‹ Contes en vers et chansonsChapitre 12 sur 79 · V.n un instant il est en bas · texte numérisé non relu

V.n un instant il est en bas

Car il croit le rat sur ses pas.

Tant bien que mal la nuit se passe 5

Mais sitôt que le jour renaît ,

Vers le grenier , avec audace,

Il se rend. Sa femme en venait.

« Ha çà , mais, ai-jela berlue ? »

Dit notre homme en la contemplant ;

» Qui donc t'a si bien mise au blanc ?

» T'en voilà joliment pourvue ,

» Et par derrière et par devant 1

» Serais-tu tombée en rêvant ?

» C'est par ma foi de la farine !

» — Eh ! sans doute, c'en est , nigaud j

» Pour prendre des rats , pauvre sot ,

» On s'en couvre, quand on est fine.

» Mais tu ne comprends jamais rien.

» — Je suis un oison , j'en convien.

» Mais, montre-moi ta souricière j

» Ah ! quel plaisir je vais avoir !...

» Le coquin est en ton pouvoir !

r. — Tiens , regarde ,» dit la fermière ,

En faisant voir à Mathurin

Un rat petit , maigre et vilain.

« — Comment ! voilà toute ta prise !...

» C'était bien la peine, ma foi ,

» De s'exposer au vent , au froid ,

» Pour une telle marchandise !

» Il est plus petit qu'un pierrot ;

n Tu n'as pas pris le gros , ma chère.

» — C'est ta faute après tout, grand sot, »

Répond, en riant, la commère,

« Il ne faut pas y pendant la nuit |

CONTES EN VETIS.

» Venir avec delà lumière

» Me troubler et faire du bruit.

» De le saisir j'ai la manière,

» Mais , ne reviens plus te montrer !

» S'il t'entend , dans la souricière

» Il n'osera pas pénétrer. >»

EDMOiSD.

Un jour, dans un riant parterre Se promenait Edmond avec son précepteur. Edmond n'a que huit ans , c'est l'âge du bonheur , Où Ton ne songe, en cueillant une fleur, Qu'au doux plaisir de l'offrir à sa mère. C'est pour cela qu'Edmond fait un bouquet.

Déjà dans son humeur volage,

Courant du lilas à l'œillet ,

Partout il moissonne, il ravage.

Le bouquet devient gros... il glane en liberté;

Mais l'enfance est ambitieuse ,

Ce n'est que par la quantité

Qu'on parvient à la rendre heureuse.

Dans le haut d'un épais bosquet

Edmond aperçoit une rose :

Elle manquait à son bouquet.

Il faut grimper, c'est peu de chose,

Et la rose n'en plaît que mieux!

Edmond la saisit, il la cueille...

Mais des pleurs coulent de ses veux...

Près de son précepteur il revient tout honteux, La main ensanglantée... arrachant feuille à feuille

Cette fleur qui l'avait charmé.

<« Qu'avez-\ous donc? » dit le maître alarmé, « Quoi! faut-il, pour quelques piqûres, » Effeuiller, accabler d'injures » La rose... la reine des fleurs!

» — Ça... la reine des fleurs... Ah! vous riez, je pense, » Elle pique, et déjà j'aime moins ses couleurs. » — L'objet dont aisément on a la jouissance » IN'est pas, Edmond, celui qui donne le bonheur. » Vous connaîtrez plus tard que ce précepte est sage; )> Vous grandirez, et vous direz, je gage : » Il avait bien raison mon précepteur. »

Le temps passe, d'autres soins viennent; Edmond est fort bien fait, il a bonne façon ,

Et toutes les dames conviennent

Que c'est un fort joli garçon.

Il est riche, sa table est boune,

Il est aimable, généreux, Et comme dans le monde on s'attache aux heureux.

Chacun s'attache à sa personne.

Partout il est chéri , fêté,

A ses moindres vœux on s'empresse; Les danif's ont pour lui presque autant de tendresse

Qu'il a de générosité.

Mais au sein de la volupté,

Dans les fêtes, dans la mollesse,

Edmond voit que le bonheur cesse

Dès que vient la satiété.

Tout bas il soupire, il s'ennuie,

Il n'ose encore en convenir ;

Mais il sent bien que dans la vie Tous les jours du plaisir, ce n'est plus du plaisir. Si j du moins, à ses vœux on mettait des obstacles...

Mais pour contenter son désir

On ferait plutôt des miracles I (( Ah! » dit Edmond lassé de son bonheur, « Il avait bien raison, mon précepteur. » La rose sans épine aurait bien moins de charmes I . . . » Chez toutes ces beautés qui m'ont rendu les armes,

» J'aurais bien voulu rencontrer » Ce qui jadis a fait couler mes larmes!

» Hélas! je n'ai qu'à me montrer!...

)) Tout cède... tout sourit... grâces à ma fortune,

» Je n'ai plus rien à désirer, )) Et sur mes pas une foule importune » Yole au devant de mes moindres souhaits!

» Que je suis malheureux!... Que faire?...

» Qu'est-ce donc qui pourrait me plaire?...

» Eh ! mais, dans mes jardins anglais,

» J'aperçois des buissons de roses...

» Ah ! courons bien vite en cueillir ! . , . » A me piquer je sens que j'aurai du plaisir. »

Edmond court... Il faut peu de choses

Pour ranimer un faible esprit ! . . .

Pris du rosier Edmond sourit ;

Il s'arrête, contemple, admire.

« Ah ! qu'on a bien raison de dire

» Que voilà la reine des fleurs ! »

Puis, éprouvant presque une jouissance,

Vers le buisson sa main s'avance...

Mais ses valets, autres flatteurs,

Craignant pour lui de légères douleurs,

S'il voulait cueillir une rose, Et voulant lui montrer leur zèle en toute chose ,

Ont désarmé les belles fleurs.

Edmond, dont la main se hasarde,

En cueille plusieurs. . . il regarde ,

Et ses yeux se mouillent de pleurs.

C'est en vain qu'il les examine !

Hélas ! elles sont sans épine !

Il les rejette avec fureur.

En disant : « Quelle différence!

» J'aimais bien mieux celles de mon enfance... » Ah! qu'il avait raison, mon précepteur! »

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