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remportons de beaucoup en subtilité d'organisation sur la matière à laquelle nous sommes liés, ses habitants doivent l'emporter également sur la subtile matière qui les enveloppe ! Mais , comment pourrois-je les connoitre ?
— £n apprenant à les voir, répondit Jean- François qui me repoussoit de la main avec une extrême douceur.
Au même instant, sa tête retomba sur le dos de son escabelle à trois marches , ses regards reprirent leur fixité , et ses lèvres leur mouvement.
Je m'éloignai par discrétion. J'étois à peine à quelques pas quand j'entendis derrière moi son père et sa mère qui le pressoient de rentrer, parce que le ciel devenoit mauvais. Il se soumettoit comme d'habitude à leurs moàndres instances ; mais son retour au monde réel étoit toujours accompagné de ce débordement de paroles sans suite qui fournissoit aux manants du quartier l'objet de leur divertissement accoutumé.
Je passai outre en me demandant s'il ne seroit )>as possible que Jean-François eût deux âmes , l'une qui appartenoit au monde grossier
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OÙ nous vivons , et l'autre qui s'épuroit dans le subtil espace où il croyoit pénétrer par la pensée. Je m'embarrassai un peu dans cette yiéorie « et je m'y embarrasserois encore.
J'arrivai ainsi auprès de mon père, plus préoccupé , et surtout autrement préoccupé que si la corde démon cerf- volant s'étoit rompue dans mes mains , ou que ma paume lancée à outrance £ài tombée de la rue des Cordeliers dans les jardin de M. de Grobois. Mou père m'interrogea sur mon émotion , et je ne lui ai jamais menti.
— Je croyois , dit-il , que toutes ces rêveries (car je lui a vois raconté sans en Qublier un mot ma conversation avec Jean-François les BaS" Bleus ) étoient ensevelies pour jamais avec les livres de Swedenborg et de Saint-Martin , dans la fosse de mon vieil ami Cazotte ; mais il paroit que ce jeune homme , qui a passé quelques mois à Paris , s'y est imbu des mêmes folies. Au reste , il y a une certaine finesse d'observation dans les idées que son double langage t'a suggérées , et l'explication que tu t'en es faite ne demande qu'à être réduite à sa véritable expression. — Les facultés de l'intelligence ne sont pas tellement indivisibles qu'uue in-
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firraité du corps et de l'esprit ne paisse les atteindre séparément. Ainsi Taltération d'esprit que le pauvre Jean-François manifeste dans les opérations les plus communes de son jugement peut bien ne s'être pas étendue aux propriétés de sa mémoire , et c'est pourquoi il , répond avec justesse quand on l'interroge sur les choses qu'il a lentement apprises et difficilement retenues, tandis qu'il déraisonne sur toutes celles qui tombent inopinément sous ses sens , et à l'égard desquelles il n'a jamais eu besoin de se prémunir d'une formule exacte.
Je serois bien étonné si cela ne s'obser?oit pas dans la plupart des fous , mais je ne sais si tu m'as compris.
— Je crois vous avoir compris , mon père , et je rapporterois dans quarante ans vos propres paroles.
— C'est plus que je ne veux de toi , reprit-il en m'embrassantî Dans quelques années d'ici, tu seras assez prévenu par des études plus graves contre des illusions qui ne prennent d'empire que sur de foibles âmes ou des intelligences malades. Rappelle-toi seulement , puisque tu es si sûr de tes souvenirs , qu'il n'y a rien