EN S ORDONNE
Ravaillac et Damiens, s’ils sont de vrais croyants, s S’ils sont bien confessés, sont scs heureux enfants. Un Fréron bien huilé verra Dieu face à face ; 8 Et Turcnne amoureux, mourant pour son pays, Brûle éternellement chez les anges maudits.
Tel est notre plaisir, telle est la loi de grâce.
Les divins voyageurs étaient bien étonnés De se voir en Sorbonne, et de s’y yoir damnés.
Les vrais amis de Dieu répriment leur colère. Marc-Aurèle lui dit d’un ton très débonnaire : 7 Vous ne connaissez pas les gens dont vous parlez; Les facultés parfois sont assez mal instruites Des secrets du Très-Haut, quoiqu’ils soient révélés. Dieu n’est ni si méchant ni si sot que vous dites.
Ribaudicr , à ces mots roulant un œil hagard , Dans des convulsions dignes de Saint-Médard, Nomma le demi-dieu déiste, athée , impie, Hérétique , ennemi du trône et de l’autel ,
Et lui fit intenter un procès criminel.
Les Romains cependant sortent de l'écurie.
Mon Dieu, disait Titus, ce monsieur Ribaudicr, Pour un docteur français, me semble bien grossier. Nos sages rougissaient pour l'honneur de la France : Pardonnez, dit l’un d’eux , à tant d’extravagance. Nous n’assistons jamais à ces belles leçons.
Nous nous sommes mépris; Ribaudicr nous étonne; Nous pensions en effet vous mener en Sorbonne,
Et l’on vous a conduits aux Petites-Maisons.
NOTES
I Buri même à présent lui conteste sa gloire.
Os dit qu'un écrivain , nommé M. de Buri , a fait une histoire de Henri IV, dans laquelle ce héros est un homme très médiocre. On ajoute qu’il y a dans Paris une petite secte qui s'élève sourdement contre la gloire de ce grand homme. Ces messieurs sont bien cruels envers la patrie; qu'ils sougent combien il est important qu'on regarde comme un être approchant de la divinité un prince qui exposa toujours sa vie pour sa nation , et qui voulut toujours la soulager. Mais il avait des faiblesses. Oui , sans doute ; il était homme : mais béni soit celui qui a dit que ses défauts étaient ceux d’un homme aimable , et scs vertus celles d'un grand homme ! Plus il fut la victime du fanatisme , plus il doit être presque adoré par quiconque n’est pas convulsionuaire.
Chaque nation , chaque cour , chaque prince a besoin de se choisir un patron pour l’admirer et pour l’imiter. Eh ! quel autre choisira- t on que celui qui dégageait ses amis aux dépens de son sang dans le comliat de Fontaine- Française, qui criait dans la victoire d’Ivry : Epargnez les compatriotes , et qui au faite de la puissance et de la gloire disait h son ministre : Je veux gue le paysan ait une poule au pot tous les dimanches.
3 O morts! s’écriait-il , vivez dans les supplices.
II est nécessaire do dire au public, qui l’a oublié, qu’un nommé Ribalier, principal du collège Maxariu, et un régent nommé Cogé, s'étant avisés d’être jaloux de l’excellent livre moral de Bélisaire, eabalèrent pendant un an pour le faire censurer par ceux qu’on appelle docteurs de Sorbonne. Au bout d’un an, ils filent imprimer cette censure en latin et en français; elle n’est cependant ni française ni latine ; le titre racine est un solécisme, Censure'de la faculté de théologie contre le livre , etc. On ne dit point censure contre , mais censure de. I.e public pardonne à la faculté de ne pas savoir le français; on lui pardonne moins de ne pas savoir le latin. Déterminatif sacras facultatis in libellum est uue expressiou ridicule. Determinatio ne se trouve ui dans Cicéron, ni dans aucun bon auteur; determinatio in est un barbarisme insupportable ; et ce qui est encore plus barbare,
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c'est d'appeler Bélisaire an libelle en faisant un mauvais libelle contre lui.
