‹ Contes en vers, satires, et poésies mêlées de Voltaire (volume 2)Chapitre 45 sur 174 · Enlever deux Laponnes · texte numérisé non relu

Enlever deux Laponnes

C'était deux filles de Tornéa qui étaient soeurs. Le père commença un procès criminel contre Maupertuis : mais on ne put du cercle polaire envoyer à Paris un huissier.

4 Dansant avec Louis sous des berceaux de fleurs.

Cela est vrai à la lettre. Il y avait à la (été de Versailles de grands

berceaux de verdure, ornés do fleurs qui formaient des dessins pittoresques. Ce fut là que Louis XIV , qui était dans tout l’éclat de la jeunesse et de la beauté, dansa avec mademoiselle de la Vallière et d'autres dames.

5 Kacine d’Henriette exprimant les douteurs.

Rien n’est plus connu que l'histoire de la tragédie de Bérénice. La princesse Henriette d’Angleterre, fille de Charles I, et femme de Monsieur, frère unique de Louis XIV, donna ce sujet à traiter à Corneille et à Racine. On sait comment Corneille en fit une tragédie aussi froide et aussi ennuyeuse que mal écrite ; et comment Racine en fit une pièce très touchante, malgré ses défauts.

6 Les pavillons de France.

Louis XIV était parvenu jusqu’à garnir ses ports de près de deux cents vaisseaux de guerre.

ROTES

7 Nous nous sommes défaits d'un luxe dangereux.

Cela fut écrit l'an 1760, temps auquel le malheur des temps, les

disgrâces dans la guerre, et la mauvaise administration des finances avaient obligé le roi et la plupart des gens riches k faire porter à la monnaie une graude partie de leur vaisselle d’argent. On servait alors les potages et les ragoûts dans des plats de faïence qu’on appelait des eus noirs, •

8 Mais lions avons souvent de belles remontrances ;

On n’a pas ici la témérité de vouloir jeter le plus léger soupçon de partialité sur les remontrances; le zèle les dicte, la bonté les reçoit, l'équité y a souvent égard. On observe seulement que lorsque les Anglais se ruinent pour désoler nos côtes, insulter nos ports, détruire nos colonies et notre commerce , nous devons donner quelque chose pour bous défendre. Certes, en voyant notre roi se défaire de sa vaisselle d’argent , et se priver do ce qui fait le nécessaire d’un monarque , quel est le citoyen qui ne suivra pas un exemple si noble et si touchant ?

0 Jansénius. . . la bulle. . . ses mystères.

La querelle de la bulle Unigenitus fut un de ces ridicules sérieux qui ont troublé la France assez long -temps. On n’ignore pas que Louis XIV eut le malheur de se mêler des disputes absurdes entre les jansénistes et les molinistes, que cette extravagance jeta de l’amertume sur la fin de ses jours; et que cette guerre théologique, pour n’avoir pas ctié assez méprisée, renaquit ensuite assez violemment C’était la honte de l’esprit humain , mais on était accoutumé h cette honte.

10 VaUre Maxime (lib. II, cap. 1, de instit. gall.) dit que les druides prêtaient de l’argent aux pauvres, à la charge qu’ils le rendraient en l’autre monde {voyez, la note **.)

11 Et des convulsions , etc.

La folie inconcevable des convulsions fut un des fruits de la bulle Unigenitus. Il y eu avait encore en 1760, et elles avaient commencé en 1724. Sans les philosophes qui jetèrent sur cette démence infâme tout le ridicule qu’elle méritait , cette fureur de l’esprit de parti aurait eu des suites très dangereuses.

1 1 Le Franc de Pompiguan par ses divins écrits.

M. le Franc de Pompignan ; dans un mémoire qu’il dit avoir présenté au roi en 17G0, s’exprime ainsi, page 17 : Il faut que tout l'univers sache que le roi s’est occupé de mon discours, non comme

NOTES

d’une nouveauté passagère , mais comme d’une production digne de l’attention particulière des souverains.

Quel producteur que ce Pompignan ! quelle modestie ! de quel ton D parle à l’univers! comme l’univers est occupé de lui !

Ce même le Franc de Pompignan dit, page 10 : L'n homme de ma naissance et de mon état ; la naissance de le Franc!

