RONDE OU BALLADE QUI N EN FINIT PAS
Air : Espérance , patience ( de Fiorella ).
« Ma douce Isabelle
» Toujours aimerai ;
» Elle est la plus belle,
» Je le prouverai ;
» Pour rompre une lance
» Vais aux champs des preux ;
» Ayez souvenance
» De nos tendres feux. »
Cette histoire
Est notoire j C'était encor Dans l'âge d'or.
« Point n'ayez de crainte,
» Aimable Adrien ,
» Mon cœur est sans leinte,
» Je suis votre bien ,
» De votre Isabelle
» Portez les couleurs ;
M Je serai fidèle ,
» Vous voyez mes pleurs. »
Cette histoire, etc.
Sûr de son amie ,
Le jeune guerrier
Part, et se confie
A son destrier.
Pendant que pour elle
Il vole au tournois, La tendre Isabelle D'un autre a fait choix.
Cette histoire , elc.
Brûlant pour la dame, Beau , vaillant et blond , Aymard peint sa flamme, La belle y répond; Mais quand sa tendresse Obtient doux retour.
Quittant sa maîtresse, Il part a son tour.
Cette histoiie, etc.
La tant douce amante.
Étant veuve encor , Gémit , se lamente , Appelle la mort.
Sensible à ses charmes.
Le beau brun Roger De sécher ses larmes Prétend se charger.
Cette histoire , etA;.
S0>4 LA BULLE Dt SAVON.
Mais quand de la belle Il obtient merci , Laissant la pucelle , Roger part aussi.
A peine il la quitte, Qu'un vieux chât<'lain Vient à la petite Proposer sa main.
(Cette histoire, etc.
Sortant de l'arène Couverts de lauriers , Doux espoir ramène Nos trois chevaliers.
Chacun d'Isabelle Se dit : j'ai sa foi, Et sur sa tourelle, Elle pense à moi.
Cette histoire , etc.
Mais, ô perfidie !
Les pauvres vainqueurs De la même amie Portent les couleurs ; Et la noble dame , Au cœur très-humain , Est maintenant fennne D'un vieux châtelain.
Cette histoire , etc.
« Las, » dit Isabelle . '> Accusez le sort ,
LA ULLLK I)K SAVOX. 505
» Point n'étaiscruelle,
» Les absens ont tort ;
» Mais quand dans la plaine
» Ira mou ëpoux ,
» Chez la châtelaine
») Venez sans courroux. »
Cette historié
Est notoire; C'était encor Dans l'âge d'or.
LA RKLMON DM^K.
CHANSON DE TABI.K.
Ain ; Tl me faudra qnillf^r IVtnpirc.
Amis, voici l'époque fortunée Oîi je viens rire et chanter avec vous ; Mais aujourd'hui d'une belle journée L'aiMi:ib!e aspect rend cebanrjuet plus doux ; Pendant l'hiver si ma voix , peu sonore , De vous distraire eut parfois le désir , Sous un beau ciel on doit bien mieux encore Boire , chanter , se livrer au plaisir.
Si nous voyons ensemble la froidure , Ltde janvier la neige et les ruisseaux , Enscnd)leau moius admirons la jiature, Charmant los yrux par do ijnns labhaux.
206 LA BULLE DE SAVOn.
Sachons, l'été, jouir des dons de Flore , C'est pour l'hiver un joyeux souvenir; Sous un beau ciel on doit bien mieux encore Boire, chanter, se livrer au plaisir.
Toujours Paris nous rassemblait naguère ;
Mais aujourd'hui , dans notre doux émoi ,
Quittant ses murs nous passons la barrière,
Et nous laissons les ennuis à l'octroi ;
Près d'un bon feu, quand Cornus nous restaure.
Si nous savons charmer notre loisir,
Sous un beau ciel on doit bien mieux encore
Boire, chanter, se livrer au plaisir.
Enfans des arts , pour devise chérie , Prenons toujours » Franchise et liberté » ; La moindre entrave arrête le génie , Mais le grand air inspire la gaîté.
Dans cet hôtel que le luxe décore , A s'amuser nul ne peut réussir !
Sous un beau ciel il vaut bien mieux encore Boire, chanter, se livrer au plaisir.
Chacun de nous, regardant en arrière , En soupirant, peut se dire tout bas :
De mon printemps j'ai passé la carrière. Pour nous, hélas ! il ne renaîtra pas ! Mais le passé dans l'ombre s'évapore.
C'est le présent qu'il faut savoir saisir ! Sous un beau ciel heureux qui peut encore Boire, chanter, se livrer au plaisir.
LA rULLE DE SAYON. 207