‹ Contes en vers et chansonsChapitre 11 sur 79 · LE RAT · texte numérisé non relu

LE RAT

« Mor^Tué! comment faut-il donc faire ? »

Disait Matliurin le fermier

A sa gentille nn-nagère ,

Femme accorte et très-peu sévère

Avec son voisin le meunier.

« J'ons pourtant mis dans le grenier

» Notre plus grande souricière ,

» Et je n'attrape pas ce rat

)) Qui fait clieux nous tant de dégât.

» Nos deux garçons , Gros-Jean et Pierre ,

» L'ont vu passer sous les fagots :

» Mais ils disent qu'il est si gros

» Que ça fait peur ! Je crains, ma chère ,

)) Que le coquin ne puisse pas

» Entrer dans notre souricière.

» Si je n'avais pas peur des rats ,

» Je m(î mettrais en embuscarle ;

» Mais en voir un me rend malade,

» Surtout s'il est en liberté.

» — Ecoute , » répond la commère ;

i< Bien plus que toi , sans vanité ,

I) Mon cher, j'ai delà fermeté;

M Un rat ne m'effarouche guère !

» Je prétends guetter cette nuit

)» L'objet de ta terreur extrême ;

» Je veux m'assurer par moi-même

» S'il est aussi gros qu'on ie dit.

» Dans le grenier , dessus la paille ,

» Jel'attendrai. — Quoi! tout de bon !

» Tu ne crains pas ce rat ?.. . — Eh ! non ! ,

» — Mais prends quelqu'un delà maison

» Avec toi. — Le jour on travaille;

» La nuit nos gens doivent dormir.

» Sois tranquille; pour le saisir

» Avec moi je ne veux personne ;

» Ce rat ne me mangera pas.

» — Va comme il est dit, en ce cas;

» Morgue, tu fais une luronne !^'»

La nuit vient, et , quand Mathurin Dans son lit est allé s'étendre , La fermière prend le chemin Du grenier, où vient de se rendre , En secret , le meunier voisin , Sans doute pour l'aider à prendre Ce rat qui met tout en rumeur , Et dont notre époux a si peur !...

Le pauvre homme serait-il dupe ?

Assis sur la paille tous deux , Est-ce bien du rat qu'on s'occupe ?. . . Soit ! . . . Pendant qu'ils sont en ces lieux, Mathurin , seul, sur sa couchette, Cherche le repos qui le fuit.

Le rat lui trotte dans la tête ,

Il croit l'entendre sous son lit.

Tremblant, il se lève sans bruit ,

Et se dit : i< Voyons si ma femme f

» A pris quelque chose là-bas.»

Vers le grenier à petits pas

Il se dirige. Mais la dame

A fermé la porte avec soin.

L'époux frappe de loin à loin,

Sans trop se presser , car il pense

Que sa femme a pu s'endormir.

— « Eh ! qui donc peut ainsi venir ? »

Dit la fermière, sans ouvrir,

Et du ton deTimpatience.

« — C'est moi , ma femme : a-t-il paru .'*. . ,

n — Comment , c'est toi ! Que viens-tu faire ?

» — Le rat ?. . . — Mais veux-tu bien te taire 1

)) Tu l'effarouches... — L'as-tu vu?

» — Eh oui , sans doute , il est superbe !

»> Peste, il ne se nourrit pas d'herbe,

» Il est de taille , celui-là ! . . .

» — Mais enfin , dans ta souricière

» Espères-tu qu'il entrera .'

» — Sans doute , il est entré dc-jà ;

» Mais le coquin ne reste guère !

» Va-t'en ; je suis à le guetter...

» Je crois que je l'entends gratter...

M Sauve-toi.» Sans ouvrir la bouche,

Mathurin regagne sa couche ,

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