‹ Contes en vers et poésies diversesChapitre 8 sur 15 · D APRES LE TABLEAU D EDOUARD DETAILLE · texte numérisé non relu

D APRES LE TABLEAU D EDOUARD DETAILLE

ar un temps de boue et de glace, Le peuple, toujours enfantin, Regarde un régiment qui passe Devant la Porte-Saint-Martin.

C'est un régiment de la ligne; Astiqué comme aux anciens jours, Le tambour-major, d'un air digne.

Précède les petits tambours.

76 Contes et Poésies

Deux officiers qui, pour les suivre, Maintiennent leurs chevaux au pas, Au-delà des saxhorns de cuivre Dominent les fronts, et là-bas,

A travers la brume incertaine, Tels des pavots dans les épis, S'avance la foule lointaine Des chassepots et des képis.

Pour les soldats, le populaire S'est en grand'hâte rassemblé ; Un flot de gamins accélère Sa marche à leur pas redoublé.

La troupe passe, calme et gaie, Comme elle irait sous les obus, Devant les gens qui font la haie Et l'encombrement d'omnibus.

Chacun l'accompagne ou s'arrête, Et l'on voit emboîter le pas L'ouvrier tirant sa charrette Ou portant son fils sur ses bras.

Et, rêvant déjà de bataille, Tous sont heureux naïvement ; Car toujours la France tressaille Au passage d'un régiment.

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Jiux Femmes de Lyon

Ces vers ont été récités à Lyon, quand une crise de l'industrie

de la soie réduisait la population ouvrière

à une grande misère.

femmes qui vivez dans le luxe et la joie

Et qui, lasses un jour de vos robes de soie,

Les quittâtes avec dédain, O femmes qui suivez la mode séductrice, Il faut que vous sachiez que, pour ce seul caprice, Des milliers d'hommes sont sans pain.

j8 Contes et Poésies

Avez-vous jamais su, belles patriciennes, Alors que vous alliez aux fêtes anciennes

Danser, rire et parler d'amour, Qu'un peuple d'ouvriers, plein d'enfants et de mères, Gagnait sa vie avec vos chiffons éphémères,

Avec vos parures d'un jour ?

C'était ainsi pourtant. Pour que vous fussiez belles, Pour vous donner toujours des toilettes nouvelles,

Pour ces satins que vous portiez, Pour ces robes d'hier à présent dédaignées, Des milliers de canuts, actives araignées,

S'asseyaient devant leurs métiers.

Parce que vous usiez ces vêtements de fête, Le tisserand lançait en chantant sa navette

Et la Croix-Rousse prospérait ; Parce que vous changiez de jupe et de corsage, Le ménage vivait, la fillette était sage,

On n'allait pas au cabaret.

Ces choses se passaient, mais vous n'y songiez guère. Puis, tout-à-coup, voici que la soie est vulgaire

Et que l'on n'en veut plus enfin ; Le cachemire est mieux, le drap est plus commode. On a quitté ce goût, on a changé de mode...

Et tout un peuple meurt de faim !

Aux Femmes de Lyon -9

Femmes du monde, il faut vous dire cette chose. Car, sans vous en douter, oui, vous êtes la cause

Qui produit ce terrible effet.

Vous devez regarder ce spectacle sévère Et mesurer le bien que vous avez à faire

A ce mal que vous avez fait.

Sans être pour cela de malins philosophes,

Nous pouvons bien prévoir qu'aux anciennes étoffes

Vous reviendrez un beau matin ; Vous ferez des heureux en faisant des folies Et trouverez encor moyen d'être jolies

Sous la moire et sous le satin.

Mais, avant tout, songeons à la ville affamée.

Ils sont sans pain ! Ils sont trente mille, une armée !

Et le désaccord est bien vieux Entre maigres et gras, entre joyeux et tristes. 11 faut donner ! Ce sont les riches égoïstes

Qui font les pauvres envieux.

Femmes, il faut donner !... Au père de famille, A la mère sans lait pour l'enfant, à la fille

Dont la beauté peut s'indigner Que la faim creuse ainsi son visage livide, Aux petits écoliers qui vont, le panier vide ! ..

Il faut donner, donner, donner !

8o Contes et Poésies

Donner ! C'est la sagesse éternelle et profonde. Devant la charité, misère du vieux monde,

Tu recules et tu décroîs !

Partage, amour, bonté ! C'est bien la loi suprême ; Et, depuis deux mille ans, pour qu'on s'entr'aide et s'aime.

Jésus nous bénit sur la croix.

Le Cadeau de Sahagun le Vieux

ESPADERO DE TOLÈDE

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