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mont sur les câtet d'Alrique k Inmaporla do joie. — « Grâce au eiel , lui dil-il en se frottant les mains, nous aurons les maroquins du Levant à bon marché; * — ce qui le fit passer ponr carliste.
Il se promenoit Viii dernier dans une rue populeuse , en coUationnant un livre. D'hon-» nétes citoyens, qui sortoient du cabaret d'un pied titubant, vinrent le prier, le couteau sur la gorge , au nom de la liberté des opinions y de crier: Vicent Un Ppl<moU! -*- c Je ne de^ mande pas mieux, répondit Théodore dont la pensée étoit un cri éternel en fSsveur du genre humain , mais pourrois-je vous deman* der à quel propos ? > Parce que nous déclarons la guerre à la Hollande qui opprime les Polo-* nois, sous prétexte qu'ils n'aiment pas les jé« suites, répartit l'ami des lumières qui étoit un rude géographe et un intrépide logicien. — « Dieu nous pardonne, murmura notre ami en croisant piteusement les mains! Serons-noua donc réduits au prétendu papier de HoUando de H. Montgolfier ! • ^
L'homme éminemment ciiriliaé lui cassa lu jambe d'un coup d Wîton.
Théodore passa trois mois au lit à oompol* ser Aéê catalogues de livres. Disposé comme il Fa toujours été à preudre les émotions à l'exiréme , cette lecture lui enflamma le sang.
Dans sa convalescence méme^ son sommeil éloit korriblemodt agité. Sa femme le réveilla «ne nuit au milieu des angoisses du caitchemari — « Vous arrivera propos, lui dit-il en l'em** brassant , pour m'empédter de moui^ir d*effroî ei de douleur. J'étois entouré de monstres qui ne m'auroient point taài de quartier. »
-^ £t quels monstres pouvez- vous redouter « mon boti ami , vous qui n'aveft jsunais fiait de mal à personne ?
« C'étoit» s'il m'en fiouvient , l'ombre de Pur- » gold dont les fanestes ciseaux mordaient d'un » pouce et demi sur les marges de mes aides tf brochés ) tandis que celle d'Beudier ploii-
> geoit ifspitoyahlement dans un acide dévo-
> rant mon plus beau volume d'édition prût-
> ceps, et l'en retiroit tout blanc; mais j'ai de
> bonnes ralsOAs de penser qu'ils sont au moins » eu purgatoire. •
Sa femme crut qu'il patioit grec, car il sa-> voit un peu le grec , à telles enseignes que ti'ds
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tablettes de sa bibliothèque étoient chargées de livres |;recs dont les feuilles n'étoient pas fendues. Aussi ne les ouvroit-il jamais, se contentant de les montrer à ses plus privées connoissances, par le plat et par le dos, mais en indiquant le lieu de l'impression , le nom de J'imprimeur et la date , avec une imperturbah\e assurance. Les simples en concluoient qu'il étoit sorcier. Je ne le crois pas.
Comme il dépérissoit à vue d'œil, on appela son médecin qui étoit, par hasard, homme jd'esprit et philosophe. Vous le trouverez si TOUS pouvez. Le docteur reconnut que la congestion cérébrale étoit imminente , et il fit un beau rapport sur cette maladie dans le Journal des sciences médicales, où elle est désignée sous le nom de monomanie du maroquin , ou de typhus des hibliomanes; mais il n*en fut pas question à TAcadémie des sciences , parce qu'elle se trouva en concurrence avec le cAolera-morhus.
On lui conseilla l'exercice , et comme cette idée lui sourioit, il se mit en route l'autre jour <le bonne heure. J'étois trop peu rassuré pour le quitter d'un pas. Nous nous dirigeâmes du
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côté des quais , et je m'en réjouis , parce que j'imaginai que la Tue de la rivière le récréeroit ; mais il ne détourna pas ses regards du ni* veau des parapets. Les parapets étoient aussi lisses d'étalages que s'ils avoient été visités dès le matin par les défenseurs de la presse , qui ont noyé en février la bibliothèque de rArchevêché. Nous fûmes plus heureux au Quai aux fleurs. Il y avoit profusion de bouquins , mais quels bouquins ! Tous les ouvrages dont les journaux ont dit du bien diepuis un mois , et qui tombent là infailliblement dans la case à cinquante centimes , du bureau de rédaction ou du fonds de libraire. Philosophes, historiens, poètes , romanciers , auteurs de tous les genres et de tons les formats , pour qui les annonces les plus pompeuses ne sont que les limbes infranchissables de l'immortalité , et qui passent , dédaignés , des tablettes du magasin aux margelles de la Seine , Léthé profond d'où ils contemplent, en moisissant, le terme assuré de leur présomptueux essor. Je déployois là les pages satinées de mes in-octavo, entre cinq ou six de mes amis.
