‹ Contes en vers, satires, et poésies mêlées de Voltaire (volume 2)Chapitre 13 sur 174 · GERTRUDE · texte numérisé non relu

GERTRUDE

Qui , depuis son baptême , eut le nom d'Isabelle :

Plus fraîche que sa mère, elle était aussi belle;

A côté de Minerve on eût cru voir Vénus.

Gertrude à l’élever prit des soins assidus.

Elle avait dérobé cette rose naissante

Au souffle empoisonné d’un monde dangereux :

Les conversations, les spectacles, les jeux,

Ennemis séduisants de toute âme innocente,

Vrais pièges du démon , par les saints abhorrés , Etaient dans la maison des plaisirs ignorés.

Gertrude en son logis avait un oratoire ,

Un boudoir de dévote, où, pour se recueillir,

Elle allait saintement occuper son loisir,

Et faisait l’oraison qu’on dit jaculatoire.

Des meubles recherchés, commodes, précieux, Ornaient cette retraite au public inconnue :

Un escalier secret, loin des profanes yeux,

Conduisait au jardin , du jardin dans la rue.

Vous savez qu’en été les ardeurs du soleil Rendent souvent les nuits aux beaux jours préférables La lune fait aimer ses rayons favorables :

Les filles en ce temps goûtent peu le sommeil.

Isabelle inquiète, en secret agitée,

Et de ses dix-sept ans doucement tourmentée, Respirait dans la nuit sous un ombrage frais,

En ignorait l’usage, et s’étendait auprès;

Sans savoir l’admirer regardait la nature;

Puis se levait, allait, marchait à l’aventure,

Sans dessein, sans objet qui pût l’intéresser;

Ne pensant point encore, et cherchant à penser.

Elle entendit du bruit au boudoir de sa mère.

La curiosité l’aiguillonne à l’instant :

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