‹ Contes en prose et en versChapitre 53 sur 55 · L'AMBRE · texte numérisé non relu

L'AMBRE

Un grain d*aknbrc exhaloît de sauves ocleiirs^ U tomba par hasard aux mains d'un solitaire : « D'où proviennent, dit il, ce» parfums séducteurs?

» Je ne voyoïs qu'un peu de terre ! »

L'ambre lui répondit : «' Je suis un peu de terre , » Mais j'ai touché souvent et le miel et les fleurs. »

Mon père , Las-€asas d'un âge de misère , £t qui d'une autre époque eût été le Platon , Chantrans , qui réunit Âristot e et Newton , Pichegru, du Jura l'immortel fiélisairc, Droz, notre Tullîus, aimèrent mes essais.

La Harpe me comptoit au rang de ses élèves, n. 21

â4â l'ambae.

Genlis de mon orgueil encourageoit les rêves. Je fus aimé de Weiss ; c'est mon plus doux succès. Entraîné vers mon cœur^ le cœur de Millevoie Lui répondit un jour en palpitant de joie.

Oudet, dans notre exil , à ce cœur transporté Parloit de la patrie et de la liberté.

Yolney me soutenoit dans la pénible voie

Où je cberchois la vérité.

En un siècle nouveau débris d'un siècle antique , Les entretiens 4e Foy me rendoient le portique. Arnault onvroit les bras à mon adversité.

Debry , trop mal connu , mais que plaindra Thistoirc, Jetoit sur mes malheurs le manteau du prétoire. Etienne m'inspiroit de ses tendres leçons; Rouget me confioit ses hymnes de victoire, Lormian ses beaux vers , Désaugiers ses chansons; Ballanche, Dusillet, Roujoux , Gleizes, Dorange, Rivaux que j aurois craints, maîtres que j'ai chéris, D'une tendre amitié m'accordèrent l'échange.

Chateaubriand lui-même accueillit mes écrits D'un regard d'indulgence et d'un trait de louange. Mes efforts ne sont rien, et j'en obtiens ce prix !

Muse, de tant d'éclat ne soyez pas trop fière ! Je suis cet ambre, objet d'une faveur du ciel, Que les vents ont jeté, fugitive poussière, Auprès de la rose et du mie).

Cest k TOUS , ma chaumière, à qui je veux parler ; Le yers n'est pas exact quoiqu'il soit d'un grand maître , Mais il est assez bon pour Tasile champêtre Où j'ai TU de mes jours les plus doux s'écouler. De ces raffinements dont on fait étalage, Au sommet du Jura l'on est peu soucieux.

Notre esprit moins brillant, mais plus judicieux , Sait ce qu'il faut savoir pour se plaire au village :

Notre goût sans culture est pur comme nos ciemu Je ne les verrai plus; de la patrie absente Je ne goûterai plus Tair suave et léger, Du zéphir matinal la fraîcheur caressante , Des fleurs de mon jardin le parfum passager.

Séduit par Tespoir mensonger , Je traîne dans Fexil une chaîne pesante,

Au milieu d^un monde étranger J^ai quelque temps encore a respirer la vie : Je la sens qui s'échappe, et ne puis la saisir. Chaque jour, trop rapide au gré de mon envie. Ne renaissoit pour moi qu'escorté d'un désir, £t maintenant chaque heure ou donnée ou ravie JÉclot sans espérance ou finit sans plaisir.

J'ai porté vainement ma vague inquiétude

Au-delà des monts et des mers ; Rempli du seul objet de ma sollicitude, Et poursuivi partout de regrets, plus amers , Je pleure dans les cours ma chère solitude ;

Je l'aurois pleurée aux déserts.

Qui me rendra Taspect des plantes familières , Mes antiques forêts aux coupoles altières , Des bouquets du printemps mon parterre épaissi^ Le houx aux lances meurtrières, L'ancolie au front obscurci Qui se penche sur les bruyères ,

IjC joDC qtii des étangs protège les lisières , Et la pâle anémone et Tèclatant souci , L*omie, géant des bois , que la foudre a noirci, Le sapin , le mélèze , ombres hospitalières , Erèbe que le jour n*a jamais éclairci^

Et de franges irrégulières L^humble toit décoré par les bras des vieux lierres ! Les arbres que j'aimob ne croissent point ici.

riant Quintigny , vallon rerapU de grâces.

Temple de mes amours , trône de mon printemps , Séjour que Tespérance offroit à mes yieuz ans, Tes sentiers mal frayés ont-ils gardé mes traces?

Le hasard a-t-il respecté Ce bocage û frais que mes mains ont planté , Mon tapis de pervenche , et la sombre avenue Où je plaignois Werther que j*aurois imité ;... Et les secrets abords de la cime âpre ei nue, Où mon cœur, pénétré d'une ardeur inconnue,

Respiroit avec liberté , Tandis que sous mes pas, conune un lac argenté , Â son rivage altier venoit mourir la nue ?

De Feniance innocent trésor , Un jeune Bengali qui voloit mal encor Par les filles d'un roi fut surpris dans la mousse. Des oiseaux de Vénus la prison est moins douce.

Dans son vaste réseau la cag;e aux mailles cTor Devoit non captiver, mais borner son essor , Et de liane en fleurs une épaisse tenture En déguisoit aux yeux la frêle architecture.

De plumes où brilloient les couleurs de Tiris, Du blanc duvet d'un oygneà la voix renommée.

Et de molles toisons sa couche étoit formée.

Près de lui murmuroit, sous des gazons fleuris , Une eau toujours limpide et pourtant embaumée ; Avec un deux regard mêlé d'un doux souris , Dans l'auge de vermeil sa graine étoit semée Par déjeunes beautés dont la grâce animée

Egaloit celles des houris.

L'une d'elles , un jour : « Quelle tristesse amèro » T'empêche de payer mon amour et mes soins?

» D'un sénevé plus fin puis-je combler ton aire? » Vois que cette onde est pure, et dis -moi tes besoins. «

L'oiseau répondit : <( Et ma mère? »

Léopoldsmlie, 1811.

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