— Mon pauvre ami, la grange est pleine

Du blé de la moisson, Donne-toi donc plutôt la peine

D'entrer dans la maison !

— Mon bon Monsieur, je suis trop gueux :

Que gâchis vous ferais-je!

Je suis pieds-nus, sale et boueux Et tout couvert de neige !

— Mon pauvre ami, quitte bien vite

Tes hardes en lambeaux :

Pouille-moi ce tricot, de suite ;

Chausse-moi ces sabots 1

— De tant marcher à l'abandon

J'ai la gorge bien sèche :

Mon bon Monsieur, bâillez-moi donc Un grand verre d'eau fraîche !

— L'eau ne vaut rien lorsque Ton tremble,

Le cidre... guère mieux :

Mon bon ami, trinquons ensemble, Goûte-moi ce vin vieux !

Mon bon Monsieur, on ne m'a rien Jeté le long des routes :

Je voudrais, avec votre chien,

Partager deux, trois croûtes !

— Si, depuis ce matin, tu rôdes,

Tu dois être affamé:

Voici du pain, des crêpes chaudes, Voici du lard fumé !

— Chassez du coin de votre feu

Ce rôdeur qui ne bouge !

Etes-vous « Blanc » ? Etes-vous « Bleu »

Moi... je suis plutôt <« Rouge »>

— Qu'importent ces mots : République,

Commune ou Royauté:

Ne mêlons pas la Politique Avec la Charité !.. »

Puis le métayer s'endormit,

La mi-nuit étant proche Alors, le vagabond sortit

Son couteau de sa poche, L'ouvrit, le fit luire à la flamme,

Puis, se dressant soudain, Il planta sa terrible lame

Dans... la miche de pain !1

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