‹ Contes en vers, satires, et poésies mêlées, de Voltaire (volume 3)Chapitre 30 sur 175 · SUR L'APOLOGIE DU LUXE · texte numérisé non relu

SUR L'APOLOGIE DU LUXE

J'ai lu, Madame, l'ingénieuse Apologie du luxe; je regarde ce petit ouvrage comme une excellente leçon de politique, cachée sous un hadinage agréable. Je me flatte d avoir démontré, dans mon Essai politique sur le commerce, combien ce goût des beaux arts, et cet emploi des richesses, cette âme d'un grand Etat, qu'on nomme luxe, sont nécessaires pour la circulation de l'espèce et pour le maintien de l'industrie; je vous regarde, Madame, comme un des grands exemples de cette vérité. Combien de familles de Paris subsistent uniquement par la protection que vous donnez aux arts a ? Que Fon cesse d'aimer les tableaux, les estampés, les curiosités. en toute sorte de genre; voilà

1 Cette lettre Ait écrite dans le temps que la pièce du Mondain parut , en i^36.

a Madame la comtesse de Verrue, mère de madam'e la princesse de Carignan , dépensait cent mille francs par an en curiosités : elle s'était formé un des beaux cabinets de, l'Europe en raretés et en tableaux. Elle rassemblait chez elle une société de philosophes , auxquels elle fit des legs par son testament. .Elle mourut avec la fermeté et la simplicité de la philosophie la plus intrépide.

LETTRE Dl M. DE MELON. • I07

vingt mille hommes, au moins, ruinés tout d'un coup dans Paris, et qui sont forces cj'aller chercher de l'emploi chez l'étranger. 11 est bon que dans un canton suisse on fesse des lois somptuaires, par la raison qu'il ne faut pas qu'un pauvre vive comme un riche. Quand les Hollandais ont commencé leiir commerce, ils avaient besoin d'une extrême frugalité; mais à présent que c'est la nation de l'Europe qui a le plus d argent , eue a besoin de luxe, etc.

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