RENDEZ-MOI MON AKGENT
Am : Le cordon, s'il vous plaîi.
C'est le plaisir
Qu'on veut saisir ;
Chacun Kenvie ; On croit contenter son désir.
A tous les instans de la vie , Bercés par un espoir tronipetit, Nous payons bien cher le bonheur !
Et tel prodigue sa richesse Pour avoir fidèle tïiliîtressè , Pourrait dire , eti se dégageant ,
Rendez-moi mon argent. (6 fois.)
Est-on garçon ,
Il faut , dit-on ,
Prendre une femme Afin de monter sa maison; Puis,avecla dot de madame, On a des chevaux, des valets, On donne concerts et banquets ; Mai.s oubliant qu'hvmen nous lie , On néglige femme jolie, Qui dit tout bas , en enrageant , Rende/.-moimon argent.
208 l.A BULLE UF. SAVON.
0)1 nie promet
Succè<< complet;
Vite au tliéâtro Je cours et me place au parquet ; De la comédie idoliUre, J'écoute, au milieu des amis , Le chef-d'œuvre qu'on m'a promis.
Hélas! plan, scène, personnaj^e, Tout est mauvais dans cet ouvrajfe ; Et chacun dit en délogeant, I\endez-moi mon argent.
A l'écarté
Avec gaîté ,
Folle jeunesse , Tu viens chercher le bon côté; Pour le jeu quittant sa maîtresse , Au bal on néglige l'amour , Qui peut s'en venger à son tour ; Ou perd, on emprunte, on s'entête :
Plus d'un qui brille à cette fête , Dira demain, presque indigent, l^eudez-moi mon argent.
Il faut souffrir.
Il fout mourir ,
Et dans la vie Souvent on n'a point de plaisir; Notre carrière est remplie; Parfois les .^oucis , le chagrin , Avec nous ont fait le chemin ;
LA BULLE dp: sayon. 209
Quand on fit. un triste vova^^^e, On pourrait en pliant bagage Dire , sans paraître exigeant , Rendez-moi mon argent.
IL FAIT AliMEH
Air (le madpraoisello Caroline Moudriix , ou Air dWriiiipe.
Il faut aimer , c'est le besoin do Tame ; Qui n'aime pas ne peut se dire heureux ; Il faut cédera cette douce flamme Qu'en notre cœur allument deux beaux veux. Dan.s les palais, dan.s la chaumière obscure , C'est l'amour seul qui sait tout animer. Nous entendons la voix de la nature...
Tl faut aimer.
Il faut aimer pour «Hre humain, sensible , Des malheureux pour adoucir le sort; L'amour .s'éveille à la peine accessible , L'indifférence avec calme s'endort.
Il laui aimer pour aller à la gloire ; Pour son amie il est beau de s'armer; pour parvenir au temple (\o mémoire, Il faut aimer.
Il faut ainuT , dans le printemps de l'âge, La tendre mire à qui Von doit \o jour;
?fO LA BULLE DE SAYON.
Quand la raison devient notre partage, Pour l'égayer unissons-lui l'amour ; Et lorsqu'enfin la tremblante vieillesse Nous dit qu'il faut renoncer h charmer , Pour que le cœur conserve sa jeunesse, Il faut aimer.
LA PLLME.
Air <lii vaiidrvillr de rKliulf .
A la plume rendons hommage, jNous envions tous ses faveurs ; Heureux qui sait en faire usage Sans en éprouver les rigueurs !
On souffre quand un sot la guide, Mais le ciel forme peu d'élus ; Plumes de Racine et d'Ovide, Hélas! on ne vous taille plus.
(Changeant de t<m comme de maître, Servant et l'intrigue et l'amour, Combien d'écrits elle a fait naître Qui n'ont pas duré plus d'un jour !
Elle a tracé mainte bévue , Fruit du despotisme irrité ; Mais trop rarement on l'a vue Conduite parla Vérité.
Honneur à la plume fidèle ,
Qui du peuple défend les droits,
Et dans une pa^e immortelle '
Pour le pauvre élève la voix.