Ce qui est encore plus barbare , c'est de déclarer damnés tous les grands hommes de l'antiquité qui ont enseigné et pratiqué la justice. Cette absurdité est heureusement démentie par saint Patd, qui dit expressément dans son épître aux juifs tolérés à Rome : Lorsque les gentils qui n'ont point la loi font naturellement ce que la loi commande , n’agani point notre loi , ils sont loi à eux-mêmes. Tous ]es honnêtes gens de l’Europe et du monde entier ont de l’horreur et du mépris pour cette détestable ineptie qui va damnant toute l'antiquité. 11 n'y a que des cuistres, sans raison et sans humanité, qui puissent soutenir une opinion si abominable et si folle, désavouée même dans le fond de leur coeur. Nous ne prétendons pas dire que les docteurs de Sorbonne sont des cuistres , nous avons pour eux une considération plus distinguée: nous les plaignons seulement d'avoir signé un ouvrage qu’ils sont incapables d’avoir fait, soit eu français, soit en latin.
Remarquons pour leur justification qu'ils se sont intitulés dans le titre sacrée faculté en langue latine, et qu’ils ont eu la discrétion do supprimer en fiançais ce mot sacrée.
* Il ar i~4 ti l'oie , Trajun , le grand Hesiri lui-même.
En effet le sieur Rihalier, qu'on nomme ici Ribaudier, venait de faire condamner en Sorbonne M. Marmontel , pour avoir dit que DiïtJ pourrait bien avoir fait miséricorde U Titus , à Trajan , à Marc-Aurcle. Ce Ribalier-eit un peu dur.
4 Mais parmi ses élus nous plaçons les Cléments.
Oh ne peut trop répéter que la Sorbonne fit le panégyrique du jacobin Jacques Clément, assassin de Henri JH, étudiant en Sorbonne, et que d’une voix unanime elle déclara Henri 111 déchu de tous ses droits à U royauté, et Henri IV incapable de régner.
Il est clair que , selon les principes cent fois étalés alors par cette faculté, l'assassin parricide, Jacques Clément, qu'on invoquait publiquement alors dans les églises , était dans le ciel au nombre des saints , et que Henri Iü , prince voluptueux , mort sans confession , était damné. On nous dira peut-être que Jacques Clément mourut aussi sans confession ; mais il s’était confessé , et même avait communié l’avant-veille , de la main de son prieur Bourgoin son complice, qu’on dit avoir été docteur de Sorbonne, et qui fut écartelé. Ainsi Clément
muni des sacrements fut non-seulement saint, mais martyr. Il avait imité saint Judas, non pas Judas Iscariote, mais Judas Machabée; sainte Judith qui coupait si bien les tètes des amants avec lesquels elle couchait ; saint Salomon qui assassina son frère Adonias; saint David qui assassina Urie, et qui en mourant ordonna qu’ou assassinât Joab ; sainte Jahel qui assassina le capitaine Si/ara ; saint Aod qui assassina son Toi Égion . et tant d'autres saints de cette espèce. Jacques Clément était dans les mêmes principes , il avait la foi : on ne peut lui contester l'espérance d’aller au paradis, au jardin. De la charité, il en était dévoré , puisqu’il s'immolait volontairement pour les rebelles. Il est donc aussi sûr que Jacques. Clément est sauvé qu’il est sûr que Alare- Aurèle est damné. •
5 Ravaillac , etc.
Selon les mêmes principes, Ravaillac doit être dans le paradis, dans le jardin, et Henri IV dans l’enferqui est sous terre; car Henri IV mourut sans confession , et il était amoureux de la princesse de Condé; Ravaillac au contraire n’élait point amoureux, et il se coufessa à deux docteurs de Sorbonne. Voyez quelles douces consolations nous fournit une théologie qui damne à jamais Henri IV, et qui fait un élu de Ravaillac et de ses semblables ! Avouons les obligations que nous avons h Ribaudier de nous avoir développé cette doctrine.
