‹ Contes en vers et chansonsChapitre 55 sur 79 · LA CHAUMIERE · texte numérisé non relu

LA CHAUMIERE

Air de M. Et. Voisel , ou Air du \audcvillc de l'Actrice.

Séjour de mon heureuse enfance , Qu'il me fallut top tôt quitter , Vers toi , franchissant la distance , Ma pensée aime à se porter.

Je vois ces murs couverts de lierre , Ce foyer, ce toit protecteur; Et je regrette ma chaumière , Où je connaissais le bonheur.

Forcé de vivre au sein des villes, J'ai connu leurs bruyans plaisirs ; Là les hommes ne sont habiles Qu'à se créer de vains désirs ; Chacun d'eux use sa carrière , En rêvant fortune et grandeur !...

Moi , je regrette ma chaujuière Où je connaissais le bonheur.

LA BULLE DE SAVON. ^âi

Quand de l'amour goiUant l'ivresse ,

Je crois à la félicité ,

Je suis trahi par ma maîtresse.

Qui rit de mafidélilé.

Du erand monde c'est la manière :

La constance n'est qu'une erreur ! .. .

Moi ^ je regrette ma cliaumir^re.

Ou je connaissais le bonheur.

Le désir ardent de la gloire M'a fait affronter les combats ; Alors je voyais la victoire Suivre les pas de nos s;,ldats :

Mais du temps la faux meurtrière Moissonne à son tour le vainqueur!...

Ah ! retournons dans ma chaumière Où je connaissais le bonheur.

LE ]\KZ.

Ain : (jVsJ parles yciix , o(r.

(l'egt par le ne/ (juc tout sellairc, Kl , premier organe des sens, L«' nez noiLs guide et nous éclaire Dans nos désirs les [)lus pressans.

]/.\ Providence, touj<HU"s sage, En Cl éant le nez, eut grand .soin

âââ LA BULLE DE SAVO».

Qu'il fût au milieu du visa^je, Afin qu'on le vît de plus loin.

Chacun cite de sa maîtresse Les dents , les yeux ou les contours, Mais bien rarement on adresse A son nez de tendres discours :

Eh ! messieurs ;, faites qu'il partage Les éloffes que vous donnez :

Que serait le plus beau visage Si l'on n'y voyait pas de nez ?

Voyez ce gourmand , il devins Quand vous donnez de bons dînes :

Chez vous alors il s'achemine; Les gourmands ont toujours bon nez.

Voyez encor cet homme en place , D'opinions changeant souvent; Veut- il obtenir quelque grâce , Il a toujours le nez au vent.

J'aime un nez à la Roxelane, Il donne aux belles l'air mutin ; Sur une jeune courtisane Ln nez à la grecque est divin ; Chez une noble et grande dame Je recherche un nez aquilin ; Mais si je prenais une femme , Je voudrais qu'elle eut le nez fin.

Le nez est le miroir de l'ame .

Sur lui tout sf' peint , tout agit:

Avons-nous la fièvre, il s'enflamme, Quand nous buvons trop , il rouj^it :

Enfin , si dans un tête-à-téte , Nos vœux ne sont pas couronnés , Au lieu de notre air de conquête , Cela nous donne un pied de nez.

LA COI Tl RIÈRE.

Air : Eh ! \p cœur à la danse . eir.

l'ne fillette de vingt ans, Sensible et couturière , Disait : « Ça dure bien long-temps » Lne semaine entière ! . . .

» Mais elle s'achèvera , )) Et dimanche arrivera...

» l'Lnfilons mon aiguille,

» Causons (lerj toujours , » Je suis jeune et gentille , » Pensons à mes amours.

> iJinianclie ! ah! pour moi quel plaisir !

» Comme alors je m'en donne!

)» Je n'ai qu'à former un dé.sir, )» Et vite on le couronne, ;) Les mes.sieurs que je connais, » Sont .si galans, .si bien laits...

t) Enfilons mon aiguille, etc.

2â4- I-A RULl.K DK SAVON.

» Monsieur Au^juste a soin d'avoir » Des bonbons dans ses poches :

» Monsieur Jules, matin et soir , )•> Me bourre de brioclies î » Si Paul ne nie donne rien , » Il me fait danser fort bien î » Enfilons mon aiguille, etc.

» Comme monsieur Jules est poli , » Comme il valse avec grâces !

>i 11 m'a menée à Tivoli ,

» INous avons pris des glaces :

» PuiSj le soir , dans mon corset » Il m'a mis un gros bouquet...

» Eulilons mon aiguille, etc.

» Pour Auguste , au Pied de Mnulon ,

» Je me suis enflammée , » J'étais en loge du grand ton , » La grille était fermée , » J'ignore ce qu'on disait , )» Mais comme ça m'amusait !

» Enfilons mon aiguille , eir.