Honte à celle qui se partage ,
Qui pour de Torse vend soudain ,
Et qu'on voit changer de langage J? .,^^ fyr^ yuf //
Sans pour cela changer de main. J-^Afil rtJ^iJ^94' J *■
Sur la beauté qu'elle caresse Souvent la plume nous séduit ; Pour exprimer notre tendres.«!e, La plume aisément se conduit.
Cédant aux désirs qu'elle allume, Si l'on couronne notre ardeur, Parfois c'est encor sur la plume Que nous connaissons le bonheur.
Puisse quelque plume nous rendre Molière, Voltaire, Rousseau; Puisse-t-elle à l'instant se fendre Pour qui dénigre son berceau ; Et vous, auteurs de cent volumes, Ecrits pour engourdir nos sens , De grâce, ne taillez vos plumes Que pour faire dfs cure-dents.
A MON AINCIEMNE AMIE.
AiB : Oui , des beaux artsjc suis admirateur ( de Garriok ]. \
' p». *y ,. ,^ x- ,\LoilÊPfouze ans , Lise , que j'ai ton cœur, \. ' ^ ' * 'Béjà douze ans ! époque fortunée!
Loin que le temps altère mon bonheur , Je crois t'aiiner encor plus chaque année.
Maîtresse nouvelle et vins vieux Font , nous dit-on , le charme de la vie : Je change ce refrain joyeux , Et trouve qu'à table on est mieux Auprès de son ancienne amie.
Douze ans sont longs quand pardetrisles nœuds
L'indifférence avec Taniour s'engage ;
Ce temps fut court . ma chère, pour nou.s deux ;
Carde nos feux nous avons plus d'mi g:'g^. Si dans de nouvelles amours
On met parfois plus de galanterie , Qu'est-il besoin de son secours Pour compter tous les heureux jours Passés près d'une ancienne amie?
Eprouve-t-on pour un objet iiouvcau Ce vif désir qui fait croire qu'on aime , Alors pour nous le présent .vcul est benu : Lo lendemain souvent n'est plus le même.
Mais bien loin de nous désunir Quand le temps voit notre ardeur affermie , On est riche de souvenir Et rassuré sur l'avenir Auprès de son ancienne amie.
Dus plaisirs même être enfin ennuyé , C'est en changeant ce que bientôt on trouve ; Mais à l'amour joindre de l'amitié, En se fixant , c'est ce que l'on éprouve.
Du sort ressent-on le courroux , Par le malheur doublement on se lie ,
Et ce souvenir a pour nous
Encor je ne sais quoi de doux
Auprès de notre ancienne amie.
Si je te dis que je te trouve encor Mêmes attraits, même grâce, ma chère, Tu me croiras , je pense , sans effort : Après douze ans on doit être sincère;
Pour toi le temps semble arrêté; Mais si sa main cessait d'être endormie ,
N'en conçois nulle anxiété :
Ce n'est pas que jKuir sa beauté
Que l'on aime une ancienne ami<".
VOUS FACHERIEZ-VOLS
Air ; Voilà quatre ans ([u'cn ce village ( de Léocadîe.)
Si je vous disais, mon amie, Pourquoi je soupire en secret ; Si je vous disais : Pour la vie Je puis être heureux et discret; Si , cédant à l'ardeur extrême Que fait naître un regard si doux , Je vous disais enfin. . je t'aime :
Ah ! Rose, vous fâcheriez-vous ?
Vous savez que je vous adore, Pourtant vous ne vous fâchez pas; Mais , hélas ! je soupire encore Lorsque j'admire vos appas; Je désire un baiser bien tendre...
Mais je crains trop votre courroux , Si malgré toi j'osais le prendre...
Ah ! Rose , vous fâcheriez-vous ?
Vous pardonnez à mon déHre ;
Mais pour apaiser mes amours ,
Ce baiser ne saurait suffire.
Hélas ! je soupire toujours !
De mon amour n'étant plus maitre ,
Si je tombais à tes genoux...
Mais j'y suis j'y veux toujours être. . .
Ah ! Rose , vous fàcherez-vous ?