LA CHAUMIERE
Air de M. Et. Voisel , ou Air du \audcvillc de l'Actrice.
Séjour de mon heureuse enfance , Qu'il me fallut top tôt quitter , Vers toi , franchissant la distance , Ma pensée aime à se porter.
Je vois ces murs couverts de lierre , Ce foyer, ce toit protecteur; Et je regrette ma chaumière , Où je connaissais le bonheur.
Forcé de vivre au sein des villes, J'ai connu leurs bruyans plaisirs ; Là les hommes ne sont habiles Qu'à se créer de vains désirs ; Chacun d'eux use sa carrière , En rêvant fortune et grandeur !...
Moi , je regrette ma chaujuière Où je connaissais le bonheur.
LA BULLE DE SAVON. ^âi
Quand de l'amour goiUant l'ivresse ,
Je crois à la félicité ,
Je suis trahi par ma maîtresse.
Qui rit de mafidélilé.
Du erand monde c'est la manière :
La constance n'est qu'une erreur ! .. .
Moi ^ je regrette ma cliaumir^re.
Ou je connaissais le bonheur.
Le désir ardent de la gloire M'a fait affronter les combats ; Alors je voyais la victoire Suivre les pas de nos s;,ldats :
Mais du temps la faux meurtrière Moissonne à son tour le vainqueur!...
Ah ! retournons dans ma chaumière Où je connaissais le bonheur.
LE ]\KZ.
Ain : (jVsJ parles yciix , o(r.
(l'egt par le ne/ (juc tout sellairc, Kl , premier organe des sens, L«' nez noiLs guide et nous éclaire Dans nos désirs les [)lus pressans.
]/.\ Providence, touj<HU"s sage, En Cl éant le nez, eut grand .soin
âââ LA BULLE DE SAVO».
Qu'il fût au milieu du visa^je, Afin qu'on le vît de plus loin.
Chacun cite de sa maîtresse Les dents , les yeux ou les contours, Mais bien rarement on adresse A son nez de tendres discours :
Eh ! messieurs ;, faites qu'il partage Les éloffes que vous donnez :
Que serait le plus beau visage Si l'on n'y voyait pas de nez ?
Voyez ce gourmand , il devins Quand vous donnez de bons dînes :
Chez vous alors il s'achemine; Les gourmands ont toujours bon nez.
Voyez encor cet homme en place , D'opinions changeant souvent; Veut- il obtenir quelque grâce , Il a toujours le nez au vent.
J'aime un nez à la Roxelane, Il donne aux belles l'air mutin ; Sur une jeune courtisane Ln nez à la grecque est divin ; Chez une noble et grande dame Je recherche un nez aquilin ; Mais si je prenais une femme , Je voudrais qu'elle eut le nez fin.
Le nez est le miroir de l'ame .
Sur lui tout sf' peint , tout agit:
Avons-nous la fièvre, il s'enflamme, Quand nous buvons trop , il rouj^it :
Enfin , si dans un tête-à-téte , Nos vœux ne sont pas couronnés , Au lieu de notre air de conquête , Cela nous donne un pied de nez.
LA COI Tl RIÈRE.
Air : Eh ! \p cœur à la danse . eir.
l'ne fillette de vingt ans, Sensible et couturière , Disait : « Ça dure bien long-temps » Lne semaine entière ! . . .
» Mais elle s'achèvera , )) Et dimanche arrivera...
» l'Lnfilons mon aiguille,
» Causons (lerj toujours , » Je suis jeune et gentille , » Pensons à mes amours.
> iJinianclie ! ah! pour moi quel plaisir !
» Comme alors je m'en donne!
)» Je n'ai qu'à former un dé.sir, )» Et vite on le couronne, ;) Les mes.sieurs que je connais, » Sont .si galans, .si bien laits...
t) Enfilons mon aiguille, etc.
2â4- I-A RULl.K DK SAVON.
» Monsieur Au^juste a soin d'avoir » Des bonbons dans ses poches :
» Monsieur Jules, matin et soir , )•> Me bourre de brioclies î » Si Paul ne nie donne rien , » Il me fait danser fort bien î » Enfilons mon aiguille, etc.
» Comme monsieur Jules est poli , » Comme il valse avec grâces !
>i 11 m'a menée à Tivoli ,
» INous avons pris des glaces :
» PuiSj le soir , dans mon corset » Il m'a mis un gros bouquet...
» Eulilons mon aiguille, etc.
» Pour Auguste , au Pied de Mnulon ,
» Je me suis enflammée , » J'étais en loge du grand ton , » La grille était fermée , » J'ignore ce qu'on disait , )» Mais comme ça m'amusait !
» Enfilons mon aiguille , eir.
» Avec Paul je dine en secret , » Et de peur de scandale , >) C'est toujours dans un cabinet :
» Mais comme il me régale !