Théodore soupira, mais ce n'étoit pas de I. 4
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voir les oôuTres de mon esprit exposées à la ploie , dont les garantit mal l'officieux balan* dran de toile cirée.
« Qu'est devenu , dit-il , l'âge d'or des bon-
• quinistes en plein vent ? C'est ici pourtant » que mon illustre ami Barbier ayoit colligé
• tant de trésors, qu'il étôit parvenu à en com- » poser une bibliographie spéciale de quel* » ques milliers d'articles. C'est ici que pro-^
• longeoient, pendant des heures entières, » leurs doctes et fructueuses promenades , le
• sage Monmerqué en allant au Palais, et le » sage Labouderie en sortant de la métropole. » C'est d'ici que le vénérable Boulard enlevoit » tous les jours un mètre de raretés , toisé à » sa canne de mesure , pour lequel ses six mai«>
> sons pléthoriques de volumes n'avoient pas » de place en réserve. Oh! qu'il a de fois
> désiré en pareille occasion le modeste an-
> ^ii/ti« d'Horace, ou la capsule élastique de 9 ce pavillon des fées qui auroit couvert au
> besoin l'armée de Xerxès , et se portoit aussi » commodément à la ceinture que la gaine » aux couteaux du grand-père de Jeannot !
> Maintenant, quelle pitié! vous n'y voyez
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» plus que les ineptes rogatons de cette litté-
• rature moderne qui ne sera jamais de la
• littérature ancienne , et dont la vie s'éva- » pore en vingt-quatre heures, comme celle » des mouches du fleure Hypanis : littérature » bien digne en effet de l'encre de charbon
• et du papier de bouillie que lui livrent à » regret quelques typographes honteux, près* » qu'aussi sots que leurs livres I Et c'est pro- 9 faner le nom de livres que de le donner à » ces guenilles barbouillées de noir, qui n'ont
• presque pas changé de destinée eu quittant
> la hotte aux haillons du chiffonnier! Les
> quais ne sont désormais que la Morgue des ■ célébrités contemporaines ! »
Il soupira encore , et je soupirai aussi , mais ce n'était pas pour la même raison.
J'étais pressé de l'entraîner , car son exaltalion, qui croissoità chaque pas, sembloit le menacer d'un accès mortel. Il falloit que ce fut un jour néfaste , puisque tout contribuoit à aigrir sa mélancolie.
« Yoilà , dit- il en passant , la pompeuse fa-
• çade de Ladvocat , le Galiot du Pré des let-
• très abâtardies du dix-neuvième siècle , li-
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braire industrieux et libéral , qui auroit mérité de naître dans un meilleur âge, mais dont Tactivité déplorable a cruellement multiplié les livres nouveaux au préjudice éternel des vieux livres ; fauteur impardonnable à jamais de la papeterie de coton , de l'orthographe ignorante , et de la vignette maniérée , tuteur fatal de la prose académique et de la poésie à la mode; comme si la France avoit eu de la poésie depuis Ronsard et de la prose depuis Montaigne! Ce palais de bîbliopole est le cheval de Troie qui a porté tous les ravisseurs du palladium , la boîte de Pandore qui a donné passage à tous les maux de la terre ! J'aime encore le cannibale, et je ferai un chapitre dans son livre , mais je ne le verrai plus ! — » Voilà, continua -t-il, le magasin aux vertes parois d u digne Grozet, le plus aimable de nos jeunes libraires, Thomme de Paris qui distingue le mieux une reliure de Derome l'aîné d'un reliure de Derome le jeune, et la dernière espérance de la dernière génération d'amateurs, si elle s'élève encore au milieu de notre barbarie; mais je ne jouirai pasaujour-