LE MARSEILLOIS ET LE LION
.Que celui dont tantôt tu m’avais étourdi.
Viens signer le traité; suis-moi chez le cadi;
Donne des cautions; sois sûr, si tu m’abuses,
Que je n'admettrai point tes mauvaises excuses;
Et que sans raisonner tu seras étranglé,
Selon le droit divin dont tu m’as tant parlé.
Le marché fut signé; tous les deux l’observèrent, D’autant qu’en le gardant tous les deux y gagnèrent. Ainsi dans tous les temps nos seigneurs les lions Ont conclu leurs traités aux dépens des moutons.
NOTES
I Un serpent , etc.
II est constant que le serpent parlait. La Genèse dit expressément qu’il était te plus rusé de tous tes animaux. La Genèse ne dit point que Dieu lui donnât alors la parole, par un acte extraordinaire de sa toute-puissance, pour séduire Ève. Elle rapporte la conversation du serpent et de la femme, comme on rapporte un entretien entre deux personnes qui se connaissent et qui parlent la même langue. Cela même est si évident que le Seigneur punit le serpent d’avoir abusé de son esprit et de son éloquence; il le condamne à se traîner sur le ventre, au lieu qu’auparavant il marchait sur ses pieds. Flavien Josephe, dans ses Antiquités. Philon, saint Basile, saint Éphrem, n’en doutent pas. Le révérend père dom Calmet , dont le profond jugement est reconnu de tout le monde, s’exprime ainsi : Toute l'antiquité a reconnu tes ruses du serpent, et on a cru qu'avant la malédiction de Dieu, cet animal était encore plus subtil qu'il ne l’est h présent. L’Ecriture parte de ses finesses en plusieurs endroits ; elle dit qu’il bouche ses oreilles pour ne pas entendre la voix de l’enchanteur. Jésus-CiHUST dans l’Evangile nous conseille d’avoir la prudence du serpent.
a Un due avec esprit , etc.
Il n’en était pas ainsi de l’âne ou de l’ânesse qui parla à Balaarn. IJ * est vraisemblable que les ânes n’avaient point le don de la parole , car
NOTES
il est dit expressément que le Seigneur ouvrit la bouche de lanesse : et même saint Pierre, dans sa seconde épître , dit que cet animal muet* parla d’une voix humaine. Mais remarquons que saint Augustin , dans sa quarante-huitième question, dit que Balaam ne fut point étonné d'entendre parler son ânesse. U en conclut que Balaam était accoutumé a entendre parler les autres animaux. Le révérend père dom Calmet ‘ avoue que la chose est très-ordinaire. L’âne deBacchus, dit-il, le bélier de Phryxus, le cheval d’Hercule, l’agneau de Bochoris, les bœufs de Sicile, les arbres même de Dodone, et l’ormeau d’Apollonius de Thyanc ont parlé distinctement. Vojlà de grandes autorités qui servent merveilleusement à justifier M. de Saint-Didier.
* * Fit parler et pleurer les deux chevaux d’ Achille.
La remarque de madame Dacier sur cet endroit d’Homère, est également importante et judicieuse. Elle appuie beaucoup sur la sage conduite d’Homère; elle fait voir que les chevaux d’Achille, Xanthe et Balie ? fils de Podarge , sont d’une race immortelle; et qu’ayant déjà pleuré la mort de Patrocle, il n’est point du tout étonnant qu’ils tiennent un long discours à Achille. Enfin, elle cite l’exemple de l’ûnesse de Balaam , auquel il n’y a rien â répliquer.
4 Descartes n'en eut point quand il les crut machines.
Descaries était certainement un grand géomètre et un homme de beaucoup d’esprit; mais toutes les nations savantes avouent qu’il abandonna la géométrie qui devait être sen guide, et qu’il abusa de son esprit pour ne faire que des romans. L’idée que les animaux ont tous les organes du sentiment pour ne point sentir, est une contradiction ridicule. Ses tourbillons, ses trois éléments, son système sur la lumière, ;>on explication des ressorts du corps humain , scs idées innées sont regardées par tous les philosophes comme des chimères absurdes. On convient que dans toute sa physique il n’y a pas une vérité physique. Ce grand exemple apprend aux hommes qu’on ne trouve ces vérités que dans les mathématiques et dans l’expérience.
