‹ Contes en vers, satires, et poésies mêlées de Voltaire (volume 2)Chapitre 30 sur 174 · LE SONGE CREUX · texte numérisé non relu

LE SONGE CREUX

J e veux conter comment la nuit dernière ,

D’un vin d’Arbois largement abreuvé 9 Par passe-temps dans mon lit j’ai rêvé Que j’étais mort, et ne me trompais guère.

Je vis d’abord notre portier Cerbère ,

De trois gosiers aboyant à la fois ;

Il me fallut traverser trois rivières ;

On me montra les trois sœurs filandières,

Qui font le sprt des peuples et des rois.

Je fus conduit vesrs trois juges sournois Qu’accompagnaient trois gaupes effroyables, Filles d’enfer et geôlières des diables ;

Car , Dieu merci , tout se faisait par trois.

Ces lieux d’horreur effarouchaient ma vue;

Je frémissais à la sombre étendue Du vaste abîme où des esprits pervers Semblaient avoir englouti l’univers.

Je réclamais la clémence infinie Des puissants Dieux, auteurs de tous les biens ; Je l’accusais, lorsqu’un heureux génie Me conduisit aux champs élysiens,

Au doux séjour de la paix éternelle ,

Et des plaisirs qui , dit-on , sont nés d’elle.

On me montra , sous des ombrages frais,

Mille héros connus par les bienfaits Qu’ils ont versés sur la race mortelle,

Et qui pourtant n’existèrent jamais :

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