Ce même le Franc de Pompignan dit encore que pendant qu’il était juge des Aides en Querey, il écrivait de la prose pour l'utilité de ses compatriotes. Voici la prose utile de M. le Franc de Pompignan. Il eut la bonté, en iy5G, d’ccrire au roi, et de lui reprocher le bien que le roi faisait à la nation , en faisant lui-même , à Trianon , l'essai de la méthode de remédier à la carie des blés. Sa majesté daigna faire envoyer la recette dans toutes les provinces ; c'est une de ses attentions paternelles pour son peuple ; nous l’en bénissons , nos enfants l’en béniront M. le Franc de Pompiguan semble insulter à sa bienfaisance; il lui dit : Ces expériences ne rendront pas nos champs moins incultes. Le parc de Versailles ne décide pas de l’état de nos campagnes. Vous traitez vos sujets plus impitoyablement que des forçats ; on exerce sur eux des vexations horribles : sortez de l’enceinte de votre palais somptueux , vous verrez un royaume qui sera bientôt un désert . . . .

Telle est la prose coulante et agréable du sieur le Franc de Pompignan. La roi n’a jamais donné un plus grand exemple de clémence qu’en daignant pardonner à ce bourgeois de Querey un peu trop vif. Est-ce <t ce titre qu’on l’a reçu à l’académie ?

Le même le Franc de Pompignan , auteur du Voyage de Provence , de la Prière du déiste , et de quelques psaumes traduits en vers bien durs , et de plusieurs pièces de théâtre dont une seule a pu être jouée , nie qu’on lui ait refusé quelque temps les provisions de sa charge en Querey, pour le punir de la Prière du déiste , parce qu’il fut d’ailleurs suspendu de sa charge en Querey pour une autre affaire qui arriva dans un bal en Querey. Nous u’entrerons point dans ces détails; nous nous contenterons d'observer que ce n'est pas sans raison qu’un père de la doctrine chrétienne lui a dit :

Pour vivre un peu joyeusement ,

Croyez-moi , n'offensez personne :

C’est un petit avis qu’on donne Au sieur le F ranc de Pompignan.

Il peut sur cet article présenter un mémoire h l'univers.

,3 Plus que Palissot même occupe nos esprits.

Palissot de Montenoi fit jouer par les comédiens français une comédie intitulée, les Philosophes , le 2 mai 1760. Il a eu le malheur , dans cette comédie , d’insulter et d’accuser, plusieurs personnes d’un mérite supérieur; et il se reprochera sans doute cette faute toute sa vie. On voit par la lettre qu’il a donnée au public en forme de préface, qu’il a été trompé par de faux mémoires qu’on lui avoit donnés. Il justifie sa pièce en rapportant plusieurs passages tirés de l’Encyclopédie, et la plupart de ces passages ne se trouvent pas dans l’Encyclopédie.

II cite plusieurs traits de quelques mauvais livres intitulés, Phom me plante et la vie heureuse , comme si ces livres étaient composés par quelques-uns de ceux qui ont mis la main à l’Encyclopédie : mais ces livres détestables , contre lesquels il s’élève avec une juste indignation , sont d’un médecin nommé la Métrie, natif de Saint-Malo, de l’académie de Berlin, qui les composa à Berlin il y a plus de douze ans, dans des accès d’ivresse. Ce la Métrie n’a jamais été en relation avec aucun des citoyens qui sont maltraités dans la pièce des Philosophes.

Ceux qu’on insulte dans cette pièce sont M. Duclos, secrétaire perpétuel de l’académie française , auteur de plusieurs ouvrages très estimables; M. d’Alembert, de la même académie et de celle des sciences, célèbre par sa vaste littérature, par ses connaissances profondes dans les mathématiques et par son génie ; M. Diderot , dont le public fait le même éloge; M. le chevalier de Jaucourt, homme d’une grande naissance , auteur de cent excellents articles qui enrichissent le Dictionnaire encyclopédique; M. Helvétius, admirable (ce mot n’est pas trop fort) par une action unique : il a quitté deux cent mille livres de rente , pour cultiver les belles-lettres en paix , et il fait du bien avec ce qui lui reste. La facilité et la bonté de son caractère lui ont fait hasarder, dans un livre, d’ailleurs plein d esprit, des propositions fausses et très répréhensibles , dont il s’est repenti le premier , à l’exemple du grand Fénélon. L’auteur se repent aussi d’avoir porté le poignard dans ses blessures; il a des remords d'avoir impute des maximes et des vues pernicieuses aux plus honnêtes gens qui soient en France, à des hommes qui n’ont jamais fait le moindre mal à personne , et qui n’en ont jamais dit. En qualité de citoyen , il souhaite que le Dictionnaire encyclopédique se continue, que les libraires qui ont fait cette grande entreprise , 11e soient pas ruinés , que les souscripteurs ne perdent point leurs avances.