5 II savait Rabelais et son saint Augustin.
Il est rapporté dans l’histoire de l'Académie que La Fontaine demanda à un docteur s’il croyait que saint Augustin eût autant d’esprit que Babelais, et que le docteur répondit à La Fontaine : Prenez garde, monsieur , vous avez mis un de vos bas à l'envers ; ce qui était vrai.
Ce docteur était un sot 11 devait convenir que saint Augustin et
Coo(ci, Satires, etc»
K OTES.
Rabelais avaient tous deux beaucoup d'esprit, et que le curé de Meudou avait fait un mauvais usage du sien. Rabelais était profondément savant, et tournait la science en ridicule : saint Augustin n’était pas si savant , il ne savait ni le grec ni l’hébreu ; mais il employa ses talents et son éloquence à son respectable ministère. Rabelais prodigua indignement les ordures les plus basses : saint Augustin s'égara dans des explications mystérieuses que lui -même ne pouvait entendre. Ou est étonné qu’un orateur tel que lui, ait dit dans son sermon sur le psaume 6 :
« 11 est dlnir et indubitable que le nombre de quatre a rapport au « corps humain, à cause des quatre éléments et des quatre qualités dont « il est composé ; savoir, le chaud et le froid, le sec et l’humide. C’est « pourquoi aussi Dieu a voulu qu’il fût soumis à quatre différente. « saisons; savoir, l’été, le printemps, l’automne et l’hiver... Comme le k nombre de quatre a rapport au corps, le nombre de trois a rapport it « l’ime, parce que Dieu nous ordonne de l'aimer d'un triple amour; « savoir, de tout notre coeur, de toute notre âme et de tout notre esprit
« Lors donc que les deux nombres de quatre et de trois, dont le pre- « mier a rapport au corps, c'est-à-dire, ou vieil homme et au vieux « Testament, et le second a rapport à l’âme, c'est-à-dire, au nouvel « homme et au nouveau Testament, seront écoulés et passés, comme le « nombre des sept jours passe et s'écoule, parce qu’il n’y a rien qui ne « se fasse dans le temps et par la distribution du nombre quatre au « corps, et du nombre trois à l'ânte; lors, dis-je, que ce nombre de « sept sera passé, on verra arriver le huitième qui sera celui dit ju- « geroent. »
Plusieurs savants out trouvé mauvais qu’en voulant concilier les deux généalogies différentes données à saint Joseph , l’une par saint Matthieu, et l'autre par saint Luc, il dise dans son sermon 5i, qu’un ftls peut avoir deux pires, puisqu’un pire peut avoir deux enfants.
On lui a encore reproché d'avoir dit, dans son livre contre les mnnichéens, que les puissances célestes se déguisaient ainsi que les puissances infernales eu beaux garçons et en belles filles pour s'accoupler ensemble , et d’avoir imputé aux manichéens celte theurgie impute , dont ils ne furent jamais coupables.
On a relevé plusieurs de ses contradictions. Ce grand saint était homme; il a ses faiblesses, ses erreurs, ses défauts comme le* autres saints. Il n’eu est pas moins vénérable , et Rabelais n’est pas moins l*»
NOTES
bouffon grossier, un impertinent dans les trois quarts de son livre, quoiqu'il ait été l'homme le plus savant de sou temps, éloquent, plaisant et doué d'un vrai génie. U n'y a pas sans doute de comparaison à foire entre un père de l’Église très vénérable et Ralvelais ; mais on lient très bien demander lequel avait plus d'esprit, et un bas 4 l'envers « est pas nue réponse,
6 L’homme est mis pour régner , etc."
Dans le Spectacle de la nature , M. le prieur de Jonval, qui d'ailleurs est un homme fort estimable, prétend que toutes les bêtes ont un profond respect pour l’homme. Il est pourtant fort vraisemblable que les premiers ours et les premiers tigres qui rencontrèrent les premier* hommes, leur témoignèrent peu de vénération, surtout s’ils âvaieqt faim.
