‹ Contes en vers, satires, et poésies mêlées, de Voltaire (volume 3)Chapitre 37 sur 175 · LA VANITÉ. H · texte numérisé non relu

LA VANITÉ. H

Qu'às-tu, petit bourgeois d'une petite ville?

Quel accident étrange, en allumant ta bile,

À sur ton large front répandu la rougeur ?

D'où vient que tes gros yeux pétillent de fureur?

Réponds donc. — L'univers doit venger mes injures y «

L'univers me contemple , et les races futures

Contre mes ennemis déposeront pour moi.

— L'univers , mon ami , ne pense point à toi ,

L'avenir encor moins : conduis bien ton ménage ,

Divertis-toi, bois, dors, sois tranquille , sois sage.

De quel nuage épais ton crâne est offusqué !

— Ah ! j'ai fait un discours , et l'on s'en est moqué !

Des plaisants de Paris j'ai senti la malice ;

Je vais me plaindre au roi , qtii me rendra justice ;

Sans doute il punira ces ris audacieux.

— Va , le roi n'a point lu ton discours ennuyeux.

Il a trop peu de temps , et trop de soins à prendre ,

Son peuple à soulager , ses amis à défendre ,

La guerre à soutenir; en un mot les bourgeois

Doivent très rarement importuner les rois.

La cour te croira fou : reste chez toi , bon homme.

— Non, je n'y puis tenir, de brocards on m'assomme.

(*) Uni provincial, dans un mémoire, a imprimé ces mots : Il faut que tout l'univers sache que leurs majestés se sont occupées de mon discouri. Le roi t'a voulu voir; toute ta cour l'a voulu voir. Il dit dans un antre endroit, que sa naissance est encore au-dessus de son discours. Un père de la doctrine chrétienne a trouvé peu d'humilité chrétienne dans les paroles de ce monsieur; et pour le corriger, il a Bais en lumière ces vers chrétiens, applicables a tous ceux 1 qui ont plus de vanité qu'il ne faut .

l3S LA VAlTttÉ.

Les quand , les qui, les fluoi> pleuvant de tous côtés , * Sifflent à mon oreille , en cent Keux répétés. On méprise à Paris mes chansons judaïques , Et mon Pater anglais, et mes rimes tragiques, 3 Et ma prose aux quarante! lîn tel renversement D'un Etat policé détruit le fondement.

L'intérêt du public se joint à ma vengeance; Je prétends des plaisants réprimer la licence. Pour trouver bons mes vers , il faut faire une loi ; Et de ce même pas je vais parler au roi.

Ainsi , nouveau venu sur les rives de Seifte , Tout rempli de lui-même, un pauvre énergttmèHé De son plaisant délire amusait les passants.

Souvent notre amour-propre éteint notre bon sens; Souvent nous ressemblons aux grenouilles d'Horaire, Implorant à grands cris le fier Dieu de là guerre, Et les Dieux des enfers , et Belïone et Pallas, Et les foudres des cieux , pour s* venger des rats.

Voyez dans ce réduit ce crasseux janséniste , Des nouvelles du temps infidèle copiste, 4 Vendant sous le manteau ces mémoires sacrés De bedeaux de paroisse et de clercs tonsuré*. Il pense fermement, dans sa superbe extase , Ressusciter les temps des combats d'Athânase, Ce petit bel esprit , orateur du barreau , Alignant froidement ses phrases au cordeau, Citant mal à propos des auteurs qu'il ignore, Voit voler soa beau nom du couchant à l'aurore ; Ses flatteurs à dîner l'appellent Cicérôn.

fierthier dans sott collège est surnommé Vtttetfc Un vicaire à Chàillbt Ôroit que tout homme sage Doit penser dans fékin comme dans son Village; Et la vieille badaude, au fond de son quartier,

la Vixirt. i3g

Dans ses voisins tarauds voit l'univers entier. Je suis loin de blâmer le soin très îégitime De plaire à ses égaux , et d'être en leur estime» Un conseiller du roi , sur la terre inconnu , Doit dans son cercla "étroit , ebe* les siens bien venu , Être approuvé du motus de g»» graves confrères; Mais on ne peut souffrir ces bruyants téméraires, Sur la scène du monde artfônts â s'èialcr. Veux-tu te faire acteur? oh voudra te siffler, ôardohs-nous d'imiter ce fou de Diogène , Qui, pouvant chez les siens, en bon bourgeois d'Àthène, A l'étude , au plaisir doucement s© Jivrer , Vécut dans un tonneau pcwr se faire admirer.