Ce livre , qui se perfectionnait sous tant de mains , devenait cher et

NOTES

necessaire à la nation. J’ai vu l’article Roi en manuscrit ; des e'trangers ont pleuré de tendresse au portrait qu’on fait de Louis XV , et ils ont souhaité d’être ses sujets; la reine son épouse regretterait l’article Reine , si sa vertu modeste pouvait lui faire regretter les plus justes louanges. Au mot Guerre , on croirait que celui qui commande aujourd’hui nos armées, et plusieurs lieutenants généraux ont été désignés par l’auteur qui est lui-même un excellent officier. Le mot Siège forme un article bien important pour nous ; la prise du Port- Maho^ immortalise le nom du général et le nom français. En un mot , cet ouvrage eût fait notre gloire , et il est bien honteux qu’il ait essuyé à la fois la persécution et le ridicule.

*4 Combattre en parlement les jésuites leurs frères.

Le 14 mai 1760, jour de l’anniversaire de la mort de Henri IV 9 les apothicaires de Paris firent saisir, dans un couvent de jésuites qu’on appelait la maison professe , des drogues que les jésuites vendaient en fraude; et leur firent un procès au parlement, qui condamna ces pères. On disait qu’ils débitaient chez eux ces drogues pour empoisonner les jansénistes.

i5 Quoi! du clergé français ta gazette prudente.

C’est ce qu’on appelle la gazette ecclésiastique Ce journal clandestin commença en 179.4, et dure encore. C’est un ramas de petits faits concernant des bedeaitx de paroisse, des porte-dieu, des thèses de théologie , des refus de sacrements , des billets de confession : c’est surtout dans le temps de ces billets de confession que cette gazette a eu le plus de vogue. L’archevêquç de Paris, Christophe de Beaumont, avait imaginé ces lettres de change tirées à vue sur lautre monde, pour faire refuser le viatique à tous les mourants qui se seraient confessés à des prêtres jansénistes. Ce comble de l’extravagance et de l’horreur causa beaucoup de troubles , et mit la gazette ecclésiastique alors dans un grand crédit ? elle tomba quand cette sottise fut finie. Elle était, dit-on , comme les crapauds, qui ne peuvent s’enfler que de venin.

l6 * Le J ournal du^Chrétien^ le Journal de Trévoux .»

Le Journal chrétien ou du chrétien, fut d’abord composé par un récollet nommé Hayer, l’abbé Trublct, l’abbé Dinouart, un nommé Joannet. Ils dédièrent leur besogne à la reine, dans l’espérance d’avoir quelque bénéfice , en quoi ils se trompèrent. Ils mirent d’abord leur

NOTES

mercure chrétien à 3o sous, puis & 20 , puis à i5, puis à 12 . Voyant qu'ils ne réussissaient pas, ils s’avisèrent d'accuser d'athéisme tous les écrivains, à tort et à travers. Ils s'adressèrent malheureusement à M. de Sainte-Foix qui leur fit un procès criminel, et les obligea de se rétracter. Depuis ce temps-là leur journal fut entièrement décrié, et ce* pauvres diables furent obligés de 1 abandonner.

Pour le Journal de Trévoux, il a subi le sort des jésuites ses auteurs , il est tombé avec eux.

' ‘7 Maître Abraham Chaumeix , etc. • •

Cet Abraham Chaumeix était ci-devant vinaigrier, et s.’étant fait convulsionnaire , il devint un homme considérable dans le parti , surtout depuis qu'il se fût fait crucifier avec une couronne d’épines sur la tète , le 2 mars 1 7 49 > dans la rue Saint-Denys , vis-à-vis Saint-Leu et Saint-Gilles. Ce fut lui qui dénonça Su parlement de Paris le Dictionnaire encyclopédique. Il a été couvert d'opprobre, et obligé de se réfugier à Moscou, où il s'est fait maître d'école.

■ Hayer le récollet n'est connu que par le Journal chrétien ; le jésuite Berthier par le Journal de Trévoux, et surtout par une facétie plaisante intitulée : Relation de la maladie , de la confession , de la mort et de l'apparition du jésuite Berthier.

