LA PEUREUSE
Air du Beau ciel de l'Occitanie.
Nous habitons une chaumière Sur la colline , au bord de l'eau ; Là, seule, auprès de ma grand'mère, Dans le jour tout me semble beau ; Mais dès que la nuit devient sombre, La paix s'éloigne de mon cœur; Je tremble en regardant mon ombre , Et de tout je sens que j'ai peur.
Du chêne dont j'aime l'ombrage, Quand le soleil est trop ardent, Le soir je fuis l'aspect sauvage ; Il me semble voir un géant.
Sous le bosquet, où , dès l'aurore , Chanter, jouer, fait mon bonheur.
Quand il fait nuit je tremble encore , Et de tout je sens que j'ai peur.
Le matin je cours la campagne Sans redouter aucun danger ; Mais le soir la frayeur me gagne Rien que pour aller au verger.
Le vent qui souffle le feuillage.
Au loin, les pas du laboureur, Jusqu'à la cloche du village , Ah! de tout je sens que j'ai peur.
Le matin sur l'herbe fleurie
Avec Colin j'aime à causer.
Souvent même, quand il m'en prie,
Je lui permets de m'embrasser ;
Mais le soir, pour faire l'aimable ,
Chez nous, s'il frappe avec douceur,
Je dis : « IN'ouvrons pas, c'est le diable! »
Car de tout je sens que j^ai peur.
Ah ! comme je suis malheureuse Quand vient l'heure de se coucher!
Jusqu'à mon lit, toute honteuse.
Je vais en m'écoutant marcher, Si j'entends le moindre murmure , Tout habillée , avec terreur, Je me mets sous ma couverture , Et là , toute la nuit j'ai peur.
i'iG I^A. EULLE DE SAVON