‹ Contes en prose et en versChapitre 26 sur 55 · II · texte numérisé non relu

II

1S4 LE HOUYEAU FAUST

— Vous parlez trop rigoureusement, par ironie peut-être, de deux ou trois étonrderies de jeune homme qui ne compromettent pas le caractère, et qui ne tous ont rien fait perdre dans . l'estime des honnêtes gens. Amandns, qui a quelques fautes du même genre à se reprocher, s'en justifie dans ses lettres avec une éloquence dont ma tante elle-même a été touchée, quoiqu'elle soit extraordinairement rigoriste.

Un mauvais sujet, Maxime i oh! vous n'en avex pas l'air ! —

— Je vous remercie, mademoiselle, de la bonne opinion que vous daignez avoir de moi.

— Mais cette entrevue longue, mystérieuse, embarrassante à l'excès, tranchons le mot, po|ii^ Ja vertu que vous voulez bien me supposer , est au moins de nature à rendre votre innocence suspecte devant ce misérable vulgaire qui porte un jugement moins favorable de ma pureté juvénile; et je frémis pour vous d'y penser. Permettez, au nom de votre réputation , et par compassion pour la mienne, que je vous cherche une autre retraite jusqu'au matin. Je reviens à vous dans un roo-^

ET LA IVOUVBLLE MARGUERITE. 13ë

ment , et je tous laisse maîtresse souveraine de toutes vos actions^ si ce n'est de sortir seule et d'ouvrir à quelqu'un.

J'attendois son consentement; je l'obtins et je fis mieux.

Je m'en assurai, ne varietur, en fermant la porte à double tour.

Ma résolution étoit prise, car j'avois les idées vives et soudaines du jeune âge.

G'étoit soirée chez la tante de Marguerite , je venoîs de rapprendre, et les soirées de province sont d'une longueur démesurée sous tous les rapports.

Quand j'approchai, les derniers équipages s'éloignoient; je me glissai, leste et subtil comme un oiseau, entré deux laquais qui alloient fermer.

— Où va monsieur ?

— Chez madame.

— Tout le monde est parti.

— J'arrive.

— Madame se couche.

— C'est égal.

A cette réponse décisive il n'y avoit point d'objection , et dix secondes après j'étois dans

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la chambre à coucher de madame, oà je n'a* TOis jamais mis le pied , ni si tard ni si matin y quoique j'y eusse pensé quelquefois.

Le bruit que je fis la força à se détourner, comme elle alloit détacher, Bieu me pardonne! ravant-dernière de ses agrafes.

— Quelle horreur!... s'écria- t-elle. Vous, monsieur î — chez moi î — à cette heure ? — dans ma chambre à coucher ! ! ! sans être annoncé, sans égard pour les plus communes bienséances!...

— Gomme vous dites , madame ; je n'en connois point quand j'obéis à l'impulsion de mon cœur.

— Eh! monsie^r, allez-vous en revenir à vos anciennes frénésies? Gardez, je vous en supplie, tout cet étalage de sentiments qui s'expriment avec tant de véhémence et qui s'oublient si vite , pour un moment plus convenable.

— Il seroit difiîcile , madame , de le mieux choisir , si j 'a vois à vous entretenir du sujet auquel vous attribuez ma visite , mais je suis appelé chez vous par des motifs plus sérieux et qui ne souffrent aucun retard.

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