‹ Contes en prose et en versChapitre 8 sur 55 · BT FLEUR DES POIS · texte numérisé non relu

BT FLEUR DES POIS

Les bois, les yilles, les montagnes, les mers, disparoîssoîent incomparablement plus vite sar son passage que les ombres chinoises de Séraphin sous la baguette du fameux magicien Rotomago. Les horizons les plus lointains se dessi noient à peine dans une immense profondeur, qu'ils s'étoient précipités sur le pois chiche , et que Trésor êe» Fèves se seroit efforcé en vain de les retrouver derrière lui.

Pendant qu'il se retournoit , crac, ils n'y étoient plus. Enfin il avoit plusieurs fois repris l'avance sur le soleil ; plusieurs fois il l'avoit rejoint au retour pour le devancer encore, dans de brusques alternatives de jour et de nuit , quand Trésor des Fèves se douta qu'il avoit laissé de côté la ville qu'il alloit voir, et le marché où il portoit vendre ses litrons.

— Les ressorts de cette voiture sont un peu gais, imagina-t-il soudain ; car on n'oublie pas qu'il étoit doué d'un esprit très-subtil. Elle est partie à l'étourdie avant que Fleur des Pois eut achevé de s'expliquer sur ma destination , et il n'y a pas de raison pour que ce voyage finisse dans tous les siècles des siècles, cette aimable princesse, qui est assez évaporée»

3â TRÉSOR DBS FÈVE»

comme le comporte sa jeunesse , ayant bien pensé à me dire en quelle sorte on mettoit sa calèche en route , mais non pas ce qu'il f ail oit faire pour l'arrêter.

Effectivement Trésor des Fèves s'étoit servi sans succès de toutes les interjections mal sonnantes qu'il eût jamais recueillies, pudeur gardée ^ de la bouche blasphématoire des voiturins et des muletiers , gens de pauvre éducation et de méchant langage. La diantre de calèche alloit toujours, elle n'alloit que de plus belle; et, pendant qu'il fouill oit dans sa mémoire pour varier ses apostrophes de plus d'euphémismes que n'en pourroit enseigner la rhétorique, madame la calèche coupoit des latitudes à la course, et passoit sur le ventre de dix royaumes qui n'en pouvoient mais. — Le diable t'emporte , chienne de calèche ! s'écrioit Trésor des Fèves ; — et le diable obéissant ne manquoit pas d'emporter la calèche des tropiques aux pôles, ou des pôles aux tropiques, et de la ramener par tous les cercles de la sphère, sans égard au changement insalubre des températures. Il y avoit de quoi rôtir ou se morfondre avant peu , si Trésor des Fèves n'avoit

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