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LE GAKDIEX DU VIEUX PHARE

" Xon, uon^ ça ne peut pas être. . ,ra ne sera pas !" interrompit brusquement Lavau^ comme s'il se parlait à lui-même. " Non^ quand je devrais la noyer de mes mains. . .elle d'abord, moi ensuite. . .mais il 5 n'y a rien à craindre, pas vrai, maître Jacques ? Nous sommes seuls à l'avoir vue ?"

" Autant qu'un homme peut jurer, j'en jurerais," répondit prétentieusement le patron. " Cependant, si vous m'en croyez, vous garderez Georgi là-bas."

10 ''' Au pliare ?" répéta Simon, "c'est contraire au règlement."

'• ]\Iais c'est conforme à la prudence," ajouta Merlet : " si on la voit, on peut la soupçonner, tandis que, si elle est absente, personne ne pensera à elle.

15 Bardanou part dans quelques jours, et, à mon prochain voyage au phare, je pourrai la prendre ]Dour la ramener à Robert."

Malgré son respect pour la consigne, Lavau sentit la sagesse du conseil. L'idée de voir la fille de sa

20 sœur en prison, soumise à un jugement, condamnée peut-être, lui inspirait d'ailleurs une épouvante qui lui eût fait tout accepter. Merlet et Rigaud promirent d'être discrets. Quant au gardien qui l'avait remplacé pendant quelques jours au vieux phare, il

25 fut convenu qu'on lui cacherait l'arrivée de l'orpheline. Il suffit pour cela de la déposer sur l'extrémité de l'îlot opposé à la cale de débarquement, puis de gagner cette dernière, où le remplaçant do Simon accourut bientôt, ravi d'être relevé de sa gai'de soli-

30 taire.

Il aida le patron à mettre à terre les provisions de

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la semaine^ prit rapidement congé^ puis entra dans le canotj qui poussa au large.

Le vieux marin attendit que la voile ne fût plus qu'un point blanc presque perdu dans l'espace. Descendant alors vers les rocliers où Georgi avait été débarquée, il l'appela et la fit entrer dans la tour qui servait en même temps d'habitation et de phare.

Quelques heures semblèrent suffire à lnj/âlottc pour s'habituer à son nouveau séjour. Au premier instant,

10 maître Simon avait voulu renouveler son interrogatoire sur ce qui s'était passé à terre ; mais le silence obstiné de l'idiote et sa propre difficulté de parole, avaient bientôt mis fin à l'enquête. Georgi fut donc laissée à elle-même, et put prendre librement posses-

15 sion de l'îlot désert.

Cette solitude n'avait rien de nouveau pour elle. Accoutumée depuis la mort de Donatien à vivre loin de toute compagnie et au milieu des rochers, c'était là vraiment qu'elle se ti'ouvait à l'aise. Non-seule-

20 ment toutes les images de ces sierras maritimes lui étaient devenues familières, mais elle en avait besoin. — Folles vagues dansant sur les récifs, nuées qu'emportait le vent, cris rauques des oiseaux de mer qui tournoyaient sur l'abîme, rafales fouettant les cimes

25 décharnées ! l'habitude avait fait de tous ces aspects

et de tous ces bruits une partie d'elle-même ; c'était

seulement où ils n'étaient pas qu'elle voyait le désert.

Aussi, retrouvant dans son nouveau domaine ce

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