‹ Contes en vers, satires, et poésies mêlées de Voltaire (volume 2)Chapitre 31 sur 174 · LE SONGE CREUX · texte numérisé non relu

LE SONGE CREUX

I.e grand Bacchus , digne en tout de son père ; Bellérophon, vainqueur de la Chimère;

Cent demi-dieux des Grecs et des Romains.

En tous les temps tout pays eut ses saints.

Or , mes amis , il faut que je déclare Que si j’étais rebuté du Tartare ,

Cet Elysée et sa froide beauté M’avaient aussi promptement dégoûté.

Impatient de fuir cette cohue,

Pour m’esquiver je cherchais une issue,

Quand j’aperçus un fantôme effrayant ,

Plein de fumée, et tout enflé de vent,

Et qui semblait me fermer le passage.

Que me veux-tu , dis-je à ce personnage ?

Rien, me dit-il, car je suis le Néant.

Tout ce pays est de mon apanage.

De ce discours je fus un peu troublé :

Toi, le Néant! jamais il n’a parlé. . . .

Si fait , je parle ; on m’invoque et j’inspire Tous les savants qui sur mon vaste empire

Ont publié tant d’énormes fatras

Eh bien ! mon roi , je me jette en tes bras.

Puisqu’en ton sein tout l’univers se plonge,

Tiens , prends mes vers, ma personne et mon songe.

Je porte envie au mortel fortuné

Qui t’appartient au moment qu’il est né.

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