‹ Contes en prose et en versChapitre 9 sur 55 · ET FLEUR DES POIS. ^S · texte numérisé non relu

ET FLEUR DES POIS. ^S

été doué , ainsi que nous l'avons dit souvent ^ d'une admirable intelligence.

Voire , dit-il en lui-même , puisque Fleur des Pois l'a lancée à travers le monde, en lui disant : Partez, pois chiche !.... on l'arréteroit peut-être en lui disant le contraire. Gela étoit extrêmement logique.

— Arrêtez , pois chiche ! cria Trésor des Fèves en faisant claquer le pouce de sa main droite contre le doigt du milieu, comme il l'ayoit vu faire à Fleur des Pois.

Voyez si une académie tout entière auroit aussi bien trouvé! Le pois chiche s'arrêta si juste , que vous ne l'auriez pas mieux arrêté , en le fichant sur terre avec un dou. Il ne bougea.

Trésor des Fèves. descendit de son équipage, le ramassa précieusement., et le laissa couler dans une bougette de cuir qu'il avoit à sa ceinture pour y serrer les échantillon^ de se^ fèves, mais aprè» en avoir retiré le porte-manteau.

L'endroit où la calèche de Trésor des Fèves s'étoit ainsi butée à son ordre n'est pas décrit par les voyageurs. Bruce le place aux sources da Nil , M. Donville au Congo , et M. Caillé à

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Tombouctou. C'étoit une plaine sans bornes, si sèche , si rocailleuse et si sauvage , qu'il n'y ayoit pas un buisson sous lequel giter , ni une mousse du désert pour reposer sa tête endormie , ni une feuille nourricière ou rafaichissanté pour apaiser la faim et la soif. Trésor des Fèves ne s^nquiéta point. Il fendit proprement de l'ongle son porte-manteau, et il en détacha un des trois petits écrins dont Fleur des Pois fui avoit fait la description.

Ensuite, il Touvrit comme il avoit fait dç la calèche , et semant son contenu en terre , à la pointe de la serfouette : Il en arrivera ce qui pourra , dit-il , mais j'aurois grand besoin d'un pavillon pour me couvrir celte uuit, ne fût-il que d'une plante de pois en fleur ; d'un petit régal pour me nourrir , ne fût-il que d'une purée de pois au sucre, et d'un lit pour me coucher , ne fût-il que d'une plume de colibri. Aussi bien , je ne saurois revoir mes parents d'aujourd'hui , tant je me sens pressé d'appé* tit, et courbattu de la fatigue du voyage.

Trésor des Fèves n'avoit pas fini de parler, qu'il vit sourdre du sable un superbe pavillon en forme de plante de pois , qui monta , gran-

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dit , s'épanouit au loin , s'appuya, d'espace en espace, sur dix échalasd'or, se répandit de toutea paris en gracieuses tentures de feuillage , parsemées de fleurs de pois , et s'arrondit en arcades innombrables, dont cbacune sopportoit à la clef de son cintre un riche lustre de cristal chargé de bougies musquées* Tout le fond des arcades étoit garni de glaces de Venise , d'une hauteur démesurée, qui n'a- Toient pas le moindre 4léfaiit , et qui réfléchissoient Jes lumières à éblouie d'une lieue la Tue d'un aigle de sept ans.

Sous les pieds de Trésor des Fèves , une feuille de pois , tombée d'accident de la voûte, s'élargit en magnifique tapis diapré de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel et d'une multitude d'autres. Bien plus, ce tapis étoit bordé de guéridons de bois d'aloès et de sandal , qui sembloient prêts à s'affiiisser sous les poids des pâtisseries et des confitures ou sur lesquels des fruits glacés au marasquin oernoient élégamment dans leurs coupes de porcelaine surdorée une bonne jatte de purée de petits pois au sucre , marbrée à sa surface de raisins de Corintbe noirs comme le jais, de vertes pis*

taches , de dragées de coriandre et de tranches d'ananas.

Au milieu de toutes ces pompes, Trésor des Fèves ne fut cependant pas en peine de reconnoître son lit, c'est-à-dire la plume de colibri qu'il a voit souhaitée , et qui scintilloit dans un coin , comme une escarboucle tombée de la couronne du grand Mogol , quoiqu'elle fût si petite , qu'on l'auroit cachée d'un grain de mil. Trésor des Fèves pensa d'abord que ce sommier répondoit peu au reste des commo* dites du pavillon ; mais , à mesure qu'il regardoitla plume de colibri, elle se mit à foisonner tellement, qu'il eut bientôt des plumes de colibri à la hauteur de la main , couchette de molles topazes , de flexibles saphirs et d'opales élastiques où un papillon auroit enfoncé en s'y posant. — Assez, dit Trésor des Fèves , assez, plume de colibri ! je dormirai trop bien comme cela!

Que notre voyageur ait fait fête à son banquet, et qu'il eût hâte de se reposer, cela n'a pas besoin d'être dit. L'amour lui trottoit bien un peu dans la tête ; mais douze ans ne sont pas l'âge où l'amour ôte le sommeil , et Fleur

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