‹ Contes en prose et en versChapitre 36 sur 55 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

LB DOOTBUa ABHAO.

Le lendemain, survint dans le même endroit le docteur Abhac , qui étoit un homme trèsversé dans toutes les lois , et qui avoit perdu sa route en méditant sur un texte embrouillé, dont les juristes donnoient déjà cent trentedeux interpétations difîërentes. Il étoit sur le pomt de saisir la cent trente-troisième, quand

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Taspect du trésor la lui fit oublier tout net , en transportant sa pensée sur le terrain scabreux de l'invention, de la propriété et du fisc. £]Ie s'anéantit si bien dans sa mémoire qu'il ne Tauroit pas retrouvée en cent ans.

C'est une grande perte.

« Il appert, dit le docteur Abhac, que c'est le kardouon qui a découvert le trésor, et celui-ci n'excipera pas , j'en réponds, de son droit d'invention pour réclamer sa part légale dans le partage. Ledit kardouon est donc évincé de fait. Quant au fisc et à la propriété, je tiens que le lieu est vague, commun, propre à chacun et à tous, de façon que l'état et le particulier n'y ont rien à voir, ce qui est d'une heureuse opportunité dans l'occurence actuelle , ce confluent d'eaux errantes, marquant, si je ne me trompe, une délimitation litigieuse entre deux peuples belliqueux, et des guerres longues et sanglantes ayant à surgir du conflit possible de deux juridictions. Je ferois donc un acte innocent , légitime , et même provide, en emportant le trésor de céans, si je pouvois m'en charger d'un voyage. — Quant

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à ces deux aventuriers, dont l'un me paroit être un malotru de boquillon , et l'autre un méchant faquir, gens sans nom, sans aveu et sans poids, il est probable qu'ils ne se sont couchés ici que pour procéder demain à un partage amiable , parce qu'ils ne savent ni texte, ni commentateurs, et qu'ils se sont estimés d'égale force. — Mais ils ne s'en tireront pas sans procès, ou j'y perdrai ma réputation. Seulement, comme le sommeil me gagne , à cause de la grande contention d'esprit que cette affaire m'a donnée, je vais prendre acte de possession en mettant quelques-unes de ces pièces dans mon tur* bftn, pour qu'il conste ostensiblement et péremptoirement en la cour, si la cause y est évoquée, de l'antériorité de mon droit; celui qui possède la chose par appétence d'avoir, tradition d'avoir eu, et première occupation, étant présumé propriétaire, ainsi qu'il est écrit. »

£t le docteur Abhac munit son turban de tant de pièces de conviction qu'il passa une grande partie du jour à le traîner, le pauvre homme, jusqu*à l'endroit où mouroit, aux

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rayons du soleil horizontal , l'ombre des rameaux protecteurs. Encore y retourna-t-il à plusieurs reprises , bourrant toujours son turban de nouveaux témoins , tant qu'enfin il se décida bravement à en combler la forme , sauf à dormir la tête nue au serein.

« Je ne suis pas embarrassé de me réveiller,

> dit-il en appuyant son occiput, fraîchement

> rasé, sur le turban bouffi, qui lui servoit » d'oreiller. Ces gens-ci se disputeront dès le » point du jour^ et ils seront trop heureux

> d'avoir un docteur ès-lois sous la main pour

> les acccommoder, ce qui m'assure part et • vacation. »

Après quoi le docteur Abhac s'endormit magistralement, en rêvant procédure et or.

Ceci est l'histoire du docteur Abhac.

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