Malheur k tout mortel , et ëtir toiit dans notre âge , Qui se fait singulier four être un personnage ! Piron seul eut raison, quand dans un goût nouveau, 5 Il fit ce vers heureux > digne de son tombeau : Ci gtt qmi m fia Hm. «**- Quoi <f ue l'orgueil en dise , Humains , faibles htrmaitis , Vdflà votre devise . Combien de rois , grands Dieux ! jadis si révérés , Dans l'éternel oubli sont eh foule enterrés F La terre a vu passer leur empiré et leur trône. On ne sait en quel lieu florissait Babvlone.

Le tombeau d'Alexandre 9 aujourd'hui renversé , Avec sa ville altière a péri dispersé.

César n'a point d*astte ou son ombré repose; Et Tami Pompïgttah pense être quelque chose?

* s L'univers doit venger mes injures.

Un provincial, dans un méifaoiïè concernant une petite querelle académique, aVàit imfriinté cèS propres mots : M 1 faut que-tout Puni' vers sache que leurs Majé&és se sont occupées de- mon discours h l'a adémic

l4o NOTES* . .

Et comme dans ce discours, dont leurs majestés ne s'étalent point occupées, l'auteur avait insulte plusieurs académiciens, il. n'est pas étonnant qu'il se soit attiré une petite correction dans la pièce de vers intitulée, la Vanité. Car s'il est mal de commencer la guerre, il est très pardonnable de se défendre.

a Les quand, les qui, les quoi, etc. .

Ce sont de petites feuilles volantes qui coururent dans Paris yerjs ce

temps-là.

3 Et mon Pater anglais, etc.

C'est la jprière de Pope , connue sous le nom de Prière du déiste, H est vrai qu'elle n'était pas chrétienne , mais elle était universelle. On ne s'en scandalisa point à Londres , non seulement parce qu'on permet beaucoup de choses aux poètes , mais parce qu'on était las de persécuter Pope, et surtout parce qu'il se tsouve en Angleterre beaucoup plus de philosophes que de persécuteurs.

M. le Franc de. Pompignan la traduisit en vers français; mais, après l'avoir traduite, il ne devait pas insulter tous les gens de lettres de Paris, dans son discours de rédeption à l'académie française. H pouvait faire sa cour sans insulter ses confrères. Ce discours fut la source de quantité d'épigrammes , de chansons et de petites pièces de vers , dont aucune ne touche à l'honneur, et qui n'empêchent pas, comme on l'a déjà dit ailleurs, que l'homme qui s'était attiré cette querelle ne pût avoir beaucoup de mérite.

4 Infidèle copiste, etc.

C'est le gazetier des nouvelles ecclésiastiques; on en a déjà parla aflleura.

C'est en effet une chose assez plaisante que l'importance mise par ce gazetier à ces petites querelles ignorées dans le reste du monde « méprisées dans Paris par tous les gens de bon sens, et connues seulement par ceux qui les excitaient et par la. canaille des convulsionnaires. Le gazetier ecclésiastique assura dans plusieurs feuilles que les temps id'Arius et d'Âthanase avaient été moins orageux ? et qu'on devait s'attendre aux événements les plus funestes, depuis qu'on avait mis un porte-dieu à bioêtre ,' et un colporteur au pilori.

5 Piron seul eut raison , etc.

Piron, auteur de la Métromanie, jolie pièce qui a eu beaucoup de succès. Il a fait son énjtaphe qui commence par ce vers :

Ci gît, què ( ? quoi ? ma foi personne , rittu

LE

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