Des Bourbons , des Boyards
91 Guibert a Eût une trageldie du connétable de Bourbon , dans laquelle le chevalier Bayard dit des choses admirables.
8 L'impraticable paix de Cabbé de Saint-Pierre.
L'idée d'une paix perpétuelle entre tous les hommes est plus chimérique sans doute que le projet d'une langue universelle. Il est trop vrai que la guerre est un fléau contradictoire avec la nature humaine et avec presque toutes les religions , et cependant un fléau aussi ancien que cette nature humaine, et antérieur à toute religion. Il est aussi difficile d'empêcher les hommes de se faire la guerre que d'empêcher les loups de manger des moutons.
La guerre est quelque chose de si exécrable que plus nos nations barbares qui sont venues envahir, ensanglanter, ravager tonte notre Europe ,j se sont un peu policées,} plus elles ont adouci les horreurs que la guerre traînait après elle.
Ce n'est point assurément l'ouvrage immense de Grotius, sur le droit prétendu de la guerre et de la paix, qui a rendu les hommes moins féroces ; ce ne sont point ses citations de Carnéade , de Quintilien , de Porphire, d'Aristote, de Juvénal et du Pentateuque ; «ce n'est point parce qu'après le déroge il jut défendu de manger les animaux avec leur âme et leur sang , comme le rapporte Barbeirac , son commentateur. Ce n'est point , en un mot , par tous les arguments profondément frivoles de Grotius et de Puffèndorf ; c'est uniquement parce qu'on ne voit plus parmi nous des hordes sauvages et affamées sortir de leur pays pour en aller détruire un autre. Nos peuples ne font plus la guerre. Des rois, des évéques, des, électeurs, des sénateurs, des bourgmestres ont un certain terrain à défendre. Des hommes qui sont leurs troupeaux paissent dans ce terrain. Les maîtres ont pour eux la laine, le lait, la peau et les cornes, avec quoi ils entretiennent des chiens armés d'un collier, pour garder le pré, et pour prendre, celui du voisin
dans l'occasion. Ces chien* se battent; mais les montons, les bœufs, les ânes ne se battent pas : ils attendent patiemment la décision , qui leur apprendra à quel maître leur lait, leur laine, leurs cornes, leur peau , appartiendront.
Quand le prince Eugène assiégeait Lille, les dames de la ville allèrent à la comédie pendant tout le siège; et dès que la capitulation fut feite, le peuple paya tranquillement à l'empereur ce qu'il payait auparavant au roi de France. Point de pillage , point de massacre , point d'esclavage comme du temps des Huns, des Alains, des Visigoths, des Francs,
Le duc de Marlborough faisait garder très soigneusement tous les domaines de ce Fénélon, archevêque de Cambrai, citoyen de toute l'Europe par son amour du genre humain; amour plus dangereux peut-être à sa cour que son amour de Dieu.
Quand les Français eurent remporté la célèbre victoire de Fontenoi , tous les habitants de Tournai et des. environs s'empressèrent de loger chez eux les prisonniers blessés ; tous eurent soin d'eux comme de leurs frères, et les femmes prodiguèrent tant de délicatesses sur leurs tables que les médecins et les chirurgiens furent obligés de modérer cet excès de zèle , devenu dangereux.
A Rosbac, on vit le roi de Prusse lui-même acheter tout le linge d'un château voisin pour le service de nos blessés ; et quand il les eut fait guérir, il les renvoya sur leur parole , en disant : Je ne puis m'accoutumer a verser le sang des Français.
Quelle humanité , quelle belle âme le prince héréditaire de Brunswick ne déploya-t-il pas , lorsqu'il reçut prisonnier à Crevelt ce comte de Gisors, ce fils du maréchal de Bellisle, cet espoir du royaume, ce jeune homme si valeureux, si instruit, si aimable! Le prince de Brunswick ne sortit point d'auprès de son lit, et le baigna de larmes, en le voyant expirer entre ses bras. Il pleurait celui des Français auquel il ressemblait davantage.
Portons nos regards chez cette nation nouvelle qui naît tout à*un coup pour être l'émule des plus policées, et l'exemple des autres. Voyons un comte Alexis Orlof prendre un vaisseau turc chargé des femmes, des esclaves, des meubles, de l'or, de l'argent, des bijoux du plus riche bâcha de la Turquie, et lui renvoyer tout à Constantinople. Ce même bâcha, quelque temps après, commande un corps d'armée; contre les Russes ; il s'avance hors des rangs avec un interprète , et de-
mande à parler. Avez-vous, dit-il, à votre tête un comte Ortof?— JSon; que lui voudriez-vou,s? — Me jeter à ses pieds , répliqua le Turc.
Pouvons- nous rien ajouter à ces traits, sinon l'accueil, les attentions nobles et délicates , les fêtes, les présents, les bienfaits que reçurent les prisonniers turcs dans Pétersbourg, d'une impératrice qui leur enseignait la guerre , la politesse et la générosité ?
Nous ne voyons point de telles leçons dans Grotius. Il tous dit bien, dans son chapitre du Droit de ravager, que les juifs étaient obligés de ravager au nom du Seigneur; mais il ne trouve chez le peuple saint aucun trait qui ressemble aux exemples profanes que nous venons de rapporter.
Voilà donc le dictame que l'humanité des grands cœurs répand sur les maux que fait la guerre : mais ces consolations 'divines nous démontrent que la guerre est infernale.