» Avec Paul je dine en secret , » Et de peur de scandale , >) C'est toujours dans un cabinet :

» Mais comme il me régale !

» Je dis en vain : finisse/., » ÏNousen avons bien estez...

» Enfilons^mon aiguille, etc.

LA BULLE DE SAYOX. 2â-;j

» Jp n'eronterais qu'un amant ,

» Si j'avais ma semaine:

» Mais rien qu'un jour au sentiment !

» Ça me suffit à peine :

)) Pour mes dimanches , je veux » Garder mes trois anîoureux ; » Enfilons mon aiguille,

» Cousons (tei^ toujours :

» Je suis jeune et gentille, » Pensons à mes amours. »

LES VIELX PÈCHES.

Air : Je vous comprendrai toujours bien (ilo l'Opt'ra-Coniique. )

Malgré notre sagesse à tous , Malgré notre amour de bien foire , Ce qu'on nous défend a pour nous, Certain attrait involontaire, Soyons indulgens , car, hélas!

Dans ce siècle d'ingratitude Eh ! quel est celui qui n'a pas Quelques vieux péchés (<r'/') d'habitude?

llortense a de la gravil»'- ,

L'd il baissé , le maintien sévère,

Elle fuit la société

De toiife femme un peu légère ;

âî6 LA BULLE DE SAVON.

En secret elle a des amans ,

Dans le monde elle fait la prude;

Dissimuler ses sentimens,

C'est son vieux yxîchèÇier) d'iiabitude.

D'un sexe qui règne sur nous

Excusons la coquetterie ,

Jamais de ce péehë si doux

ISe guérira femme jolie.

La plus fidèle à son amant

De plaire à chacun fait étude;

Ah ! laissons-leur cet art charmant,

C'est un vieux péché (;<:'/■) d'habitude.

S'il faut défendre son pays , Partir sans que rien ne l'arrête , Et sous le feu des ennemis Chanter encor la chansonnette ; Aimer sa patrie à l'excès, Mais détester la servitude , En tous les temps, chez les Fiançais, C'est un vieux péché (^p/) d'habitude.

Si les Normands sont cauteleux , Si les Gascons par trop se vantent , Si les riches sont orgueilleux, Si les journalistes nous mentent, Si les amans sont attrapés , Si les marins ont le ton rude.

Et si les maris sont trompés , Ce sont des péchés (/er) d'habitude.

LE DÈSm ET L'ESPERAiNCE.

Air do l"'An<;olus.

On a quelquefois conlondu Deux sentimens qui, dès l'enfance, Par leurs charmes ont suspendu Les ennuis de notre existence :

L'un est précurseur du plaisir, Et l'autre naît de la souffrance; Le premier fut nomme désir , Et le second est l'espérance.

Pour le pauvre dans son réduit Ces deux sentimens' ont des charmes; Le désir parfois le séduit, L'espérance sèche ses larmes:

En amour l'un fait réussir.

Vers l'amitié l'autre s'élance ; Le plus heureux c'est le dtîsir, Mais le plus doux c'est l'espérance.

Au dernier jour, lorsque le Temps

Guidera la Parque cruelle,

De CHS aimables sentimens

I u seul nous restera fidèle :

Dès que la mort vient nous saisir.

Adieu , grandeurs, beauU; , puissance ,

]Nou8 perdons aussi le désir,

Mais nous emportons l'espérance.

âi8 I^A JilJl.T.E nn SAVON,

LA BROLîETÏE DE JEÂiWETTE.

AîR : Eli ! vof;uc ma naccllo ( do Marie ).

Jeannette est une brune Qui demeure à Pantin , Où toute sa fortune Est un petit jardin; Sans cesse elle répète, En narguant les soucis :

Eh ! roule ma brouette Qui porte mes radis.

Jeannette eut au village Plus d'une passion, Fut-elle toujours sage ?

C'est une question.

Chaque jour la fillette Dit : Allons à Paris 1 Eh ! roule ma brouette Qui porte mes radis.

D'abord un militaire Pour la belle brûla ; Aisément il sut plaire , Mais il la planta là.

Ça Ht pleurer Jeannette Qui bientôt a repris :

Eh ! roule ma brouette Qui porte mes radis.

Un fermier pour la belle Eut aussi (Je Tamour j Cette fois ce fut elle Qui ne l'aima qu'un jour :

Il poursuit la coquette.

Qui lui répond : tant pis !

Elî! roule ma brouette Qui porte mes radis.

Se montrant acce.ssible Pour un joli garçon , Jeannette est insensible Aux offres d'un baibon ; Elle dit ma couchette A peur des cheveux gris !

Eh ! roule ma brouette Qui porte mes radis.

Méprisant la richesse, Jeannette dit encor :

Je donne ma tendresse , (]e n'est pas pour de l'or :

I^ plaisir qu'on achette Vaut-il l'amour gratis ?

Eh ! roule ma brouette Qui porte mes radis.

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