‹ Contes en vers, satires, et poésies mêlées, de Voltaire (volume 3)Chapitre 104 sur 175 · LIX · texte numérisé non relu

LIX

A MÀ&àMÉ D>ÀftGÊNÎAL,

Le jour de sainte Jeanne , sa patronne.

Jean fut un saint (si l'on en croit l'histoire

De saint Matthieu ) qui buvait l'eau du ciel ,

D'un rocher creu& faisait son réfectoire ,

Et tristement soupait avec du miel :

Jeanne au rebours , sainte sans prud'hommie ,

Au sentiment unissait la raison ,

Sans opulence avait bonne maison ,

Et de l'esprit était la bonne amie :

On l'adorait, et c'était bien raison .

Or vous, grand saint, mangeur de sauterelle 9

Dans vos déserts vivez avec les loups,

Prêchez, jeûnez, priez ; mais vous, la belle,

Quand vous voudrez , j'irai souper chez vous.

A M. CLÉMENT, de Montpellier,

Qui avait adressé des vers à l'auteur , en l'exhortant à ne pas abandonner la poésie pour la physique*

Un certain chantre abandonnait sa lyre ; Nouveau Kepler , un télescope en main , Lorgnant le ciel , il prétendait y lire , Et décider sur ïe vide et le plein :

Un rossignol , du fond d'un bois voisin, Interrompit son morne et froid délire ; Ses doux accents l'éveillèrent soudain , (A la nature il faut qu'on se soumette) Et l'astronome entonnant un refrain , Reprit sa lyre et brisa sa lunette.

AU ROI STANISLAS, r

Sur sa seconde élection au trône de Pologne.

Il fallait un monarque aux fiers enfants du Nord ; Un peuple de héros s'assemblait pour l'élire ; Mais l'aigle de Russie et l'aigle de l'Empire Menaçaient la Pologne , et maîtrisaient le sort. De la France aussitôt, son trône et sa patrie , La Vertu descendit aux champs de Varsovie * Mars conduisait ses pas; Vienne en frémit d'effroi : La Pologne respire en la voyant paraître.

Peuples .nés , lui dit-elle , et pour Mars et pour moi , De nos mains à jamais recevez votre maître.

Stanislas à l'instant vint , parut et fut roi.

poésies: MÊLÉES. a85

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