‹ Contes en vers, satires, et poésies mêlées, de Voltaire (volume 3)Chapitre 19 sur 175 · SÉSOSTRIS · texte numérisé non relu

SÉSOSTRIS

Vous le savez , chaque homme a son génie

Pour l'éclairer et pour guider ses pas

Dans les sentiers de cette courte vie.

À nos regards il ne se montre pas ,

Mais en secret il nous tient compagnie.

On sait aussi qu'ils étaient autrefois

Plus familiers que dans l'âge où nous sommes;

Ils conversaient , vivaient avec les hommes

En bons amjs, surtout avec les rois.

Près de Memphis , sur la rive féconde Qu'en tous les temps , sous des palmiers fleuris , Le dieu du Nil embellit de son onde , , Un soir au frais le jeune Sésostris Se promenait loin de ses favoris , Avec son ange, et lui disait : Mon maître.

Me voilà roi ; j'ai dans le fond du cœur.

Un vrai désir de mériter de l'être : • Comment m'y prendre ? Alor& son directeur Dit : Avançons vers ce grand labyrinthe Dont Osiris fonda la belle enceinte; Vous l'apprendrez. Docile à ses avis , lie prince y vole. Il voit dans le parvis Deux déités d'espèce différente ; L'une paraît une beauté touchante ,' Au doux sourire, aux regards enchanteurs > Langui ssamment couchée entre dos fleurs, D'Amours badins , .de Grâces entourée, , Et de plaisir, encor foute 1 enivrée.

Coûtes, Satires, etc. 6

S? SÊSOSTRIS.

Loin derrière elle étaient trois assistants , Secs, décharnés , pâles et chancelants.

Le roi demande à son guide fidèle Quelle est la nymphe et si tendre et si belle, Et que font là ces trois vilaines gens.

Son compagnon lui répondit : M*n, Priant, Ignorez-vous quelle est cette beauté ?

A votre cour , à la ville , en province , Chacun l'adore , et c'est la Volupté.

Ces trois vilains qui vous font tant de peine Marchent souvent après leur souveraine ; (Test le Dégoût , l'Ennui , le Repentir , Spectres hideux , vient enfants du Pt*isit%

L'Égyptien fut affligé d'entendre De ce propos la triste vérité.

Ami , dit-il , daignez aussi ra -apprendre Quelle est plus loin cette antre déité , Qui me paraît moins facile et moins tendre, Mais dont l'air noble et la sérénité Me plafr assez. Je vois à son côté Un sceptre d'or , une sphère , une épét, Une balance. Elle tient dans sa main Des manuscrits dont elle est occupée.

Tout l'ornement qui pare son beau sein Est une égide. Un temple magnifique S'ouvre à sa voix > tout brillant de clarté ; . Sur le fronton de l'auguste portique Je lis ces mots : A l'Immortàtiié.

Y puis-je entrer ? L'entreprise est pénible, ' Repartit l'ange ; on a souvent tenté D'y parvenir , mais on s'est rebuté.

Cette beauté, qui vous semble inflexible,

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