TE MARSEILLOIS ET LE LION. IJ
Pour gagner quelque argent j'ai quitté mon pays; Je laisse dans Marseille une femme et deux fils; Mes malheureux enfants, réduits à la misère, Iront à l'hôpital si vous mangez leur père. —
Et moi n'ai-je donc pas une femme à nourrir? Mon petit lionceau ne peut encor courir, Ni saisir de ses dents ton espèce craintive; Je lui dois la pâture; il faut que chacun vive. Eh î pourquoi sortais-tu d'un terrain fortuné, D'olives, de citrons, de pampres couronné?
Pourquoi quitter ta femme et ce pays si rare. Où tu fêtais en paix Magdelène et Lazare ? * 1 Dominé par le gain, tu viens dans mon canton Vendre, acheter, troquer, être dupe et fripon; Et tu veux qu'en jeûnant ma famille pâtisse De ta sotte imprudence et de ton avarice ?
Réponds-moi donc, maraud. — Sire, je suis battu. Vos griffes et vos dents m'ont assez confondu. Ma tremblante raison cède en tout à la vôtre. Oui , la moitié du monde a toujours mangé l'autre. Ainsi Dieu le voulut , et c'est pour notre bien. Mais, Sire, on voit souvent un malheureux chrétien , Pour de l'argent comptant qu'aux hommes on préfère , Se racheter d'un Turc , et payer un corsaire. Je comptais à Tunis passer deux mois au plus ; A vous y bien servir mes vœux sont résolus ; Je vous ferai garnir votre charnier auguste De deux bons moutons gras , valant vingt francs au juste. Pendant deux mois entiers ils vous seront portés , Par vos correspondants chaque jour présentés ; Et mon valet chez vous restera pour otage. —
Ce pacte , dit le roi, me plaît bien davantage