LE PÈRE N1C0DÈME ET JEAN SOT; I
Ce cher monsieur Billard , et son ami Grisel , (a)
Grands porteurs de cilice, et chanteurs de missel ,
Qui prenaient notre argent pour mettre en œuvres pies ; Tous ces gens-là, mon père, étaient de grands génies!
LE PÈRE NtCODÈME.
Mon fils, n’en doute pas, ils ont philosophé;
Et soudain leur esprit, par le diable échauffé,
Brûla de tous les feux de la concupiscence.
Dans les bosquets d’Éden l’arbre de la science Portait un fruit de mort et de corruption :
Notre bon père en eut une indigestion.
Pour lui bien conserver sa fragile innocence,
Il eût fallu planter l’arbre de l’ignorance.
JEANNOT
C’est bien dit; mais souffrez que Jcannot l’hébété Propose avec respect une difficulté :
De tous les écrivains dont la pesante plume Barbouilla sans penser tous les mois un volume,
Le plus ignare en grec , en français , en latin ,
C’est notre ami Fréron de Quimper-Corentin.
Sa grosse âme pourtant dans le vice est plongée.
De cent mortels poisons Belzébuth l’a rongée.
Je conclurais de là, si j’osais raisonner,
Que le pauvre d’esprit peut encor se damner.
LE PÈRE NICODÈXE.
Oui, mais c’est quand ce pauvre ose se croire riche ; C’est quand du bel esprit un lourd pédant s’entiche, Quand le démon d’orgueil et celui de la faim Saisissent à la gorge un maudit écrivain ;
Le déloyal alors est possédé du diable.
Chez tout sot bel esprit le vice est incurable ;