‹ Contes en vers et chansonsChapitre 77 sur 79 · MA PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

MA PHILOSOPHIE

Air : Vive l'enfer.

Je veux toujours suivre ta loi , Philosophie Chérie , Sénèque etSocrate, ma foi, Pour modèle auraient pris, je crois, Moi.

Je l'avoûrai , mes désirs

Sont portés aux plaisirs ,

Et le travail m'ennuie ; Mais quand sans peine je peux

Contenter tous mes vœux ,

Moi, j'aime assez la vie.

Je veux toujours , etc.

J'en conviens, j'aime le jeu ,

La nuit , j'en fais l'aveu ,

Je joùrais sans relâche ; Mais quand la chance me rit ,

Quand le sort me sourit.

Jamais je ne me fâche.

Je veux toujours, etc.

Dans le monde, bien des gens Ne sont point indulf^ens,

Un rien les mécontente ; Mais moi, quand on applaudit A tout ce que j'ai dit , Je suis d'humeur charmante.

Je veux toujours, etc.

Un déjeuner de garçon M'est offert sans façon , Je dis : « Point de folie!

» Un pâté de Périgueux , » Un poulet , du vin vieux , » Rien de plus, je vous prie. »

Je veux toujours , etc.

Je vois, à plus d'un couvert, Des gens fuir au dessert , Cela n'est pas aimable !

Quand on me place au milieu , Quand j'ai le dos au feu, Volontiers je tiens table.

Je veux toujours , etc.

Des yeux bleus grand amateur, Par les blondes mon cœur Se laissa toujours prendre; Mais qu'une belle à l'oùl noir Me dise : « Viens ce soir, »

Je ne fais pas attendre.

Je veux toujours, etc.

Mais par l'ingrate beauté Sui.s-je un matin quitté.

Je m'en console vite ; Point de regrets superflus , Dès que je n'aime plus, J'aime autant qu'on me quitte.

Je veux toujours, etc.

L'un en vira .son voisin ;, L'autre est toujours chagrin, Inquiet, alarmiste; Quand il ne me manque rien , Quand je me porte bien , Je ne suis jamais triste.

Je veux toujours, etc.

Celui-ci se plaint du temps , Du froid et des autans; Cet autre encor murmure;

Moi , jamais riert ne m'émeut ; Que m'importe s'il pleut, Quand je sui.** en voiture?

Je veux toujours, etc.

Je penls un oncle cln-ri , D'aboid je sui.s marri De cette catastrophe ; Il me laisse ses écus.

Je dis : •' INe pleurons plus, »i Et .soyons pliilo.sophc. »

Je veux toujour.'* , «Me.

Je veux, vieilli.ssant ain.si , Conserver, Dieu merci,

272 tiA BULLF. DE SAVON.

Cette philosophie.

Que J'aille cent ans encor, Sans accuser le sort, Je quitterai la vie.

Oui , toujours je suivrai ta loi , Philosophie Chérie , Sénèque et Socrate , ma foi , Pour modèle auraient pris, je croi, Moi.

LE CHIJNOIS.

Air : T'^audeville de la Somnambule.

Un beau matin, quittant la Chine , Certain liabitant de Pékin , Devers la France s'achemine En costume de mandarin; Fort grotesque était sa tournure , Son abord était peu courtois.

Et chacun, vovant sa figure, Disait : Ah! le vilain Chinois !

Pour connaître la grande ville , Le Chinois se rend à Paris; Il va partout d'un pas tranquille, Et de rien ne pnraît surpris j

S'occupant fort peu si sa mise

Le fait, chez nous montrer aux doi|[ts ,

Il fronde tout avec franchise ;

Ah ! mon Dieu , le vilain Chinois !

Fuyant le luxe , l'étiquette Et les salons de l'écarté, Dans le réduit d'une grisette Il prétend trouver la gaîté ; Il s'étonne que le mérite Soit sans fortune ;, sans emplois; Les sots qu'on flatte, il les évite :

Ah ! mon Dieu , le vilain Chinois !

Lui feit-on quelque politesse , Il croit qu'on est de ses amis; En affaire il veut que sans cesse On tienne ce qu'on a promis ; Il ose dire qu'une belle , A l'époux dont elle a fait choix, Doit pour la vie être fidelle; Ah! mon Dieu , le vilain Chinois!

Prétendant ne voir à la ronde Que des gens faux et envieux , Il parcourt de nouveau le monde , Et nulle part n'est plus heureux ; Il veut que l'on soit iranc et sage.

Savant et modeste à la fois ; Et chacun dit sur son passage :

Ah! mon Dieu, le vilain Chinois!

S7/i LA BULLE DE SAVON.

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