A M. LE COMTE DE VINDISGRATZ
SEicsEüR,le congrès vous supplie D’ordonner tout présentement Qu’on nous donne une tragédie Demain pour divertissement.
Nous vous le demandons au nom de Rupelmonde :
Rien ne résiste à ses désirs;
Et votre prudence profonde Doit commencer par nos plaisirs
A travailler pour le bonheur du monde.
( 4 ) M. de Voltaire passant à Cambrai avec madame la marquise de Rupelmonde, pendant le congrès de 1722, et soupaut chez madame de Saint-Contest , toute la compagnie marqua le désir qu’elle avait de voir jouer la tragédie d’OEdipc en présence de son auteur. Mais la comédie des Plaideurs ayant été précédemment annoncée pour le lendemain , à la demande de St. de Viudisgratz, premier plénipotentiaire de l’Empire, les convives chargèrent M. de Voltaire de lui demander la représentation d’Œdipe. Le poëte , sans sortir de table , fit cette espèce de placet impromptu qu’il se chargea de porter lui-même à M. de Viudisgratz; il obtint facilement ce qu’on demandait, et rapporta le placet à madame de Rupelmonde , avec cette apostille au bas :
L’Amour vous fit , aimable Rjtpelmoéde ,
Pour décider de nos plaisirs :
Je n'en sais pas de plus parfait au monde
Que de répondre à vos désirs. •
Sitôt que vous parlez , on n'a point de réplique :
Vous aurez doue Œdipe , et même sa critique. (*)
L'ordre est donué pour qu’en votre faveur,
Demain l’on joue et la pièce et l’auteur.
(*) La parodie d OEdipe que M. de Voltaire avait demandée lui-même.