» Je dis en vain : finisse/., » ÏNousen avons bien estez...
» Enfilons^mon aiguille, etc.
LA BULLE DE SAYOX. 2â-;j
» Jp n'eronterais qu'un amant ,
» Si j'avais ma semaine:
» Mais rien qu'un jour au sentiment !
» Ça me suffit à peine :
)) Pour mes dimanches , je veux » Garder mes trois anîoureux ; » Enfilons mon aiguille,
» Cousons (tei^ toujours :
» Je suis jeune et gentille, » Pensons à mes amours. »
LES VIELX PÈCHES.
Air : Je vous comprendrai toujours bien (ilo l'Opt'ra-Coniique. )
Malgré notre sagesse à tous , Malgré notre amour de bien foire , Ce qu'on nous défend a pour nous, Certain attrait involontaire, Soyons indulgens , car, hélas!
Dans ce siècle d'ingratitude Eh ! quel est celui qui n'a pas Quelques vieux péchés (<r'/') d'habitude?
llortense a de la gravil»'- ,
L'd il baissé , le maintien sévère,
Elle fuit la société
De toiife femme un peu légère ;
âî6 LA BULLE DE SAVON.
En secret elle a des amans ,
Dans le monde elle fait la prude;
Dissimuler ses sentimens,
C'est son vieux yxîchèÇier) d'iiabitude.
D'un sexe qui règne sur nous
Excusons la coquetterie ,
Jamais de ce péehë si doux
ISe guérira femme jolie.
La plus fidèle à son amant
De plaire à chacun fait étude;
Ah ! laissons-leur cet art charmant,
C'est un vieux péché (;<:'/■) d'habitude.
S'il faut défendre son pays , Partir sans que rien ne l'arrête , Et sous le feu des ennemis Chanter encor la chansonnette ; Aimer sa patrie à l'excès, Mais détester la servitude , En tous les temps, chez les Fiançais, C'est un vieux péché (^p/) d'habitude.
Si les Normands sont cauteleux , Si les Gascons par trop se vantent , Si les riches sont orgueilleux, Si les journalistes nous mentent, Si les amans sont attrapés , Si les marins ont le ton rude.
Et si les maris sont trompés , Ce sont des péchés (/er) d'habitude.
LE DÈSm ET L'ESPERAiNCE.
Air do l"'An<;olus.
On a quelquefois conlondu Deux sentimens qui, dès l'enfance, Par leurs charmes ont suspendu Les ennuis de notre existence :
L'un est précurseur du plaisir, Et l'autre naît de la souffrance; Le premier fut nomme désir , Et le second est l'espérance.
Pour le pauvre dans son réduit Ces deux sentimens' ont des charmes; Le désir parfois le séduit, L'espérance sèche ses larmes:
En amour l'un fait réussir.
Vers l'amitié l'autre s'élance ; Le plus heureux c'est le dtîsir, Mais le plus doux c'est l'espérance.
Au dernier jour, lorsque le Temps
Guidera la Parque cruelle,
De CHS aimables sentimens
I u seul nous restera fidèle :
Dès que la mort vient nous saisir.
Adieu , grandeurs, beauU; , puissance ,
]Nou8 perdons aussi le désir,
Mais nous emportons l'espérance.
âi8 I^A JilJl.T.E nn SAVON,
LA BROLîETÏE DE JEÂiWETTE.
AîR : Eli ! vof;uc ma naccllo ( do Marie ).
Jeannette est une brune Qui demeure à Pantin , Où toute sa fortune Est un petit jardin; Sans cesse elle répète, En narguant les soucis :
Eh ! roule ma brouette Qui porte mes radis.
Jeannette eut au village Plus d'une passion, Fut-elle toujours sage ?
C'est une question.
Chaque jour la fillette Dit : Allons à Paris 1 Eh ! roule ma brouette Qui porte mes radis.
D'abord un militaire Pour la belle brûla ; Aisément il sut plaire , Mais il la planta là.
Ça Ht pleurer Jeannette Qui bientôt a repris :
Eh ! roule ma brouette Qui porte mes radis.
Un fermier pour la belle Eut aussi (Je Tamour j Cette fois ce fut elle Qui ne l'aima qu'un jour :
Il poursuit la coquette.
Qui lui répond : tant pis !
Elî! roule ma brouette Qui porte mes radis.
Se montrant acce.ssible Pour un joli garçon , Jeannette est insensible Aux offres d'un baibon ; Elle dit ma couchette A peur des cheveux gris !
Eh ! roule ma brouette Qui porte mes radis.
Méprisant la richesse, Jeannette dit encor :
Je donne ma tendresse , (]e n'est pas pour de l'or :
I^ plaisir qu'on achette Vaut-il l'amour gratis ?
Eh ! roule ma brouette Qui porte mes radis.