‹ Contes en prose et en versChapitre 24 sur 55 · ET LA 90UYELLE MARGUERITE · texte numérisé non relu

ET LA 90UYELLE MARGUERITE

rhai précipitamment ; je rappelai , je recueillis nies esprits épouvantés.

— Tac, tac, tac... — Je m'armai d'une de mes bougies ; je m'avançai résolument du côté du balcon; j'ouvris le volet...

terreur ! jamais la nature n'a rien montré de plus ravissant aux yeux de l'amour ; je crus que je mourrois de peur.

C'étoit Marguerite, appuyée aux glaces de la porte, plus belle mille fois que je ne l'a vois vue , plus belle qu'on ne peut la rêver ; Marguerite, émue, palpitante, un peu décoiffée, une mèche de cheveux pendante sur le sein , et le sein presque affranchi d'un fichu mal attaché.

Je me signai ; je me recommandai à Dieu ^ et j 'ouvris.

C'étoit bien elle; c'étoit sa main douce ^ veloutée, délicate; c'étoit sa main tremblante que je touchai sans me brûler.

Je la conduisis, tout interdite, jusqu'à mon fauteuil , et j'attendis un signe de ses yeux pour m'asseoir à quelques pas de là sur un pliant.

Elle appuya son bras sur un des bras du

fauteuil , sa tète sur sa main , et voila son front de ses joli s doigts.

J'attendois qu'elle parlât; elle ne parla point; elle soupira.

— Oserois-je vous demander, mademoiselle, — c'est moi qui commençai , — à quel incon* eevable hasard je s im redevable d'une démarche si faite pour m'étonner?...

— £hquoi! monsieur, reprit-elle vivement , ma démarche vous étonneroit! n'étoit-ce pas une chose convenue ?

— Convenue, mademoiselle, convenue, cela est vrai , quoique la convention n'ait pas été stipulée selon toutes les formes requises en pareil cas , et qu'elle soit loin d'être aussi positive et aussi valable en bonne justice que vous paroissez le croire; — Il survient des idées si étranges dans un esprit malade qu'un amour imprudent a égaré... Enfin, pour vous dire vrai , je ne comptois pas, du tout sur le bonheur... qui m'accable... —

Je ne savois plus ce que je disois.

— Je vous comprends , monsieur , le dénouement vous rebute de l'entreprise. Accoutumé à des plaisirs brillants , mais faciles, vous

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n'aviez jamais mesuré la portée des sacrifices du véritable amour...

— Arrêtez, MarguerUe, et n'outragez pas mon cœur.

La portée des sacrifices du véritable amour, je la eonnoîs... je m'en flatte!

( Je trouvois pourtant celui-là un peu fort. )

— Mi^is encore , pourquoi n'est-il pas venu ? pourquoi ne vous a-t il pa» accompagnée ! Il falloît au moins entre nous cet échange de paroles qui est la première condition du contrat synallagmatique.

Je ne sais pas si vous le savez.

— Après, m'avoir enlevée il m'a quittée au bas de l'escalier, et il ne viendra me prendre qu'au point du jour.

— Vous prendre ? ma chère enfant ; mais je vous prie de croire que je n'ai traité que pour moi... si j'ai traité.

Je le lui dirois bien s'il étoit là.

— Il n'a pas osé monter auprès de vous^ parce qu'il prévoyoit vos scrupules.

— Il n'a pas osé monter , dites- vous ? Pas, possible! je ne le croyois pas si timide.

— Je suppose qu'il a pu s'effrayer de l'irri-

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tabilité de tos sentiments , et de hi délicatesse de TOS principes...

— Je lui en suis bien obligé ; cela fait toujours plaisir ; mais il faudra enfin que je le voie...

— Au le?er du soleil , dans trois on quatre heures d'ici.

— Trois ou quatre heures , dis-je avec ex- ]!Hinsion, en me rapprochant d'elle...

Trois ou quatre heures , Marguerite !

— Et pendant ce temps-là , Maxime , repritelle avec douceur , en se rapprochant de moi , je n'ai d'abri et de protecteur que vous, puisqu'il faut que les portes soient ouvertes pour laisser passer sa chaise de poste.

— Ah ! il faut que les portes soient ouvertes pour laisser passer sa chaise de poste , répliqùai-je, en me frottant les yeux comme un homme qui se réveille.

— Il vous auroit épargné l'inquiétude et la responsabilité du service que vous nous rendez à tous deux , si sa respectable mère n'étoit morte l'année, dernière d'une fluxion de poitrine.

— Attendez, mademoiselle, m'écriai-je en

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repoussant moQ pliant d'un coup de pied jusqu'à Tautre extrémité de mon cabinet , sa mère est morte d'une fluxion de poitrine ! mais de qui me parlez-vous donc ?

— Je vous parle d' Amandus , bon Maxime , d'Amandus, qui tous est si attacbé et que TOUS aimez tant. — Puisque vous ignorez ces détails, vous apprendrez qu'il est venu me chercher ce soir à l'heure indiquée entre nous pour m'enlever de la maison de ma tante, parce qu'elle s'obstinoit à lui refuser ma main. C'étoit le seul moyen , vous en conviendrez, d'obtenir d'elle une résolution plus favorable; mais comme il y avoit soirée, la cour étoit pleine d'allants , de venants et de domestiques qui auroient épié notre fuite , et nous nous sommes sauvés par les jardins. A peine a-t-il vu votre croisée éclairée qu'il m'a dit avec joie : — Vois-tu-, Marguerite , le sage et studieux Maxime travaille encore; Maxime qui est mon frère, mon confident, ma providence; Maxime qui n'ignore aucun de mes secrets, et qui sera trop heureux, je connois son cœur, de te donner un asile jusqu'au jour. Monte et frappe avec assurance, Marguerite, pendant

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que je vais tout disposer pour notre départ.

Là-dessus, il m'a quittée; j'ai monté, j'ai frappé plusieurs fois sans reproche... et vous savez tout.

— Je n'en sais que trop ; mais à tout prendre j'aime encore mieux cela qu'autre chose.

Le principal , Marguerite , c'est que vous puissiez être heureuse. — Vous avez donc une passion hien décidée pour Amandus ? —

C'est pour lui , n'est-il pals vrai ?

— Pour qui donc ? Je ne lui ai parlé que trois fois; mais il écrit avec une chaleur si pénétrante, avec une tendresse si persuasive!

il exprimoit avec une énergie si passionnée les sentiments qu'il éprouvoit pour moi, Amandus, mon cher Amandus!

— Attendez , attendez ! C'est de ses lettres que vous parlez ?

£t au même instant je m'arrêtai tout court, parce que j'allois dire , selon toute apparence , une sottise énorme.

Je méditai lyia pensée; je me réfugiai comme un personnage de mélodrame dans un à parte mystérieux.

« Pïon, non, mon ami, dis-je au démon;

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