6 Un Friron bien huilé , etc.
Al. Caille a sans doute accolé ces deux noms pour produire le contraste le plus ridicule. On appelle communément h Paris un Fréron tout gredin insolent , tout polisson qui se mêle de faire de mauvais libelles pour de l’argent. Et AI. Caille oppose un de ces faquins de la lie du peuple, qui reçoit l’extrême-onction sur son grabat, au grand Turcnne qui fut tué d'un coup de canon sans le secours des saintes builes, dans le temps qu'il était amoureux de madame de Coatquen. Cette note rentre dans la précédente, et sert à confirmer l’opinion théologique qui accorde la possession du jardin au dernier malotru couvert d'infamie, et qui la refuse aux plus grands hommes et aux pins vertueux de la terre.
N. B. On a prétendu que Turennc avait quitté dès 1670 madame de Coatquen , qui le sacrifiait au chevalier de Lorraine ; mais il aima toujours les femmes à la fureur. Ce grand homme qui, avec des talents militaires du premier ordre et une Âtue héroïque , avait un esprit peu
NOTES
éclairé cl un caractère faible , était , à ce qu’on dit , devenu dévot dans scs dernières années ; mais l’aventnre de madame de Coatquen est postérieure à son abjuration de la religion protestante. C’était un singulier spectacle qu'un homme qui avait gagné des batailles , occupé le matin de savoir au juste ce qu’il faut croire pour n’être pas damné , et cherchant le soir à se damner en commettant le péché de fornication : et que le siècle où l'on admirait tout cela était un pauvre siècle ! Quoi qu’il en soit, il est très vraisemblable que Dieu a pardonné à Tumme ses maîtresses ; mais lui a-t-il pardonné d’avoir exécuté l'ordre de brûler le Palatinat, et de n’avoir pas renoncé au commandement plutôt que de faire le métier d’incendiaire ?
7 Marc-Âurèle Itii dit , etc.
On invite les lecteurs attentifs à relire quelques maximes de l’empereur Antonin, et k jeter les yeux, s'ils le peuvent, sur la censure contre Bélisaire. Ils trouveront dans cette censure des distinctions sur la foi et sur la loi, sur la grâce prévenante,' snr la prédestination absolue ; et dans Marc-Autoniu ce que la vertu a de plus sublime et de plus tendre. On sera peut-être un peu surpris que de petits Velches inconnus aux honnêtes gens aient condamné dans la rue des Maçons ce que l’ancienne Rome adora, et ce qui doit servir d’exemple au monde entier. Dans quel abîme sommes-nous descendus ! la nouvelle Rome vient .de canoniser un capucin nommé Cucufin , dont tout le mérite , à ce que rapporte le procès de la canonisation , est d’avoir eu des coups de pied dans le eu , ‘et d'avoir laissé répandre un œuf frais sur sa barbe. L'ordre des capucins a dépensé quatre cent mille écus aux dépens des peuples , pour célébrer dans 1 Europe l’apothéose de Cucuiin sous le nom de saint Séraphin', et Ribaudier damne Marc- Aurèle ! O Ribaudicrs, la voix de l'Europe commence â tonner contre tant de sottises.
Lecteur éclairé et judicieux ( car je ne parle pas aux ltégueules imbécilles qui n’ont lu que l’Année sainte de le Toumeux, ou le Pédagogue chrétien ) , de grâce apprenez, h vos amis quelle est l’cnorme distance, des Offices de Cicéron, du Manuel dÉpictète, des Maximes de l'empereur Antonin , à tous les plats ouvrages de morale , écrits dans nos jargons modernes, bâtards de la langue latine,, et dans les effroyables jargons du nord. Avons-nous seulement, dans tous les livres faits depuis Six cents ans , rien de comparable à une page de Sénèque? Non, nous n'avons rien qui en approche, et nous osons nous élever contre nos malt’ «si