Plusieurs peuples ont cru sérieusement que les étoiles n’étaient faites que pour éclairer les hommes pendant la nuit. B a fallu bien du temps pour détromper notre orgueil et notre ignorance ; mais aussi plusieurs philosophes, et Platon entre autres, ont enseigné que les astres étaient des dieux Saint Clément d’Alexandrie et Origène ne doutent pas qu’iïs n’aient des âmes capables de bien et de ma! ; ce sont des choses très curieuses et très instructives.
I Far !Soc , mon aïeul , etc.
II faut pardonner au lion s’il ue connaissait pas IVoé. Les juifs sortt les seuls qui l'aient jamais connu. On ne trouve ce nom cher, aucuh autre peuple de la terre. Sanchoniathon n'en a point parlé; s’il-cà avait dit un mot, Eusèbe, son abréviateur, en aurait pris un grand avantage. Ce nom ne se trouve point dans le Ze nda-Vesta de Zoroast.e. LcSaiklor, qui en est l'abrégé, ne dit pas un seul mot de Soé. Si quelque auteur égy . tien en avait parlé ,11a vieil Josephe, qui rechercha si eiactnmept tous les passages des livres égyptiens qui pouvaient déposer en favetades antiquités de sa Dation, se serait prévalu du témoignage de cas auteurs. Pîoé fut entièremênt inconnu aux Grecs, et il le fut également aux Indiens et aux Chinois. Il n'eu est parlé ni dans lç Yeidam,<ni dans le Shasta, ni dans les cinq Rings ; et il est uès remarquable que lui et ses ancêtres aient été également ignorés du reste de la terre.
8 De ue toucher jamais à l’homme son image. - ■■*>
Au chap. IX de la Genèse, verset to et suivants, le Seigneur fuit un pacte avec les animaux , tant domestiques que de la campagne. Il
défend sus animaux de tuer les hommes ; il dit qu’il en tirera vengeance, parce que l'homme est son image. Il défend de même à la race de Noé de manger du sang des animaux mêlé avec de la chair. Les animaux sont presque toujours traités dans la loi juive à peu près comme les hommes; les uns et les autres doivent être également en repos le jour du sabbat ( Exod. ch. XXIU). Un taureau qui a frappé un homme de sa corne , est puni de mort ( Kxod. cbap. XXI ). Une bête qui a servi de succube ou d’incube à une personne est aussi mise à mort (Levit. chap. XX ). U est dit que l’homme n’a rien de plus que la bête ( Ecclésiaste, cbap. III et IX). Dans les plaies d’Ëgypte les premiers nés des hommes et des animaux sont également frappés (Exod. chap. XII et XUI ). Quand Jonas prêche la pénitence i Ninive, il fait jeûner les hommes et les animaux. Quand Josué prend Jéricho, il extermine également les bêtes et les hommes. Tout cela prouve évidemment que les hommes et les bêtes étaient regardés comme deux espèces du même genre. Les Arabes ont encore le même sentiment. Leur tendresse excessive pour leurs chevaux et pour leurs gazelles eu est un témoignage assez connu.
9 Par qui fat-il écrit ? etc.
Le grand Newton , Samuel Clarke prétendent que le Pentateuque lut écrit du temps de Saiil. D’autres savants hommes pensent que ce fut sous Ozias ; mais il est décidé que Moïse en est l’auteur , malgré toutes les vaines objections fondées sur les vraisemblances et sur la raison qui trompe si souvent les hommes.
• ° De mes quarante dents , etc.
Ceux qui ont écrit l’Histoire naturelle auraient bien dû compter les dents des bons; mais ils ont oublié cette particularité aussi-bien qu’Aristote. Quand on parle d’un guerrier, il ne faut pas omettre ses ormes. M. de Saint-Didier, qui avait vu, disséquer à Marseille un boa nouvellement venu d’Afrique, s'assura qu'il avait quarante dents.
*• Od lu féiais en paix Naydèlène et Lazare?
Ce lion parait fort instruit , et c'est encore une preuve de l'intelligence des bêtes. La Sainte-Baume ou se retira sainte Marie- Magdelêoe est fort connue ; mais peu de gens savent à fond celte histoire. La Fleur des saints peut en donner quelques notions; il faut lire son article, tome II de la Fleur des sainte, depuis la page 5t). Ce fut Marie-Magdelèue à qui deux anges parlèrent sur le Calvaire , et il qui notre Sri*