LE 27 MAI
evant ce marbre clair encadré de verdure Qu'à l'intime et naïf ami de la nature
Ont élevé vos soins touchants, La nymphe de ces bois, muse simple et rustique, Doit apporter aussi son tribut poétique,
Les mains pleines de fleurs des champs.
La Nymphe de Ville - d'Avray 59
Le bon Corot m'aimait. Je suis Tune de celles, Alors que l'aube emplit de vagues étincelles
L'horizon frileux du matin, Que l'artiste, — c'était son heure favorite, — Voyait passer, avec les yeux de Théocrite,
Au fond du brouillard argentin.
C'est moi qu'il a montrée, assise au pied d'un hêtre, Essayant de noter sur la flûte champêtre
Quelque musique de berger ; C'est moi, mêlée au chœur de mes sveltes compagnes. Qu'il faisait, dans la paix sereine des campagnes,
Tourner sur un rhythme léger.
Je le connaissais bien, le vieux bonhomme en blouse. Et, quand il préparait sur un coin de pelouse
Son chevalet et ses pinceaux, Pour embellir encor ses extases secrètes, J'étais là, j'exaltais l'odeur des violettes,
J'excitais le chant des oiseaux.
Tandis qu'il travaillait, abrité par un saule, Je venais regarder par dessus son épaule,
A petits pas, tout doucement ; 11 peignait à la hâte, et sous sa brosse agile, J'ai pu voir bien souvent, moi, fille de Virgile.
Eclore son rêve charmant.
6o Coules et Poésies
Ses esquisses, c'est moi qui les vis la première L'eau verte et pure où court un frisson de lumière,
L'azur du ciel, l'or du genêt, Le flot des épis mûrs ondulant sous les brises, Les couchants enflammés et les aurores grises,
J'étais là quand il les peignait.
Hélas ! depuis cinq ans qu'est mort le grand artiste, Moi, la nymphe des bois qu'il aimait, j'étais triste,
Et souvent, tout bas, j'ai gémi, Quand, au printemps, gardant son souvenir fidèle, Devant moi le bleuet disait à l'hirondelle :
— Où donc est notre vieil ami ?
Mais vous nous le rendez. Voici notre poète ! Un doux rossignol chante au dessus de sa tête.
C'est lui ! nous le reconnaissons !
C'est bien son bon visage ! il regarde, il respire ! Oiseaux ! fleurs ! Désormais vous le verrez sourire
Dans vos parfums, dans vos chansons ;
Et, près de la fontaine où vit sa chère image,
Portant comme aujourd'hui quelque odorant hommage,
Je reviendrai souvent m'asseoir, Au moment qui berçait si mollement son rêve, Quand l'étang s'assombrit et quand au ciel se lève
La divine étoile du soir.
*sgr,
L'iAnneau
orsq.ue des anciens morts on trouble le repos, Qu'on soulève le marbre effrité des tombeaux,
Qu'au sépulcre on ose descendre, Et qu'on viole, après un travail dur et long, Le funèbre secret des vieux cercueils de plomb, On n'y trouve que de la cendre.
Plus trace d'ossements, plus trace de linceul, L'implacable néant a tout dévoré, sîuI,
Comme une bête carnassière.
Lentement, lentement, tout s'est décomposé. Le squelette lai-même à la fin s'est usé.
Rien, plus rien qu'un peu de poussière.
62 Contes et Poésies
Pourtant, en la fouillant du bout de son soulier, Parfois le fossoyeur voit un objet briller
Parmi cette cendre incolore.
Cest l'anneau que le mort jadis eut à son doigt Et qui, métal fidèle et pur, comme il le doit,
Demeure intact et brille encore.
Dans ces jours de chagrin où je hais le soleil, Il me semble souvent que mon cœur est pareil
A ces antiques sépultures, Et qu'on n'y peut plus rien désormais découvrir Des mille sentiments qui l'ont tant fait souffrir
Par leurs cruelles impostures.
Ce n'est plus que néant, que ténèbres, qu'oubli ; Et ce tombeau, d'un peu de froide cendre empli,
M'en offre le parfait modèle ; Mais l'œil de ma pensée y voit briller encor, Comme au fond de l'ancien sépulcre l'anneau d'or,
Ton souvenir tendre et fidèle.
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Sur une Tombe au Trin temps
A. II. GIACOMELLI
a vieille croix s'effrite au fond du cimetière, Mais avril embellit le signe des douleurs ; La fauvette y fait halte et de ses douces fleurs Un sauvage églantier la couvre tout entière.
La voix du rossignol vaut bien une prière Et moins que la rosée un regret a de pleurs. Dans ces parfums, dans ces chansons, dans ces couleurs, On sent revivre ici l'immortelle matière.
^4 Contes et Poésies
O vieux mort oublié de qui l'orgueil humain A sans doute rêvé l'éternel lendemain Au sein du paradis, dans les apothéose0,
Aujourd'hui n'as-tu pas un destin aussi beau, Si ton esprit épars autour de ce tombeau Chante avec les oiseaux et fleurit dans les roses ?
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Le Fin
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ongtemps, dans l'atmosphère humide des caveaux, Sous la voûte profonde et de nitre imprégnée, Sous la poussière et sous les toiles d'araignée, Le jeune vin vieillitdans les flacons nouveaux.
Il faut que dans le calme et l'ombre des tombeaux La sublime liqueur dure plus d'une année, Avant que d'accomplir sa noble destinée D'exalter un instant nos cœurs et nos cerveaux.
66 Contes et Poésies
Ainsi, Chaze, il en est de la pensée humaine ; C'est par un très secret et très lent phénomène Qu'elle se plie enfin au rhythme harmonieux.
Un doux sonnet mûrit comme un bordeaux suave Et tu fais bien, ami, qui vis dans une cave, De lire de beaux vers en buvant tes vins vieux.
(Ate
Tortrait de Victor Hugo, par Honnat
'est Hugo ! C'est bien lui ! Quelque puissante idée Occupe en ce moment cette tête accoudée : Un noble songe emplit son œil terrible et doux, Et, danscefrontpensifqui nous domine tous Et comme les vieux monts a de la neige au faîte, Se forment en secret les grands vers de prophète Qu'il fait flamber aux murs des palais triomphants, Ou bien une chanson pour ses petits-enfants. Il est bien ressemblant. C'est le maître lui-même ! Aussi le siècle entier, qui l'admire et qui l'aime,
68 (Montes et Poésies
Approuve ton travail, peintre, et te dit merci D'avoir fait ce portrait juste en ce moment-ci, De nous avoir montré ca face auguste, telle Qu'elle resplendira dans sa gloire immortelle, Et de nous avoir peint le vieillard triste et beau, Qui fixe son regard profond sur le tombeau, Où le plus grand, hélas ! descend comme'le moindre, Et qui, son labeur fait, va lentement rejoindre Homère en son Olympe et Dante en son Enfer, Calme comme un coucher de soleil sur la mer !
Le %êve