‹ Contes en vers, satires, et poésies mêlées de Voltaire (volume 2)Chapitre 57 sur 174 · LES DEUX SIÈCLES · texte numérisé non relu

LES DEUX SIÈCLES

Mais surtout écrivès-en prose poétique ;

Dans uu style ampoulé parlez-moi de physique;

Donnez du gigantesque ; étourdissez les sots.

Si vous ne pensez pas, créez de nouveaux mots :

Et que votre jargon, digne en tout de notre Age,

Nous fasse de Racine oublier le langage.

Jadis en sa volière un riche curieux •

Rassembla des oiseaux le peuple harmonieux ;

Le chantre de la nuit , le serin , la fauvette,

De leurs sons enchanteurs égayaient sa retraite;

Il eut soin d’écarter les lézards et les rats.

Ils n’osaient approcher : ce temps ne dura pas.

Un nouveau maître viut; ses gens se négligèrent,

La volière tomba ; les rats s’en emparèreut ;

Ils dirent aux lézards : Illustres compagnons ,

Les oiseaux ne sont plus; et c’est nous qui régnons.

NOTES

1 Ou a déjà vu que Jean- Jacques Rousseau le Géuevois s’avisa d'écrire, dans une lettre à M. l’arrlievéque de Paris, que l’Europe aurait dû lui élever une statue, à lui Jean-Jacques.

(i) C’était avec l’abbé Joannet que l’abbé Trublet faisait le Journal chrétien. Le récollet Hayer faisait un autre journal avec l’avocat Soret; l’abbé Dinouard et labbé Gauchat en faisaient deux autres. Nous avions alors quatre journaux théologiques.

Conto», Satire», etc.

LE PÈRE NICODÈME

ET JEANNOT

LE PÈSE NICODÈME

Jeannot, souviens-toi bien que la philosophie Est uu démon d'enfer à qui l’on sacrifie.

Archimède autrefois gâta le genre humain;

Newton dans notre tciçps fut uu franc libertin. Locke a plus corrompu de femmes et de filles Que Lass à l'hôpital n’a conduit de familles.

Tout chrétien qui raisonne a le cerveau blessé. Bénissons les mortels qui n’ont jamais pensé.

O bienheureux Larcher, Viret, Cogé, Nonottc, (i) Que de tous vos écrits la pesanteur dévote Toujours pour mon esprit eut de charmes puissants! Le péché n’est, dit-on, que l’abus du bon sens,

Et de peur de l'abus vous bannissez l’usage.

Ah ! fuyons saintement le danger d’être sage.

Pour faire ton salut ne pense point, Jeannot;

Abrutis bien tou âme , et fais vœu d’être un sot.

JEANNOT

Je sens de vos discours l’influence bénigne,

Je bâille, et de vos soins je me crois déjà digne.

J’ai toujours remarqué que l’esprit rend maliu.

Vous vous ressouvenez du bon curé Fantin ,

Qui prêchant, confessant les dames de Versailles, Caressait tour à tour et volait ses ouailles;

Page 1