IÎ
de Didon est faite sur le modèle de celle de Me'tastasio ; mais aussi il y a de beaux morceaux qui sont à l'auteur français. H faut avouer qu’en general la pièce est mal écrite. Il n’y a qu’à voir le commencement.
Tous mes ambassadeurs, irrités et confus,
Trop souvent de la reine ont subi les refus. . ,
Voisin de ses États faibles dans leur naissance,
Je croyais que Didon, redoutant ma vengeance,
Se résoudrait sans peine à l’hymen glorieux D'un monarque puissant , fils du maitre des Dieux.
Je contiens cependant la ftueur qui m’anime ;
Et déguisant encor mon dépit légitime ,
Pour la dernière' fois , en proie à ses hauteurs ,
Je viens sous le faux nom de mes ambassadeurs , «
Au milieu de la cour d’une reine étrangère ,
D'un refus obstiné pénétrer le mystère ;
Que sais- je. . . . n'écouter qu’uu transport amoureux.
Des ambassadeurs ne subissent point des refus; on essuie, on reçoit -des refus.
Si tous ses ambassadeurs irrités et confus ont subi des refus , comment ce Jarbe pouvait-il croire que Didon se soumettrait sans peine à cet hymen glorieux ? Jarbe d’ailleurs a-t-il envoyé tous ses ambassadeurs ensemble , ou l'un après l'autre ?
Il contient cependant la fureur qui l’anime , et il déguise encore son dépit légitime. S’il déguise ce dépit légitime, et s’il est si furieux, il ne croit pas que Didon l'épousera sans peine. Épouser quelqu’un sans peine , et déguiser son dépit légitime , ne sont pas des expressions bien nobles , bien tragiques , bien élégantes.
Il .vient , sous le faux nom de ses ambassadeurs , être en proie à’ des hauteurs ! Comment vient-on sous le faux nom de ses ambassadeurs ? on peut venir sous le nom d'un autre, mais on ne vient point sous le nom de plusieurs personnes. De plus , si on vient sous le nom de quelqu'un, on vient à la vérité sous un faux nom, puisqu'on prend un 110m qui n'est pas le sien, mais on ne prend pas le faux nom d'un ambassadeur quand on prend le véritable nom de cet ambassadeur même. *
Il veut pénétrer le mystère d’un relus obstiné. Qu'est-ce que le mystère d’un refus si net et déclaré avec tant de hauteur ? 11 peut y •voir du mystère dans des délais , dans des réponses équivoques , dan»
NOTES
des promesses mal tenues ; mais, quand on a déclaré arec des hauteurs à touà vos ambassadeurs qu’on ne veut point de vous, il n’y a certainement là aucun mystère.
Que sais-je ?. . . n'écouter qu’un transport amoureux. Que sait-il ? il n 'écoutera qu'un transport , il sera terrible dans le tète-à-tète.
Le grand malheur de tant d’auteurs est de n’employer presque jamais le mot propre ; ils sont contents pourvu qu’ils riment , mais les connaisseurs ne sont pas contents.
® ...... Zoraide.
Zoraide était une tragédie africaine du même auteur. Les comédiens le prièrent de leur faire une seconde lecture pour y corriger quelque chose : il leur écrivit cette lettre.
« Je suis fort surpris , Messieurs , que vous exigiez une seconde lec- « tare d'une tragédie telle que Zoraide. Si vous ne vous connaissez pas « en mérite, je me connais en procédés, et je me souviendrai assez « long-temps des vôtres , pour ne plus m’occuper d'un théâtre où l’on « distingue si peu les personnes et les talents. Je suis, Messieurs, au- « tant que vous méritez que je le sois , votre, etc. »