18 Et le doux Caveirac, et Nonotte , et tant d’autres.

Le doux Caveirac est ici par antiphrase.il n’y a rien de si peu doux que son apologie de la révocation de l’édit de Nantes et de la Saint- Bartliélemi. Ce n’est pas qu'on doive en inférer absolument qu’il eût fait la Saint-Barthélemi , s'il eût été à la place du Balafré. On justifie quelquefois les plus abominables actions qu'on ne voudrait pas avoir faites. On fait un livre pour plaire à un évêque, pour attraper un petit bénéfice, une petite pension du clergé, qu'on n’attrape point; et ensuite on écrirait pour les huguenots avec autant de zèle qu’on a éa it contre eux. Tout cela n’est au bout du compte que du papier perdu , et de l’honneur perdu ; ce qui est fort peu de chose pour ces gens-lit

Nonotte est un ex-jésuite que notre auteur philosophe a Sit connaître par les ignorances dont il l’a convaincu, et par les ridicules dont il l'a accablé avec tirés juste raison.

’9 De leur siècle, profane instructeurs généreux.

Peu d'auteurs se sont servis du mot instructeur qui seroblojnan-

G °o£le]

NOTES

qner & notre langue. On voit bien que c’est un Russe qui parle. Ce terme répond il celui de coukaski , qui est très énergique en slavon.

10 Nous avons tes remparts -, nous avons Ramponeau.

Ramponeau était un cabaretier de la Courtille, dont la figure comique et le mauvais vin qu’il vendait bon marché , lui acquirent pendant quelque temps une réputation éclatante. Tout Paris courut il son cabaret ; des princes du sang même allèrent voir M. Ramponeau.

Une troupe de comédiens établis sur les remparts s’engagea il lui payer une somme considérable pour se montrer seulement sur leurthéûtre , et pour y jouer quelques rôles muets. Tes jansénistes firent un scrupule à Ramponeau de se produire sur la scène; ils lui dirent que Tertullien avait écrit contre la comédie, qu’il ne devait pas ainsi prostituer sa dignité de cabaretier, qu’il y allait de son salut : la conscience de Ramponeau fut alarmée. Il avait reçu de l'argent d'avance, et il ne voulut point le rendre de peur de se damner. Il y eut procès : M. Élie de Beaumont, célèbre avocat, daigna plaider contre Ramponeau ; notre poète philosophe plaida pour lui , soit par zèle pour la religion , soit pour se réjouir. Ramponeau rendit l’argent , et sauva son lime.

ai Qui marchant sur ses mains , et mangeant sa laitue.

La même année i jfio , on joua sur le théâtre de la comédie française la comédie des Philosophes, avec un concours de moude prodigieux. On voyait sur le théâtre Jean-Jacqnes Rousseau marchant à quatre pâtes , et mangeant une laitue. Cette facétie n’était ni dans le goût du Misanthrope , ni dans celui du Tartufe , mais elle était bien aussi théâtrale que celle de Pourceaugnac qui est poursuivi par des lavements et des pis de p

aa Les chiens de Saint-Médard , etc.

Saint-Médard est une vilaine paroisse d’un très vilain faubourg de Paris , où les convulsions commencèrent. On appelle depuis ce tempslà les fanatiques , chiens de Saint-Médard.

Au lieu des deux vers suivants, on lisait dans les premières éditions : Le fripon le plus vil , le plus déshonoré ,

Dans la sale débauche obscurément vautré.

2 ^ Des Pantins,

De Marie Alacoque et de la Fleur des saints.

Fantin, curé de Versailles, fameux directeur qui séduisait ses

NOTES

dévotes , et qui fut saisi volant une bourse de cent louis à un mourant qu'il confessait : il n’était pourtant pas philosophe.

a 4 Marie Atacoque , ouvrage impertinent de Languet, évêque de Soissons, dans lequel l’absurdité et l’impiété furent poussées jusqu’à mettre dans la bouche de Jésus-Christ quatre vers pour Marie Alacoque.

3 5 La Fleur des saints, compilation extravagante du jésuite Rihadeneira ; c’est un extrait de la Légende dorée , traduit et augmenté par le frère Girard , jésuite.

iV. B. Que ce n’était pas ce frère Girard condamné au feu , le i a octobre 1731 , par la moitié du parlement d’Aix, pour avoir abusé de sa pénitente en lui donnant le fouet assez doucement, et pour plusieurs profanations. Il fut absous par l’autre moitié du parlement d’Aix, parce qu’on avait ridiculement mêlé l'accusation de sortilège aux véritables charges du procès. C'est bien dommage que ce frère Girard n’ait pas été philosophe.

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