‹ Contes en vers, satires, et poésies mêlées de Voltaire (volume 2)Chapitre 12 sur 174 · L’ÉDUCATION D UNE FILLE · texte numérisé non relu

L’ÉDUCATION D UNE FILLE

Mes amis, l’hiver dure, et ma plus douce étude Est de vous raconter les faits des temps passés. Parlons ce soir un peu de madame Gertrude.

Je n’ai jamais connu de plus aimable prude : '

Par trente-six printemps , sur sa tête amassés ,

Ses modestes appas n’étaient point effacés.

Son maintien était sage , et n’avait rien de rude ;

Scs yeux étaient charmants, mais ils étaient baissés. Sur sa gorge d’albâtre une gaze étendue,

Avec un art discret en permettait la vue.

L’industrieux pinceau d’un carmin délicat,

L’un visage arrondi relevant l’incarnat,

Embellissait ses traits sans outrer la nature :

Moins elle avait d’apprêt, plus elle avait d’éclat;

La simple propreté composait sa parure.

Toujours sur sa toilette est la sainte Ecriture : Auprès d’un pot de rouge on voit un Massillon ,

Et le Petit-Carême est surtout sa lecture ;

Mais ce qui nous charmait dans sa dévotion ,

C’est qu’elle était toujours aux femmes indulgente : Gertrude était dévote , et non pas médisante.

Elle avait une fille ; un dix avec un sept Composait l’Age heureux de ce divin objet ,

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