‹ Contes en vers, satires, et poésies mêlées, de Voltaire (volume 3)Chapitre 56 sur 175 · LE PÈRE NICODÈME · texte numérisé non relu

LE PÈRE NICODÈME

Ah ! te voilà perdu. Jeannot n'est plus à moi. Tous* les cœurs sont gâtés. . . . l'esprit bannit la foi ! L'esprit s'étend par-tout. . . . O divine bêtise , Versez tous vos pavots ; soutenez mon Eglise. A quel saint recourir dans cette extrémité ?

O mon fils, cher enfant de la stupidité, Quel ennemi t'arrache au doux sein de ta mère ? On te l'a dit cent fois , malheur à qui s'éclaire! Neva point contrister les cœurs des gens de bien. Courage ; allons, rends-toi, lis le Journal chrétien ; De Jean-Georges (4) , crois-moi , lis le discours sublime : C'est pour ton mal qui presse un excellent régime. Tu peux guérir encore. Oui , Paris , dans ses murs , Voit encor, grâce à Dieu, des esprits lourds, obscur- D'arguments rebattus déterminés copistes, Tout farcis de lambeaux des premiers jansénistes. Jette-toi dans leurs bras; dévore leurs leçons; Apprends d'eux à donner des mots pour des raisons-. Fais des phrases , Jeannot ; ma douleur t'en conjure. Par ce palliatif adoucis ta blessure.

Ne sois point philosophe.

JEANNOT

Ah! vous percez mon cœur.

198 LE PÈRE RICODÈME ET JEÀNNOT.

Allons, ne voyons goutte , et chérissons l'erreur. C'est vous qui le voulez. Mais quel fruit tircrai-je De demeurer un sot au sortir du collège ?

LE PÈRE KICODÈME.

Jeannot, je te promets un bon canonicat : Et peut-être à ton tour deviendras-tu prélat.

(1 ) Il est beaucoup. question de Latcher et de Nonotte dans les ouvrages en prose. Cogé, ^éganf de rhétorique au collège Masarin, auteur de quelques mauvaises brochure» contre M. de Voltaire et M. Marmontel , à l'occasion de Bélisaice. Yiret, cordelier, qui a écrit une brochure contre Le dîné du comte de Boutainvttliers : eue était intitulée. Le mauvais dîné.

(2) Billard, financier et âêrot de profession , avait fait une banqueroute considérable. Le petit peuple du quartier Saint-Eustache, qui le ' voyait communier souvent et aller tous les jours à plusieurs messes > s'empressait de lui porter son argent, et en fut la dupe.

Le parlement en fit justice et le condamna au pilori. M. l'abbé Grisel, son directeur, fameux par des aventures de testaments, etc. fut impliqué dans Tafaire, mais il n'y eut point de preuves juridiques contre lui

(3) L'archevêque de Paris, Beauanonfc, exigeait que ceux qui de<~. mandaient les sacrement», à k mort, présentassent un billet signé do leur confesseur. Le parlement crut devoir sévir contre ce joug nouveau: qu'on voulait imposer aux citoyens. Malheureusement il se trompa sur les moyens ; il ordonna d'administrer, au lieu d'ordonner simplement d'enterrer ceux que l'archevêque laisserait mourir sans sacrements. Au bout de six mois le bon Christophe les aurait offerts à tout le monde.

(4) Voyez la Lettre d- tut quakre h Jean-Georges. Il y avait dans les premières éditions : Du fier prélat du Puu : mais Jean-Georges ayant quitté son église du Puy pour en épouser une plus riche, il a fallu changer ce vers.

L'évêque actuel du Puy est un homme de qualité; homme. d'esprit, sans être bel-esprit , et qui n'a rien de commun avec son prédécesseur.

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