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« Grâce inespérée , s'écria-t il , que le Diea
> très-puissant et très-miséricordieux accorde
> enfin à ma piété après tant d'années d'é- • preuves, et qu'il a daigné mettre, pour
> m'en rendre la conquête plus facile, sous la » simple garde d'un innocent lézard de mu- » railles et d'un pauvre garçon imbécile! »
Je dois vous dire que le faquir Abhoc connoissoit parfaitement de vue Xaïloun et le kardouon.
< Que le ciel soit loué en toutes choses, » ajouta-t-il en s'asseyant quelques pas plus
> loin. Adieu la robe de faqu^ir, les longs jeù- » nés et les rudes mortifications de corps. Je » vais changer de pays et de vie et acheter , au » premier royaume oîi je me trouverai bien, 9 quelque bonne province qui me rapporte t de gros revenus. Une fois établi dans mon » palais , je ne m'occupe désormais que de
> me réjouir au milieu de mes jolies esclaves, » parmi les fleurs et les parfums , et que de t bercer mollement mes esprits au son de leurs
> instruments de musique, en sablant des vins « exquis dans la plus large de mes coupes » d'or. Je me fais vieux , et le bon vin égaie
LE FAQUIR ABHOG. 171
le cœur des vieillards. — Il me paroit seulement que ce trésor sera lourd à porter, et il siéroit mal en tout cas à un grand seigneur terrien comme je suis, qui a une multitude de domestiques et une milice innombrable , de s'abaisser à un office de porte-faix , même quand je ne devrois pas être vu. Pour que le prince du peuple attire à soi le respect de ses sujets , il faut qu'il se soit accoutumé à se respecter lui-même. On croiroit d'ailleurs que ce manant n'a pas été envoyé ici à d'autre fin que de me servir , et comme il est plus robuste qu'un bœuf, il transportera aisément tout mon or jusqu'à la ville prochaine, où je lui ferai présent de ma défroque et de quelque basse monnoie à l'usage des petites gens. ■
Après cette belle allocution intérieure, le Caquir Abhoc , bien certain que son trésor n'avoit rien à redouter du kardouon ni du misérable Xaîloun , qui étoit aussi loin que le kardouon d'en connoitre la valeur, se laissa entraîner sans résistance aux douceurs du sommeil, et il s'endormit fièrement en rêvant de sa province , de son harem peuplé
17S LE SONGE d'oB.
des plofl rares beautés de l'Orient , et de son vin de.Schîraz écumant dans des oonpes d'or.
Ceci est Thistoire du faquir ^hoc.